Belgique : la prochaine réforme des pensions devrait contribuer à l’égalité de genre

La prochaine réforme du système de pensions en Belgique devrait contribuer à réduire l’écart de genre, étant donné que le modèle actuel du système de pension ne répond plus aux normes d’égalité des sexes et à la diversité des modèles familiaux, selon l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

Euractiv.com
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« L’écart de pension actuel est, avant tout, un révélateur des inégalités de genre présentes sur le marché du travail », explique Michel Pasteel, directeur de l’Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. [Shutterstock/Andrey_Popov]

L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes IEFH a publié, mercredi (12 avril), une étude sur la dimension de genre dans le système de pension belge. L’organisme public fédéral insiste notamment sur le fait que la prochaine réforme prévue par le gouvernement devrait contribuer à réduire l’écart entre les hommes et les femmes.

Outre sa complexité, le modèle actuel du système de pension belge ne répond plus aux défis en matière d’égalité des genres et de diversité des modèles familiaux, indique l’Institut dans un communiqué de presse diffusé mercredi.

Les auteurs de l’étude, réalisée par l’HIVA – Research Institute for Work and Society et le Centre for Sociological Research de l’Université catholique de Louvain, soulignent que la pension perçue est le résultat d’une combinaison complexe de différents facteurs tels que la durée de la période d’emploi, les revenus, l’état civil et des caractéristiques individuelles. Ainsi, les différences de revenus de pension entre les hommes et les femmes résultent des différences entre ceux-ci au cours de leurs vies (éducation, carrière, inégalité sur le marché de l’emploi…), ce qui affecte ensuite le montant de leur pension.

Par ailleurs, l’étude rappelle que les inégalités du passé sont toujours visibles dans les régimes de pensions actuels, car 45 à 50 ans peuvent s’écouler entre le début de la carrière et la retraite.

Selon l’étude, en Belgique, l’écart entre les femmes et les hommes est de 20 % pour les pensions légales. Pour les pensions complémentaires, cet écart est de 50 %.

En moyenne, la pension des femmes (différents types de pensions inclus) était inférieure de 26,2 % à celle des hommes en 2021. Par rapport à ses voisins, comme la France (30,1 %), l’Allemagne (30 %) ou les Pays-Bas (38,1 %), il s’agit d’un chiffre relativement peu élevé. La Belgique se situe également en dessous de la moyenne européenne, qui est de 27,1 %.

Dans le pays, comparativement aux hommes, les femmes sont également plus nombreuses à ne pas bénéficier d’allocations de pensions. Ainsi, le pourcentage de femmes âgées de 65 ans qui ne perçoivent pas de pension propre est de 8,5 points de pourcentage plus élevé que chez les hommes, soit un nombre largement supérieur à ses voisins français (1), allemands (0,2) et néerlandais (-0,9). La moyenne européenne se situe quant à elle à 4,5 %.

Inégalités sur le marché du travail

En Belgique, « l’écart de pension actuel est, avant tout, un révélateur des inégalités de genre présentes sur le marché du travail », explique Michel Pasteel, directeur de l’Institut dans le communiqué de presse.

L’étude se penche également sur la manière dont la société actuelle, caractérisée par une plus grande égalité entre les hommes et les femmes sur le marché du travail qu’il y a 30 ans, influencera les différences futures entre les hommes et les femmes en matière de pensions. En effet, les femmes qui travaillent aujourd’hui sont plus susceptibles d’avoir fait des études supérieures et d’avoir des carrières plus longues. En outre, l’écart salarial avec les hommes s’est nettement réduit ces dernières années.

Les inégalités en matière de pensions devraient donc avoir disparu. « Or, ce n’est pas le cas : l’orientation professionnelle, les carrières plus courtes des femmes, l’ampleur du travail à temps partiel féminin (42,5 % des travailleuses salariées) et les discriminations fondées sur le genre ou la maternité dans l’emploi expliquent la persistance de l’écart de pension », affirme M. Pasteel.

Les auteurs de l’étude prévoient toutefois que l’écart de pension entre les hommes et les femmes continuera à se réduire, pour être ramené aux deux tiers de son niveau actuel d’ici 2030 et à la moitié d’ici 2040. Les projections montrent également que pour réduire davantage l’écart de pension, il faudrait d’abord combler l’écart salarial.

Propositions de mesures

L’Institut explique que des mesures proactives doivent être adoptées par le gouvernement pour améliorer la situation des femmes sur le marché du travail, telles qu’une plus grande transparence salariale, le développement d’emplois de qualité et à temps plein ou assimilé, ou encore un meilleur partage des congés thématiques au sein du ménage.

En ce qui concerne plus spécifiquement les pensions, la réforme à venir — qui portera par ailleurs l’âge de départ à la retraite à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030 — devrait permettre de réduire l’écart entre les hommes et les femmes.

Pour ce faire, M. Pasteel précise qu’il faut « mieux tenir compte du travail à temps partiel dans le calcul des pensions, protéger davantage l’assimilation des périodes de congé liées aux soins et se diriger vers une plus grande individualisation des droits ».

Les auteurs de l’étude proposent par exemple d’instaurer un bonus de pension pour les personnes qui ont élevé des enfants, et ce indépendamment du fait que la personne ait travaillé moins pour ce faire.

Ils suggèrent également la suppression de la condition de carrière pour la pension minimum, qui est actuellement fixée à 30 ans, puisque de nombreuses femmes ont des carrières plus courtes et n’ont donc pas droit à la pension minimum.

L’étude analyse également certains éléments de la nouvelle réforme qui pourraient contribuer — positivement ou non — à réduire l’écart de pensions entre les hommes et les femmes.

Par exemple, l’une des mesures annoncée par le gouvernement, qui vise à améliorer la pension minimum en fonction du critère de flexibilité pour les salariés (principalement les femmes) qui ont travaillé moins longtemps pour pouvoir s’occuper de leurs enfants, devrait selon l’étude réduire l’écart de pension lié au genre, mais seulement dans une mesue limitée.

Le Centre d’Expertise des pensions estime que lorsque la mesure sera instaurée, 4,2% des femmes et 1,6 % des hommes nouvellement retraités verront leurs pensions augmenter.