BCE : l’effet de la politique monétaire sur l’économie européenne a atteint son point culminant
Un haut responsable de la Banque centrale européenne (BCE) a suggéré mercredi (13 mars) que les répercussions les plus sévères de la politique monétaire restrictive de la BCE sur l’économie de la zone euro ont probablement déjà été ressenties au cours des deux dernières années.
Un haut responsable de la Banque centrale européenne (BCE) a suggéré mercredi (13 mars) que les répercussions les plus sévères de la politique monétaire restrictive de la BCE sur l’économie de la zone euro ont probablement déjà été ressenties au cours des deux dernières années.
« Nous estimons que l’impact négatif le plus important de la politique restrictive de la BCE sur la croissance a probablement déjà eu lieu au second semestre 2023, ou qu’il est peut-être en train de se produire maintenant, au début de 2024 », a déclaré Oscar Arce, directeur général des questions économiques de la BCE, lors d’un évènement organisé par le gouvernement belge à Bruxelles.
M. Arce a ajouté que, bien que « l’estimation de l’impact en temps réel de la politique monétaire soit très incertaine », la BCE prévoit toujours qu’elle « ralentira la croissance au cours des prochains trimestres par rapport à ce que nous avons observé au cours de l’année écoulée ».
La BCE a relevé ses taux à dix reprises consécutives entre juillet 2022 et septembre 2023, après que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait exploser les prix dans toute l’UE, faisant passer son taux d’intérêt directeur d’un niveau négatif à un taux record de 4 %.
L’inflation dans la zone euro est passée d’un pic de 10,6 % en octobre 2022 à 2,6 % le mois dernier, soit à peine quelques décimales au-dessus du taux cible de 2 % fixé par la BCE.
Cependant, la chute des prix s’est accompagnée d’une stagnation, voire de perspectives de croissance revues à la baisse dans une grande partie de l’Union monétaire, un fait que de nombreux analystes attribuent, au moins en partie, à la politique de la BCE.
Lors de sa dernière réunion consacrée à la politique monétaire, qui s’est tenue la semaine dernière et au cours de laquelle elle a maintenu ses taux à 4 % pour la quatrième fois consécutive, la BCE a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro en 2024, les ramenant de 0,8 % à seulement 0,6 %, soit 0,1 point de pourcentage de plus que l’année dernière.
Scepticisme de la part des analystes
Carsten Brzeski, économiste à la banque ING, s’est montré sceptique quant aux remarques de M. Arce, bien qu’il reconnaisse qu’il est « extrêmement difficile » d’estimer l’impact de la politique monétaire sur la croissance.
« Je ne suis pas convaincu à 100 % par ce qu’il a dit », a confié M. Brzeski à Euractiv. « L’impact [de la politique de la BCE] sur l’économie réelle se fera encore sentir pendant un certain temps. »
M. Brzeski a souligné le fait que la demande nette de nouveaux prêts dans la zone euro est négative depuis plusieurs trimestres, ce qui, selon lui, se traduira en fin de compte par une baisse des investissements et de la croissance à l’avenir.
« Pour moi, cela signifie que nous verrons encore un impact significatif à la baisse de la politique monétaire restrictive menée depuis un an et demi », a-t-il déclaré.
Rebecca Christie, membre senior de Bruegel, un think tank basé à Bruxelles, a suggéré que les commentaires de M. Arce préparent le terrain pour une réduction prochaine des taux, tout en laissant une marge de manœuvre pour la possibilité que l’inflation reste durablement au-dessus du taux cible de 2 % à l’avenir.
« M. Arce reconnaît que la lutte contre l’inflation a pesé sur l’économie et veut signaler que les mesures prises n’entraveront pas la reprise », a-t-elle déclaré à Euractiv.
« Dans la mesure où la zone euro a cruellement besoin d’une forte reprise, il est encourageant d’entendre les décideurs politiques dire qu’ils vont essayer de ne pas entraver le rebond », a-t-elle ajouté.
Les commentaires de M. Arce ont été faits le même jour que la publication par Eurostat, l’Office statistique de l’Union européenne, d’un rapport indiquant que la production industrielle en Allemagne, la plus grande économie de l’UE et historiquement son moteur manufacturier, a augmenté de 0,6 % d’un mois à l’autre en janvier, ce qui représente une hausse significative par rapport au mois de décembre, où la production avait chuté de 1,8 %.
Ces chiffres constituent une rare bonne nouvelle pour l’Allemagne, qui a souffert plus que la plupart des autres États membres de l’UE au cours des deux dernières années en raison de sa forte dépendance à l’égard de l’énergie russe bon marché.
En février, les prévisions d’hiver de la Commission européenne — un modeste 0,3 % par rapport aux prévisions d’automne de 0,8 % — ont confirmé les sombres perspectives de croissance du PIB pour le pays, qui est ainsi devenu le plus mauvais élève de la zone euro pour la deuxième année consécutive.
La veille de la publication des données de l’exécutif européen, Berlin avait revu à la baisse ses propres perspectives de croissance pour 2024, les ramenant de 1,3 % à seulement 0,2 %, ce qui a incité le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, à déclarer que l’économie allemande allait « dramatiquement mal ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]