La bataille du Brexit s’achève, mais d’autres fronts s’ouvrent
La large victoire des conservateurs rend la sortie de l'Union européenne en janvier certaine. Mais de nouvelles questions surgissent.
La large victoire des conservateurs rend la sortie de l’Union européenne en janvier certaine. Mais de nouvelles questions surgissent.
Le caractère décisif du résultat a été largement salué par les dirigeants européens lors de leur sommet de décembre à Bruxelles. Au cours des deux dernières années, leur exaspération n’avait fait que croître face à l’incapacité de la classe politique britannique à exprimer ce qu’elle attendait des négociations du Brexit, et à prendre une décision.
« Nous attendions depuis plus d’un an de savoir ce que voulait la Grande-Bretagne. Maintenant, les choses sont claires », a déclaré Michel Barnier, le négociateur en chef du Brexit pour l’UE, lors du sommet européen du 13 décembre.
« L’UE doit maintenant œuvrer à la mise en place d’une nouvelle collaboration étroite, équitable et durable avec la Grande-Bretagne. C’est dans notre intérêt commun », a déclaré Guy Verhofstadt, le président du groupe de pilotage du Parlement européen sur le Brexit.
Mais alors qu’une bataille prend fin, de nouveaux fronts s’ouvrent. Le premier défi qui se présente est celui de la deuxième étape, plus détaillée, des négociations sur le Brexit. Elle dessinera les contours de la future relation entre le Royaume-Uni et l’UE, qui débutera après l’adoption de l’accord de retrait par les parlementaires.
Boris Johnson s’est montré délibérément vague pendant la campagne, ne promettant guère plus que de « concrétiser le Brexit ». Le manifeste conservateur exclut la possibilité de prolonger la transition au-delà de 2020, mais il n’évoque pas ce qu’il adviendra si aucun accord commercial n’est conclu d’ici là. Il n’y aura pas de « Brexit dur » en janvier, mais la perspective d’une sortie sans accord n’est pas totalement exclue.
« Nous ne savons tout simplement pas quel genre de Brexit Boris Johnson veut », a déclaré le professeur Anand Menon, directeur du groupe de réflexion sur le Brexit « UK in a Changing Europe ». Le think tank a critiqué les conservateurs pour avoir fait des « déclarations peu claires, irréalisables et trompeuses » ou pour avoir évité de communiquer pendant la campagne.
Le temps a joué contre le gouvernement britannique depuis qu’il a déclenché l’article 50. Il est probable que Boris Johnson publie un plan pour la prochaine phase des négociations avant Noël.
Michel Barnier a souligné à plusieurs reprises que les chances de voir un accord du type « Canada-plus » – évoqué par Boris Johnson – accepté et ratifié, étaient presque nulles. Selon lui, seul un accord commercial réduit à l’essentiel, « sans droits de douane ni quotas » pourra être obtenu dans un délai de onze mois.
« Le point le plus délicat sera de devoir mener ces négociations très rapidement », a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel à la presse.
« Nous sommes prêts à défendre l’intérêt européen », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel. Il a ajouté que les « règles de concurrence équitable », en vertu desquelles le Royaume-Uni s’engage à ne pas porter atteinte aux normes réglementaires de l’UE, resteront une priorité centrale des négociateurs de l’UE.
Mais la majorité de 70 sièges obtenue par Boris Johnson signifie qu’il peut faire ce qu’il veut au Royaume-Uni.
Bien qu’il ait promis que la période de transition post-Brexit ne se prolongerait pas au-delà de décembre 2020, il pourrait très bien changer d’avis, même si cela oblige Nigel Farage, le chef du parti du Brexit, à mettre sa menace à exécution et à revenir sur son projet de prendre part à la première partie de la campagne de Donald Trump pour l’élection présidentielle aux États-Unis.
Quid de l’union du royaume ?
Si la sortie du Royaume-Uni de l’UE est désormais assurée, l’effondrement potentiel de sa propre union se profile.
En Écosse, le parti national écossais a remporté 49 sièges sur 59 et la Première ministre Nicola Sturgeon a déjà annoncé que son gouvernement présenterait la semaine prochaine un plan pour un deuxième référendum sur l’indépendance écossaise. Ce que Boris Johnson pourra difficilement lui refuser.
Mais l’Écosse n’est pas le seul pays confronté à un bouleversement constitutionnel. En Irlande du Nord, les partis pro-unionistes n’ont remporté que 8 sièges sur 18. C’est la première fois, depuis la création de la République d’Irlande, que les partis nationalistes et républicains irlandais ont obtenu une majorité.
Le Parti unioniste démocrate, qui s’oppose au protocole irlandais de l’accord de retrait de Boris Johnson, est tombé de 10 à 8 sièges.
Le bouleversement électoral n’est guère surprenant. Le protocole établira une nouvelle frontière réglementaire entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord pour quatre ans.
De nouveaux contrôles douaniers seront instaurés sur l’île d’Irlande, l’Irlande du Nord quittera l’union douanière de l’UE et sortira du marché unique pour toutes les marchandises, à l’exception des produits agroalimentaires et des produits industriels.
En 2025, le gouvernement et l’assemblée élue d’Irlande du Nord – qui n’a plus siégé depuis près de deux ans – choisiront alors de maintenir ou non le nouvel arrangement.
Les détails du protocole irlandais doivent encore être réglés. Boris Johnson a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de nouveaux contrôles sur les marchandises provenant d’Irlande du Nord et arrivant en Grande-Bretagne. Il a assuré les entreprises situées en Ulster qu’elles ne seraient « absolument pas » tenues de faire des déclarations de douane.
Cette affirmation est toutefois contredite par un document du gouvernement britannique qui affirme qu’« au minimum, des déclarations sommaires de sortie seront exigées lorsque des marchandises sont exportées d’Irlande du Nord vers la Grande-Bretagne, afin de satisfaire aux obligations de l’UE » et que « dans la pratique, l’accord de retrait a le potentiel de séparer l’Irlande du Nord de pans entiers du marché intérieur britannique ».
Cela risque de compromettre le fragile accord de paix en Ulster et d’accroître les requêtes en faveur d’une Irlande unie.
Dan Hannan, l’eurodéputé conservateur et fervent partisan du Brexit, a déjà suggéré que la mise en place d’une assemblée constituante était nécessaire pour évoluer vers un Royaume-Uni véritablement fédéral. Cela pourrait être la seule façon de sauver l’union.