Bruxelles épingle la France sur l'évolution de son déficit
La Commission européenne prédit à la France un déficit supérieur à 3,7% en 2015. Beaucoup trop par rapport aux promesses répétées du gouvernement français de passer sous la barre de 3%.
La Commission européenne prédit à la France un déficit supérieur à 3,7% en 2015. Beaucoup trop par rapport aux promesses répétées du gouvernement français de passer sous la barre de 3%.
Les bonnes intentions françaises dans la réduction du déficit public n’ont pas convaincu à Bruxelles. Dans ses dernières prévisions économiques publiées 5 novembre, la Commission européenne estime que la France ne passera pas sous la barre de 3% de déficit public d’ici à 2015.
L’exécutif européen table sur un déficit public de 4,1% cette année, puis 3,8% en 2014 et 3,7% en 2015. Des estimations bien plus pessimistes que celle du gouvernement français, qui espère ramer le déficit du pays à 2,8% d’ici à 2015.
Cet écart conséquent entre les projections de Bruxelles et de Paris s’explique par la méthode de calcul de l’exécutif européen.
« La Commission européenne raisonne à politique inchangée. Elle ne prend pas en compte dans ses estimations des politiques de réduction des coûts menées par le gouvernement » a noté Pierre Moscovici, le ministre de l’économie et des finances lors d’un point presse organisé suite à la publication des estimations de la Commission.
Doutes au niveau européen
En estimant que la France ne parviendra pas à passer en dessous des 3% du PIB de déficit public en 2015, comme elle s'y est engagée, Bruxelles tire la sonnette d’alarme.
La Commission européenne, qui a ouvert une procédure pour déficit excessif contre la France, a en effet accordé un délai de deux ans à l’Hexagone pour ramener son déficit en dessous du seuil de 3% défini par le traité de Maastricht. Une rallonge obtenue contre l’engagement de François Hollande de mener une politique de réduction des coûts efficace.
Pour la première fois, les membres de la zone euro ont dû présenter leurs budgets 2014 à la Commission européenne, qui doit transmettre un avis le 15 novembre. Ce nouvel exercice encadré par le règlement européen du « two-pack » permet à l’exécutif européen de revoir leur copie si elle estime que le déficit public et la dette dérapent.
Paris veut y croire
Pour Pierre Moscovici, les prévisions de la Commission ne laissent cependant rien présager de l’évaluation du budget français pour 2014. « Il s’agit évidemment d’un élément important mais qui ne présage pas de l’évaluation que la Commission européenne doit rendre mi-novembre » a précisé le ministre.
Malgré les projections de la Commission, Paris affirme garder le cap sur la réduction de son déficit, et se dit confiant sur l’objectif de 3% pour 2015. « Si nous maintenons le rythme d'économies que nous réalisons en 2014, nous serons dans l'objectif de 3% à l'horizon 2015 » a affirmé le ministre français du Budget, Bernard Cazeneuve, également présent à la conférence de presse.
Divergences sur le chômage
Autre point de divergence, l’évolution du chômage en France. Paris souhaite inverser la courbe du chômage dès la fin de l’année 2013. Une promesse renouvelée par Pierre Moscovici lors de la conférence de presse.
Le scénario de Bruxelles est cependant bien plus pessimiste, puisqu’il prévoit un taux de chômage en en hausse discontinue jusqu’en 2015. La Commission européenne table ainsi sur un taux de 11% cette année, puis 11,2% en 2014 et 11,3% en 2015.
« La Commission ne prend pas en compte les mécanismes publiques de soutien à l’emploi comme les 150.000 emplois qui seront créés grâce au dispositif des emplois d'avenir » soutien Pierre Moscovici.
« Le chômage ne va malheureusement pas beaucoup baisser (En France), car le marché du travail ne parvient pas absorber la croissance de la population active » relève de son côté Olli Rehn, le vice-président de la Commission en charge des affaires économiques et monétaire
Seul point d’accord entre Paris et Bruxelles, la France ne devrait finalement pas être en récession cette année. L’exécutif européen table désormais sur une croissance de 0,2%, puis une accélération, à 0,9% et 1,7%, pour 2014 et 2015.