Carburants alternatifs : la France mise sur l’électrique

Alors que l’Union européenne souhaite développer tous les carburants possibles pour remplacer le pétrole, la France semble davantage investir dans la voiture électrique.

EURACTIV.fr

Alors que l’Union européenne souhaite développer tous les carburants possibles pour remplacer le pétrole, la France semble davantage investir dans la voiture électrique.

Pour sortir de la dépendance du pétrole et limiter les émissions de gaz à effet de serre, l’UE met l’accent sur les véhicules décarbonés. Sous la houlette de la Commission européenne, des experts ont publié, le 25 janvier, un rapport sur les carburants du futur. Le texte préconise d’utiliser tous les carburants  : biocarburants, gaz naturels, GPL, ou encore l’électricité.

Le gouvernement français a lancé en 2010 un programme « Véhicule du futur ». 750 millions d’euros sont consacrés à la construction automobile.

Il existe aussi le programme Predit, doté de 400 millions d’euros, et le fonds démonstrateur de recherche, dont environ 150 millions d’euros concernent les véhicules à faible émission et les biocarburants. Des recherches sont également engagées sur biométhane dans le cadre du grand emprunt.

Priorité à l’électrique

« Toute la politique française est neutre an niveau des technologies », explique le coordinateur interministériel aux véhicules décarbonés, Jean-Louis Legrand.

Pourtant, dans les faits, l’accent semble mis sur la filière électrique  : voiture électrique, hybride et hybride rechargeable. Le sénateur Louis Nègre (UMP) a remis, le 28 janvier, un rapport sur la «structuration de la filière décarbonnée» à la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet. Ce document traite essentiellement de la voiture électrique.

De même, le gouvernement a annoncé, mercredi 16 février, le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) dédié aux «expérimentations liées aux infrastructures de recharge pour les véhicules électriques et hybrides rechargeables».

Pour le coordinateur interministériel aux véhicules décarbonés, Jean-Louis Legrand, c’est la forte communication sur la voiture électrique qui donne l’impression qu’elle est mise en avant.

Mais les acteurs de la filière ne sont pas du même avis. « Le budget de l’État est limité, la France doit faire un choix », estime de son côté le chargé des relations avec les administrations et les organisations publiques sur les technologies à PSA Peugeot Citroën, Joseph Beretta. Pour lui, le choix français de l’électricité repose sur le fait que la production électrique française est « décarbonée». C’est-à-dire produite à près de 80% à partir d’énergie nucléaire.

Incitations gouvernementales

« C’est une question d’incitation de la part du gouvernement. Les aides publiques très importantes dans tout ce qui touche l’électrification. Il y a quelques composants qui nécessitent des travaux de recherche », précise le directeur adjoint du centre résultat transport de l’Institut français du pétrole, Dominique Herrier. Pour lui, des recherches sont nécessaires dans le domaine électrique, en particulier sur la batterie mais aussi pour les bornes de recharge. « Les aides sont un accélérateur » à la recherche, précise M. Beretta. PSA Peugot Citroën a consacré un milliard d’euros aux véhicules décarbonnés en 2009.

L’important financement de l’électrique peut aussi s’expliquer par la nécessité de donner un coup de pouce au démarrage de la filière, encore très jeune. «Le buzz de la voiture électrique a commencé il y a un an et demi avec le passage a 100$ du baril du pétrole», rappelle la secrétaire générale de la branche française de l’association européenne pour le développement des véhicules électriques et hybrides, Charlotte de Silguy.

Les autres secteurs, dont les actions sont déjà engagées, reçoivent toujours des aides mais moins importantes. Si son bonus malus est  supprimé au 31 mars, le GPL bénéficie, par exemple, d’une taxation réduite (TIPP). « Les aides sont importantes pour démarrer une filière, pour prendre un rythme de croisière », explique M. Beretta.

Manque de visibilité

Pour le directeur général du Comité français du propane et du butane (CFPB), Joel Pédessac, le principal problème n’est pas tant de privilégier une seule technologie, mais d’avantage le manque de visibilité de l’État. « En France, l’État est trop dans la politique de « stop and go ». Il y a besoin de visibilité et de stabilité dans les orientations stratégiques, au niveau du budget, de la politique industrielle pour qu’un marché devienne mature », souligne-t-il.

Les constructeurs, comme les producteurs de carburants alternatifs, veulent avant tout plus de constance dans la fiscalité. Le directeur général du CFPB reproche à l’État d’avoir beaucoup misé sur l’éthanol il y a trois ans et de mettre maintenant l’accent sur l’électrique. Une prime de 20% est actuellement versée pour tout achat d’une voiture électrique, dans la limite de 5000 euros.

Une prime nécessaire si l’État veut atteindre ses objectifs. Le gouvernement souhaite compter deux millions de véhicules électriques en 2020, sur les 30 millions de voitures dans le parc français attendues d’ici là. Aujourd’hui, le nombre de véhicules électrique est évalué à moins de 10 000.

Encore faudra-t-il convaincre les Français. D’après un sondage du site internet AutoScout24.fr, 63% des internautes interrogés indiquent ne pas être prêts à échanger leur voiture actuelle contre une électrique.

Mais pour l »expert climat-énergie de WWF Olivier Gilbert, quelque soit le choix du gouvernement en matière de carburant, « c’est le carburant le problème en soi». « La politique française ne va pas dans le bon sens. Il faut faire de la recherche et développement car cela prend du temps mais il faut que des solutions alternatives à la voiture comme la location, le covoiturage, et le ferroutage soient mieux prises en compte», précise-t-il.

CALENDRIER

  • Début 2011  : Publication du Livre vert français sur les infrastructures de rechargeable
  • Mi 2011  : Standard européen de prise pour recharger les voitures électriques