La taxe carbone aux frontières de l'UE impactera fortement les exportateurs d'électricité des Balkans
Les pays des Balkans occidentaux vont être confrontés à une taxe carbone d'un milliard d'euros.
L’inclusion de l’électricité dans la taxe carbone aux frontières de l’UE menace de bouleverser le marché de l’électricité en Europe de l’Est à partir du 1er janvier 2026, date de son entrée en vigueur.
Au cours de la dernière décennie, les pays des Balkans occidentaux – Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Kosovo, Albanie et Macédoine du Nord – ont exporté chaque année vers l’UE quelque 10 térawattheures d’électricité produite principalement à partir de charbon, rapportant des milliards à ces pays en attente d’adhésion à l’UE.
Mais ce modèle économique lucratif prendra fin le 1er janvier, lorsque le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l’UE entrera en vigueur. Conçu pour protéger les entreprises nationales de la concurrence étrangère moins respectueuse du climat, il devrait mettre un terme aux exportations d’électricité des pays candidats à l’adhésion à l’UE.
En 2026, la taxe s’élèverait à environ 1 milliard d’euros, selon une étude de la Communauté de l’énergie, un organisme de sensibilisation de l’UE basé à Vienne et créé pour préparer les Balkans occidentaux et l’Ukraine à l’adhésion. « Le CBAM menace désormais de compromettre ces progrès », a-t-il déclaré.
Le résultat est clair.
« Avec le CBAM, l’UE importera beaucoup moins d’électricité des Balkans occidentaux », a déclaré Rouven Stubbe, chercheur au Helmholtz Zentrum, basé à Berlin. Selon les modèles du scientifique, le commerce de l’électricité aurait diminué de plus de 60 % avec la taxe frontalière initiale du 1er janvier, qui sera modifiée rétroactivement à la mi-2026.
Même dans ce cas, la taxe sur le CO2 de l’UE aurait un impact considérable sur le commerce de l’électricité. Et les pays des Balkans occidentaux ne peuvent pas faire grand-chose pour empêcher la perte de revenus qui s’annonce.
Mis au pas
Au départ, le recours à la menace tarifaire était censé inciter les pays à intégrer leurs marchés de l’électricité à ceux de l’UE en échange d’une exemption temporaire, mais cela prendra des années, même pour les pays les plus avancés, comme la Serbie.
Les dirigeants du secteur énergétique de la région ont mis en garde contre les « risques sérieux » pour les marchés énergétiques locaux – sans parler de leur transition écologique et de leur intégration plus large dans l’UE – alors que les tarifs menacent de frapper.
« L’introduction du CBAM sans progrès adéquats dans l’intégration du marché avec l’UE crée un déséquilibre structurel », a déclaré le directeur de la bourse de l’électricité de Macédoine du Nord. La région « encourrait des coûts supplémentaires sans bénéficier pleinement d’un marché intégré », a-t-il ajouté.
Bruxelles a été critiquée par l’Ukraine, le Royaume-Uni (qui cherche à réintégrer l’Union) et des groupes de réflexion qui affirment que l’inclusion de l’électricité dans le CBAM « compromet » la sécurité énergétique du bloc. La Commission n’a pas répondu à une demande de commentaires.
Mercredi, Bruxelles a proposé des modifications au tarif carbone aux frontières qui répondent à certaines des critiques, mais ces modifications ne réduiraient les tarifs que de 30 % en moyenne.
« Même avec les modifications proposées, l’électricité provenant du Monténégro sera soumise à une surtaxe d’environ 35 euros par MWh », explique Rouven Stubbe, chercheur au Helmholtz Zentrum de Berlin. « Pour l’électricité provenant du Kosovo, ce serait plus du double. »
Un éloignement croissant
Bruxelles affirme depuis des années qu’elle souhaite vivement accueillir les pays des Balkans occidentaux dans l’UE. « L’UE continuera à contribuer à la transition énergétique dans les Balkans occidentaux », peut-on lire dans une déclaration commune adoptée mercredi soir avec les pays des Balkans occidentaux.
Cependant, l’ambiance lors de la réunion annuelle avec les pays en attente d’adhésion, mercredi soir à Bruxelles, était plus glaciale que d’habitude, et pas seulement parce que la Serbie a refusé d’y assister. Une conférence de presse prévue a d’abord été reportée, puis annulée.
Incidemment, Belgrade sera la plus touchée par les tarifs, car elle exporte de loin le plus d’électricité, qui est également extrêmement intensive en carbone. Les médias locaux rapportent que le gouvernement se prépare à une perte de revenus annuelle pouvant atteindre 300 millions d’euros.
Les budgets locaux ne seront pas les seuls à être remodelés par le marteau des tarifs CO2 de l’UE.