Bulgarie : la crise politique entre dans sa troisième phase
Les Bulgares sont en passe de connaître une nouvelle élection anticipée — la troisième depuis avril 2021. Aucun scrutin n’a jusqu’à présent permis la formation d’un gouvernement viable dans un contexte de crise politique effrénée et sans perspective de fin.
Les Bulgares sont en passe de connaître une nouvelle élection anticipée — la troisième depuis avril 2021. Aucun scrutin n’a jusqu’à présent permis la formation d’un gouvernement viable dans un contexte de crise politique effrénée et sans perspective de fin, rapporte EURACTIV Bulgarie.
Par ailleurs, mercredi (27 juillet), le Parti socialiste bulgare (BSP) a annoncé qu’il n’avait pas réussi à former un gouvernement suite à la démission du Premier ministre Kiril Petkov en juin. Cela entraîne la dissolution du parlement et une nouvelle élection anticipée, probablement prévue pour le 2 octobre.
Toutes les possibilités ont été épuisées auparavant, conformément à la Constitution. La tentative du BSP était la troisième — et dernière — tentative de former un gouvernement sous le mandat de ce Parlement, formé après les élections de novembre 2021.
Pour pouvoir constituer un gouvernement viable, la Bulgarie a besoin d’une majorité stable de plus de 121 députés à l’Assemblée nationale, qui compte 240 membres. Les majorités de coalition qui ont suivi les élections anticipées de juillet 2021 et de novembre 2021 se sont rapidement effondrées, tout comme celles qui ont suivi les élections régulières d’avril 2021.
La dirigeante du BSP, Kornelia Ninova, a déployé de grands efforts pour mettre à profit le troisième mandat en vue de former un gouvernement. Toutefois, Slavi Trifonov, chef du parti antisystème « Il y a un tel peuple », a demandé à ses députés de ne pas participer aux négociations, qui se sont de nouveau soldées par un échec.
Un obstacle systémique
Le parti de M. Trifonov, comparé par beaucoup aux « mouvement 5 étoiles » en Italie, constituait également un obstacle à la formation d’un gouvernement après les précédentes élections d’avril et de juillet 2021.
M. Trifonov, ancien animateur de télévision a sauté sur l’occasion provoquée par la divulgation d’un enregistrement pour faire échouer les discussions sur la recomposition de la coalition. Il a considéré que les commentaires du chef du groupe parlementaire « Bulgarie démocratique », Hristo Ivanov, étaient un signe d’irrespect envers les relations entre les partenaires de la coalition et ont fait échouer les négociations.
La coalition actuelle, formée après les élections de novembre 2021, est composée du parti du Premier ministre sortant Kiril Petkov, « Nous continuons le changement », du parti de M. Trifonov, « Il y a un tel peuple », du BSP et de « Bulgarie démocratique ».
M. Petkov a toutefois dû démissionner en juin, en partie à cause des accusations du parti de M. Trifonov.
La principale force d’opposition est le parti controversé GERB de Boyko Borissov, qui a fait l’objet de vives critiques à la suite d’allégations de corruption au cours des 12 dernières années au pouvoir.
M. Borissov n’a pas eu à répondre des scandales survenus sous son mandat en raison de l’aide du procureur général, un de ses amis politiques.
La décision de M. Trifonov d’empêcher la Bulgarie de former un gouvernement conduit le pays vers une intensification de la crise politique, dont les critiques disent qu’il a peu à gagner. En effet, les enquêtes d’opinion indiquent que le parti de M. Trifonov n’a aucune chance de faire partie du prochain parlement.
La procédure politique veut que le président Rumen Radev nomme, au début de la semaine prochaine, son troisième gouvernement provisoire au cours des 15 derniers mois.
Dans l’intervalle des élections anticipées que connaît la Bulgarie, le pays est dirigé par un gouvernement intérimaire nommé par le président, sans aucun contrôle parlementaire.
Quelle sera la prochaine étape ?
Les partis GERB de M. Borissov et « Nous continuons le changement » de M. Petkov bénéficient d’un soutien égal d’après les enquêtes d’opinion. Le GERB s’appuie sur son solide réseau dans tout le pays et son enracinement dans les autorités locales, tandis que le parti de M. Petkov est fondé sur une rhétorique anti-mafia et des programmes d’action sociale.
Le parti de M. Petkov n’a cependant pas encore toutes les structures officielles en place ; le parti n’a pas encore été officiellement homologué par le tribunal.
Le BSP a connu une légère augmentation de son soutien au cours des deux derniers mois, atteignant environ 11 %, soit le même pourcentage que l’électorat du « Mouvement des droits et des libertés » (DPS), composé essentiellement de personnes de la communauté turque. Ils sont talonnés par le parti pro-russe « Rennaissance » et le parti réformateur et pro-occidental « Bulgarie démocratique », dont le soutien se situe entre 8 et 10 %.
Une nouvelle force ayant des chances d’entrer au Parlement est une force pro-russe dirigée par Stefan Yanev, un ancien Premier ministre intérimaire nommé par M. Radev.
Les analystes estiment toutefois que la tâche de former un gouvernement ne se révélera pas plus simple à l’issue de ce prochain scrutin.
Le pays se trouve dans une situation difficile, la Russie ayant coupé ses approvisionnements en gaz, tandis que le directeur du régulateur de l’énergie a été évincé en raison d’irrégularités de procédure dans sa nomination.
Des manifestations étaient en cours mercredi (27 juillet) à Sofia et dans d’autres villes, vraisemblablement organisées par des entreprises de construction de route proches de M. Borissov.