Câble électrique Grèce-Israël : Athènes compte sur Paris pour faire avancer le projet

La visite surprise en Grèce du chef des services de renseignement turcs a suscité des interrogations

EURACTIV.com
Emmanuel Macron, président de la République française, prend congé de Kyriakos Mitsotakis, Premier ministre de la Grèce, à l'issue d'une rencontre bilatérale à l'Élysée, à Paris, le 9 septembre 2026. [Telmo Pinto/NurPhoto]

La Grèce compte sur la France pour faire avancer un projet visant à installer l’un des câbles électriques sous-marins les plus profonds et les plus longs au monde, destiné à relier les réseaux électriques d’Israël, de la Grèce et de Chypre.

Ce nouvel élan intervient alors que la Turquie voisine continue de s’opposer au projet, ce qui laisse présager une nouvelle confrontation en Méditerranée orientale.

Ce projet, financé en partie par l’UE, figurait à l’ordre du jour d’une rencontre entre Emmanuel Macron, le président français, et Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre grec, qui s’est tenue mercredi à Paris.

S’il aboutit, ce serait la première fois que Chypre, isolée sur le plan énergétique, serait raccordée au réseau électrique européen, ainsi que la première interconnexion électrique d’Israël avec un autre pays.

 

Malgré les pressions exercées par Bruxelles pour faire avancer le projet, celui-ci est de fait au point mort depuis juillet 2024, date à laquelle la Turquie a déployé des navires de guerre pour empêcher le navire de recherche italien Ievoli Relume d’effectuer des travaux de prospection le long du tracé prévu.

Ankara affirme que le câble porte atteinte aux droits maritimes souverains de la Turquie, et des interrogations subsistent quant à la manière dont elle compte réagir sur le terrain. Athènes, pour sa part, estime que la Turquie n’a aucun fondement juridique pour bloquer le projet.

Cependant, en août, le groupe français d’investissement dans les infrastructures Meridiam a acquis une participation majoritaire dans le projet. L’implication de Meridiam a été perçue comme une manœuvre diplomatique, compte tenu de ses investissements importants en Turquie, cette acquisition ayant permis d’établir des canaux de communication avec Ankara.

Une réunion secrète à Athènes

Par ailleurs, Ibrahim Kalin, chef des services de renseignement turcs, a tenu la semaine dernière une réunion secrète à Athènes avec son homologue grec, Themistoklis Demiris. Aucun des deux gouvernements n’a révélé le contenu de cette réunion.

Les médias turcs ont rapporté que Kalin a clairement indiqué qu’Ankara n’accepterait pas de faits accomplis en Méditerranée orientale. Il aurait également fait part du mécontentement d’Ankara face aux récentes mesures grecques visant à militariser des îles situées à proximité des côtes turques.

Des diplomates à Athènes ont indiqué que la Turquie a recouru à ses tactiques coercitives habituelles. « Ils nous ont en substance mis en garde contre ce qui se passerait si les Grecs allaient de l’avant, et nous l’avons entendu de la bouche même des intéressés », a déclaré l’un d’entre eux.

Ce diplomate ne s’est pas montré optimiste quant à la possibilité de faire avancer le projet cet automne, mais s’est demandé si la Turquie oserait provoquer un incident dans la région avant les élections de mi-mandat aux États-Unis.

« Recep Tayyip Erdoğan ne causera pas de problème à Trump avant les élections », a affirmé le diplomate.

Une source des services de sécurité a expliqué que toutes les questions en suspens – y compris celle du câble – sont étroitement liées.

Le responsable a indiqué que Kalin sonde le terrain, car Ankara s’intéresse particulièrement à la position de la Grèce au cas où les tensions entre la Turquie et Israël s’intensifieraient sur le terrain, ainsi qu’aux négociations en cours entre la Turquie et la Syrie pour délimiter leurs zones maritimes, qui sont susceptibles d’affecter les eaux territoriales chypriotes.

(bw)