Budget 2025 : Berlin et Bruxelles dans l'attente d'une réduction du déficit public français

Le Premier ministre Michel Barnier dévoile jeudi 10 octobre la première mouture de son budget pour 2025 et Berlin comme Bruxelles attendent du gouvernement français des mesures fortes pour réduire le déficit public, alors que l'instabilité politique fragilise l'Hexagone sur les marchés financiers.

/ Euractiv France
Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le Premier ministre Michel Barnier dévoile jeudi 10 octobre la première mouture de son budget pour 2025 et Berlin comme Bruxelles attendent du gouvernement français des mesures fortes pour réduire le déficit public, alors que l’instabilité politique fragilise l’Hexagone sur les marchés financiers.

Alors que le projet de loi de finances (PLF) pour l’année 2025 est présenté jeudi 10 octobre en Conseil des ministres, nul doute que les mesures proposées par le Premier ministre Michel Barnier pour redresser les finances françaises seront étudiées avec attention à Bruxelles, mais aussi de l’autre côté du Rhin, où l’impatience semble chaque jour grandir un peu plus.

« Il est essentiel que nous soyons tous conscients de la crédibilité des finances publiques vis-à-vis des marchés financiers », avertissait ainsi le très libéral ministre allemand des Finances Christian Lindner (FDP, Renew), le 7 octobre, en marge d’une réunion de l’Eurogroupe.

« Nous devons réduire de manière crédible notre déficit et notre endettement afin de pouvoir nous financer de manière stable et efficace », expliquait-il encore, alors qu’il était interrogé sur le dérapage du déficit public français.

« La Commission européenne a longtemps fermé les yeux sur la France, ce qui rend Bruxelles en partie responsable de la situation financière du pays », souligne de son côté pour Euractiv le député allemand Thomas Hacker, en charge des affaires européennes pour le FDP. « Une approche plus stricte aurait probablement atténué la sévérité des mesures qui vont désormais être mises en œuvre ».

Alors que le déficit français devrait atteindre 6,1% du PIB en 2024, le gouvernement espère revenir d’ici 2029 sous la limite des 3% imposée par la nouvelle mouture du Pacte de stabilité et de croissance, adoptée au printemps dernier, sous peine de se voir théoriquement chaque année imposer une amende équivalente à 0,1 % du PIB.

Pour ce faire, l’exécutif entend proposer dès 2025 un plan d’économie massif et totalement inédit : 40 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques, avec des coupes attendues dans tous les ministères ou encore un gel des retraites, et 20 milliards d’euros de recettes supplémentaires, grâce à des taxes sur les grandes entreprises et les ménages les plus fortunés.

« Un bon signal », estime encore Victor Warhem, responsable de l’antenne française du think tank allemand du Centre for European Policy (CEP), alors que la France avait ces dernières années « perdu le contrôle de ses dépenses publiques ».

Les attentes de la Commission

Si le tout nouveau ministre des Finances français, Antoine Armand, soulignait lundi 7 octobre, que respecter les règles européennes était « une question de crédibilité internationale et de souveraineté », les responsables de la Commission européenne évitent pour l’heure de se prononcer sur les finances françaises.

« À ce stade, nous n’avons aucun commentaire à formuler », a souligné mardi 8 octobre pour Euractiv le service de presse de la Commission, même si le Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Paolo Gentiloni, a salué de premières discussions « prometteuses » avec Antoine Armand.

Paris doit présenter à Bruxelles d’ici le 31 octobre sa trajectoire financière de quatre à sept ans, assortie d’un programme d’investissements et de réformes, alors que l’instabilité politique française continue de poser question.

« Pour respecter le Pacte de stabilité, la France va devoir faire de sérieuses économies durant de longues années, alors même que le gouvernement pourrait tomber dans les prochains mois et que de nouvelles élections seront probablement organisées en juillet prochain », note pour Euractiv Andreas Eisl, chercheur en politique économique européenne au sein de l’Institut Jacques Delors.

La France paye une prime de « risque politique » sur les marchés

La volatilité de la situation politique française est également loin de rassurer les marchés financiers, alors que l’écart entre les titres de dette à dix ans de la France et de l’Allemagne s’est fortement creusé depuis la dissolution de l’Assemblée nationale ordonnée par le président Emmanuel Macron le 9 juin 2024, oscillant entre 70 et 80 points de base.

« Ce qui motive cet écart de taux d’intérêt entre la dette allemande et la dette française, c’est principalement l’incertitude politique », confirme pour Euractiv l’économiste Jérôme Creel, directeur du département des études à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) « Cela n’aide pas les marchés financiers à s’assurer que la trajectoire des finances publiques va dans le bon sens. On subit une prime de risque, qui est une prime de risque politique ».

Sans majorité à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Michel Barnier devrait être obligé de faire passer le budget 2025 en utilisant l’article 49.3 de la Constitution, qui permet au gouvernement d’adopter une proposition de loi sans se soumettre au vote des députés.

Reste ensuite à voir combien de temps l’exécutif restera en place et si les mesures d’austérité sans précédent qu’il s’apprête à lancer permettront de redresser les finances publiques sans faire plonger la croissance, qui devrait cette année s’établir à 0,7% en France, alors que l’Allemagne devrait enregistrer une croissance marginale de 0,1% de son PIB, après une contraction de 0,3% l’année dernière.