Bruxelles souhaite améliorer la flexibilité du réseau électrique

La Commission européenne propose de nouvelles mesures pour adapter le réseau électrique de l’UE à l’évolution de la demande, et ce dans le but de réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles onéreux et de permettre la mise en service de davantage d’énergies renouvelables.

Euractiv.com
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À mesure que l’Europe s’éloigne des combustibles fossiles, son marché de l’électricité passe d’un modèle dominé par quelques grandes centrales électriques à un système plus diversifié, avec un nombre croissant de producteurs intermittents d’énergie solaire et éolienne. [<a href="https://pixabay.com/users/41330-41330/" target="_blank" rel="noopener">Pixabay/ID 41330</a>]

La Commission européenne propose de nouvelles mesures pour adapter le réseau électrique de l’UE à la demande, et ce dans le but de réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles onéreux et de permettre la mise en service de davantage d’énergies renouvelables.

À mesure que l’Europe s’éloigne des combustibles fossiles, son marché de l’électricité passe d’un modèle dominé par quelques grandes centrales électriques à un système plus diversifié, avec un nombre croissant de producteurs intermittents d’énergie solaire et éolienne.

Les modes de consommation évoluent également. Alors que les ménages adoptent massivement la voiture électrique et les panneaux solaires, ils deviennent des consommateurs actifs capables de stocker l’électricité et de la réinjecter dans le réseau.

Pour faciliter la transition, la Commission européenne a présenté en mars une révision du marché de l’électricité de l’UE, qui prévoit des mesures visant à améliorer la capacité de réaction du réseau aux variations de l’offre et de la demande, ce que l’on appelle la flexibilité.

Pour Mathilde Lallemand-Dupuy, chargée de mission pour le marché intérieur de l’énergie à la Commission européenne, le besoin de flexibilité à court terme augmentera considérablement à mesure que les énergies renouvelables seront mises en service, parce qu’elles sont variables et que les prévisions météorologiques se précisent à l’approche de la livraison.

« Aujourd’hui, il est possible de faire du commerce transfrontalier jusqu’à une heure avant l’heure de livraison. Nous voulons faire passer ce délai à 30 minutes », a-t-elle déclaré lors d’un évènement récemment organisé par EURACTIV sur le sujet.

Dans le cadre de la réforme, la Commission européenne a introduit une définition de la flexibilité comme étant la « capacité d’un système électrique à s’adapter à la variabilité des modèles de production et de consommation et à la disponibilité du réseau, à travers les échéances pertinentes du marché ».

La réforme exigera également que les États membres fixent un objectif indicatif pour leur réponse à la demande et leur stockage. Parallèlement, les autorités nationales de régulation devront procéder à des évaluations périodiques de la flexibilité nécessaire pour garantir la sécurité de l’approvisionnement, en mettant l’accent sur le non fossile.

« Dans certains États membres, nous observons une augmentation de la réponse à la demande et du stockage, mais dans d’autres, pas du tout. C’est vraiment inégal et plutôt lent », a souligné Mme Lallemand-Dupuy.

« L’idée d’avoir cet objectif est de donner un nouvel élan à cette partie du marché parce que le côté production dispose de mécanismes, tels que le mécanisme de capacité. Nous constatons que le marché est vraiment dominé par la production », a-t-elle expliqué.

La réforme comprend également des mesures visant à améliorer le fonctionnement des réseaux européens, ce qui sera essentiel avec un bouquet énergétique dominé par les énergies renouvelables. En vertu de la loi, les gestionnaires de réseau devront développer le réseau, utiliser la flexibilité pour améliorer son fonctionnement et se montrer plus transparents en ce qui concerne les connexions.

S’attaquer à la flexibilité de l’offre

Certains craignent que les mesures à court terme ne soient pas suffisantes et que la Commission européenne ait négligé les actions qui soutiendraient le réseau sur de plus longues périodes de pénurie d’approvisionnement.

Alors que l’Europe doit investir dans les énergies renouvelables, le stockage et la gestion de la demande, ces mesures ne sont qu’une partie de la solution, a indiqué Christoph Gatzen, directeur chez Frontier Economics, lors de l’évènement organisé par EURACTIV.

Selon lui, l’Europe aura également besoin d’une flexibilité à long terme pour les périodes de « dunkelflaute », un terme allemand qui désigne les moments où la production d’énergie renouvelable est faible voire inexistante.

Pour cela, l’Europe aura besoin d’une capacité de production d’électricité qui puisse, le cas échéant, être mise en service et combler les lacunes, a déclaré Ralf Wezel, secrétaire général d’EUTurbines, l’association des fabricants européens de turbines à gaz et à vapeur, et d’EUGINE, qui représente l’industrie des centrales électriques à moteur en Europe.

Il a toutefois indiqué aux participants que la proposition de la Commission ne prévoit pas de mesures de soutien à cet égard.

« Il s’agit d’un outil prévu comme une mesure temporaire pour combler des lacunes ou des problèmes temporaires d’adéquation. Tel que formulé actuellement, il n’est pas prévu comme outil pour fournir un soutien prévisible aux investissements de flexibilité à long terme », a déclaré M. Wezel.

Une façon de combler le déficit serait d’utiliser les technologies existantes, comme les centrales électriques alimentées au gaz fossile qui pourraient à terme fonctionner avec des gaz renouvelables tels le biométhane ou l’hydrogène, explique M. Wezel.

« Le grand avantage de ces centrales est qu’elles fournissent de l’électricité pilotable et planifiable, et nous pouvons faire fonctionner ces mêmes centrales avec du gaz renouvelable également », a-t-il noté.

L’Union européenne souhaite que la production de biométhane atteigne 35 milliards de mètres cubes et celle d’hydrogène vert 10 millions de tonnes d’ici 2030. Elle ambitionne également que 10 millions de tonnes supplémentaires d’hydrogène vert soient importées dans le même délai.

Cependant, la production de ces carburants renouvelables est encore en développement et l’on ne sait pas exactement dans quels secteurs les gaz renouvelables seront utilisés.

Par exemple, selon les rapports compilés par le Centre commun de recherche (CCR) de la Commission européenne, l’hydrogène devrait fournir au maximum 8,4 % de l’électricité au milieu du siècle, tandis que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) s’attendent à ce qu’il ne fournisse que 2,5 % de l’électricité totale.

Les centrales électriques au gaz pourraient également devoir être adaptées à l’utilisation de l’hydrogène.

Davantage de clarté pour les fournisseurs

Selon Martin O’Neill de GE Vernova, un autre élément faisant défaut pour combler le manque de flexibilité à long terme serait la clarté quant au rôle des centrales thermiques, nucléaires et hydroélectriques, qui est pourtant nécessaire pour offrir une plus grande certitude aux développeurs de ces projets.

« Nous devons réfléchir à ce déficit de production à plus long terme car, en fin de compte, si nous ne pouvons pas mettre en relation les financiers et les opérateurs afin de faire avancer ces projets, nous nous dirigeons rapidement vers un gros problème », a-t-il mis en garde.

Mme Lallemand-Dupuy s’est défendue, expliquant que l’objectif de la Commission européenne était de « donner un coup de pouce supplémentaire » aux mesures à court terme visant à remplacer le gaz fossile et que les mécanismes de capacité « seraient une réponse » pour les solutions à long terme.

Les mécanismes de capacité sont des programmes de soutien financier que les gouvernements fournissent aux producteurs d’électricité pour qu’ils restent en attente en cas de pénurie d’approvisionnement.

Toutefois, la dernière réforme du marché de l’électricité de l’UE adoptée en 2018 a imposé une limite aux mécanismes de capacité pour les générateurs de charbon et de gaz de secours en introduisant une norme de performance en matière d’émissions de CO2 de 550 grammes par kilowattheure.

Cette norme a commencé à s’appliquer immédiatement à toutes les nouvelles centrales électriques et s’appliquera à partir du 1er juillet 2025 aux installations de production existantes, excluant de fait les aides d’État au charbon et aux centrales électriques au gaz les plus polluantes.

Parallèlement, Miapetra Kumpula-Natri, membre finlandaise de la commission de l’Énergie du Parlement européen, a mis en garde contre le risque d’amalgame des enjeux de flexibilité des États membres.

« Tous les marchés n’ont pas les mêmes besoins », a-t-elle expliqué, affirmant que la réforme devait aborder les différents marchés, ne pas risquer la sécurité de l’approvisionnement et accélérer la transition verte.

Voir l’intégralité de l’évènement EURACTIV ci-dessous :

[Édité par Anne-Sophie Gayet]