Berlin présente un plan pour le retour des industries solaire et éolienne en Allemagne
Le gouvernement allemand cherche à acquérir des parts dans des entreprises du secteur des énergies renouvelables et à apporter son soutien aux fabricants d’éoliennes et de panneaux solaires afin d’encourager leur production en Allemagne.
Le gouvernement allemand cherche à acquérir des parts dans des entreprises du secteur des énergies renouvelables et à apporter son soutien aux fabricants d’éoliennes et de panneaux solaires afin d’encourager leur production en Allemagne.
L’Allemagne abritait autrefois des industries solaire et éolienne jeunes mais prometteuses. Cependant, le soutien financier national s’est tari, ce qui a entraîné le déclin de ces industries.
Aujourd’hui, la capacité de production intérieure redevient une priorité en raison de la guerre menée par la Russie en Ukraine et de l’interruption soudaine des flux de gaz bon marché en provenance de Russie desquels Berlin dépendait beaucoup.
Après la tenue d’une consultation publique d’avril 2022 à février 2023, le gouvernement allemand dispose désormais d’un plan en trois étapes.
« Nous devons renforcer les capacités de production des énergies renouvelables et des réseaux électriques en Allemagne et en Europe », a déclaré Robert Habeck, ministre allemand de l’Économie et du Climat, lors d’un discours à Berlin mardi (21 février).
Il souhaite tout d’abord aider les entreprises à investir et soutenir l’exploitation d’installations de production d’énergies renouvelables.
« Nous voulons identifier d’autres instruments », a déclaré M. Habeck, citant notamment un tarif d’électricité spécifique à l’industrie, ainsi qu’un soutien aux dépenses d’exploitation qui sont actuellement contraires à la réglementation européenne. À l’échelle mondiale, des pays comme la Chine, par exemple, proposent à l’industrie une électricité bon marché à 0,07 € par kilowattheure.
En outre, le gouvernement envisage de créer un « fonds de transformation » par le biais duquel il cherchera à acquérir des parts dans des entreprises du secteur des énergies renouvelables.
« Le capital hybride et les opérations de couverture devraient permettre ces investissements, et non une participation permanente de l’État », a expliqué M. Habeck.
Deuxièmement, le gouvernement cherche à « temporairement » réduire le niveau de risques liés à l’éolien terrestre et l’expansion du réseau électrique.
Un développeur de parc éolien qui ne peut pas vendre son électricité en raison d’un manque de capacité du réseau pourrait ainsi être indemnisé, notamment via des accords garantissant l’écoulement des stocks, ce qui assurerait des flux de trésorerie sur le long terme.
« Il s’agit de fonds qui ne sont pas censés circuler », a souligné M. Habeck, qui explique par ailleurs que la « ruée » à venir sur les énergies renouvelables rendra bientôt ces garanties superflues. De telles garanties constituent un « risque très calculé » et une « avancée courageuse », en attendant l’approbation de Bruxelles, a-t-il déclaré.
Troisièmement, M. Habeck souhaite lancer une nouvelle série de programmes de financement innovants approuvés par l’UE, appelés Projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC), et les étendre à l’énergie solaire. Pour cela, Berlin compte sur le soutien de l’Espagne, qui a lancé l’idée.
Le gouvernement va également mener une étude sur la restauration de la chaîne de valeur du solaire photovoltaïque en Allemagne. Actuellement, seul le polysilicium — matériau de base dans la fabrication des panneaux — est produit sur le sol allemand en quantité importante.
Les récentes informations selon lesquelles la Chine envisageait de limiter les exportations de panneaux solaires photovoltaïques n’ont fait que renforcer l’argument de l’industrie.
« L’Allemagne veut tripler la part du photovoltaïque dans l’approvisionnement en électricité, en la faisant passer du niveau actuel d’environ 10 % à environ 30 % en seulement dix ans », a déclaré Jörg Ebel, responsable de l’association de lobbying de l’industrie solaire BSW.
Afin de préserver « cet objectif, qui n’a pas d’alternative » et compte tenu de la « pertinence systémique » du solaire photovoltaïque, l’Allemagne ne devrait pas « se contenter d’acheter » des panneaux solaires, a ajouté le lobbyiste.
M. Habeck s’est montré particulièrement discret sur le coût de l’initiative, évoquant des « estimations approximatives » susceptibles d’être modifiées. Pourtant, il est peu probable que le soutien du gouvernement pour les frais d’exploitation à grande échelle ne revienne pas cher.
Du changement attendu à Bruxelles
Une grande partie du plan allemand visant à stimuler l’industrie des technologies propres sur son sol est subordonnée à des changements au niveau de l’UE. En effet, des mesures telles qu’un soutien dédié aux coûts d’exploitation seraient impensables si elles étaient soumises aux règles de l’UE en matière d’aides d’État.
Afin de mettre en œuvre ces mesures, « la Commission doit d’abord créer le cadre juridique nécessaire en vertu de la législation européenne sur les aides d’État », peut-on lire dans le document du gouvernement allemand.
M. Habeck espère que les mesures prises par l’Allemagne viendront « compléter » le Plan industriel du Pacte vert de l’UE. « Il ne s’agit pas d’un programme parallèle, mais d’un programme reposant sur la volonté de l’Europe de créer une opportunité et de reconnaître nos souhaits », a confié le ministre allemand aux journalistes.
Un autre obstacle potentiel se dresse toutefois : le Parti libéral-démocrate (Freie Demokratische Partei, FDP), en charge du ministère des Finances au sein de la coalition gouvernementale tripartite à Berlin.
« Le gouvernement fédéral doit créer le cadre juridique pour le budget », a indiqué M. Habeck.
Le gouvernement s’est récemment retrouvé dans l’impasse, le ministre des Finances Christian Lindner ayant refusé la demande de M. Habeck de débloquer des fonds supplémentaires lors d’un échange de lettres acerbe à la mi-février. Le chancelier Olaf Scholz n’est pas encore intervenu sur la question.
M. Lindner et son parti libéral, le FDP, pourraient également voir d’un mauvais œil le projet de M. Habeck d’acquérir des parts dans des installations d’énergie renouvelable, étant donné la position du FDP en faveur de la privatisation. En outre, la loi sur la sécurité énergétique qui a été utilisée pour exproprier Gazprom Germania l’année dernière comportait une clause visant à rendre obligatoire une reprivatisation.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]