Belgique : l’Agence fédérale des médicaments aurait sous-estimé la pénurie

Selon l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé, 363 médicaments étaient indisponibles en Belgique ces 30 derniers jours. Cependant, pour Febelco, le principal grossiste pharmaceutiques du pays, les pénuries concernent en réalité 1 239 médicaments.

Euractiv.com
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Selon Febelco, le principal grossiste-répartiteur de produits pharmaceutiques en Belgique, les pénuries concerneraient en réalité 1 239 médicaments. [Natalia Golubnycha/Shutterstock]

Selon les données de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS), 363 médicaments étaient indisponibles en Belgique au cours des 30 derniers jours. Cependant, pour Febelco, le principal grossiste-répartiteur de produits pharmaceutiques du pays, les pénuries concernent en réalité 1 239 médicaments.

Mardi (21 février), les quotidiens belges Het Nieuwsblad, De Standaard et Het Belang van Limburg ont rapporté que le nombre de médicaments indisponibles pourrait être plus élevé que celui annoncé par PharmaStatut, une initiative de l’AFMPS.

En effet, alors que PharmaStatut estime que 363 médicaments étaient indisponibles au cours des 30 derniers jours, Febelco estime que, si l’on tient compte des médicaments indisponibles depuis un certain temps, ce nombre atteint 1 239.

Dans une lettre ouverte adressée aux pharmaciens, Olivier Delaere, le PDG du Groupe Febelco, se dit « inquiet de la situation [la pénurie de médicaments], mais aussi de la manière dont elle est communiquée [par les autorités fédérales] ».

« À nos yeux, PharmaStatut ne permet pas de se forger une idée précise de l’indisponibilité des médicaments », poursuit-il.

« Si nous incluons les médicaments qui sont indisponibles depuis un certain temps, le nombre passe à 1 239. Cela signifie que près de 15 % sont indisponibles », a confié M. Delaere à la presse.

Étant donné que les États membres négocient les prix individuellement, les entreprises pharmaceutiques donnent la priorité aux grands pays, où il y a plus de patients et où les prix sont plus élevés, ce qui crée selon le directeur des « pénuries artificielles » en Belgique.

Au cours d’un entretien accordé à Sud Info dimanche (19 février), il avait ajouté que les pénuries actuelles résultaient également du fait que « l’industrie pharmaceutique a voulu faire trop d’économies sur ses coûts de production ».

Selon un rapport sur les pénuries de médicaments compilé par le Groupement Pharmaceutique de l’Union européenne (GPUE), entre le 14 novembre et le 31 décembre 2022, tous les États membres ont signalé des pénuries aux pharmaciens communautaires et 76 % ont déclaré que les pénuries étaient plus graves qu’en 2021.

79 % des répondants ont signalé des pénuries d’anti-infectieux à usage systémique, tandis que 76 % ont éprouvé des difficultés à se procurer des médicaments pour les problèmes respiratoires. D’autres pathologies, notamment cardiovasculaires et gastro-intestinales, ont également été mises en avant, rapporte Belga.

Néanmoins, la porte-parole de la AFMPS, Ann Eeckhout, souligne que depuis l’introduction de PharmaStatut en 2019, les pénuries ont chuté de 5 à 3 %.

Malgré tout, « il y a environ 20 [médicaments indisponibles pour lesquels des alternatives ne sont pas immédiatement disponibles] en ce moment. Huit d’entre eux sont encore en approvisionnement limité », a-t-elle déclaré à la presse.

Pour ces médicaments, une task force composée de spécialistes de l’AFMPS, de l’Institut national d’assurance maladie-invalidité et d’experts se réunira pour formuler des recommandations à destination des professionnels de la santé.

Par ailleurs, il y a un mois, un arrêté royal qui permet de restreindre temporairement l’exportation de médicaments si leur indisponibilité a un impact majeur sur la santé et s’il n’existe pas d’autres médicaments ayant le même effet thérapeutique est entré en vigueur. « Il s’agit d’éviter d’interrompre des traitements avec des médicaments parfois vitaux », a déclaré Mme Eeckhout.

Dans sa lettre ouverte, M. Delaere a toutefois critiqué cet arrêté. « […] Nous sommes surpris que l’arrêté royal, publié en janvier par le ministre de la Santé [Frank] Vandenbroucke, soit considéré comme la solution miracle. »

En outre, M. Delaere affirme que les exportations de médicaments de Febelco ne représentent qu’à peine 3% maximum.

Durant l’entretien de dimanche, le PDG avait par ailleurs indiqué que le ministre de la Santé a « pris un arrêté royal ne répondant pas au besoin de la situation sur le terrain et il ne se rend pas compte du rôle majeur que jouent les grossistes répartiteurs garants de l’approvisionnement du médicament ».

« Quelque part, ne crée-t-il pas lui-même les conditions d’une pénurie plus forte encore », avait-il questionné.

Febelco propose plutôt d’exiger la transparence et une garantie de stock de la part de l’industrie. Le grossiste propose également de prendre des mesures contre la politique de contingentement de l’industrie et plutôt en faveur d’une importation, comme le font certains autres pays européens.