Catherine Connolly, une nouvelle présidente irlandaise critique de l’UE
Catherine Connolly, fervente défenseuse de la neutralité militaire et franche critique de la politique de l’UE mais qui déclare rester « une Européenne convaincue », a remporté l’élection présidentielle de vendredi 24 octobre en Irlande.
La candidate de gauche Catherine Connolly, avocate de 68 ans et membre du parlement irlandais depuis 2016, a largement devancé sa rivale de centre-droit Heather Humphreys, du Fine Gael — parti qui gouverne en coalition avec le Fianna Fail.
Alors que Catherine Connolly a dépassé les 60 %, Heather Humphreys a obtenu moins de 30 % des voix. Catherine Connolly remplacera donc Michael D. Higgins, également de gauche, qui occupe ce rôle essentiellement symbolique depuis 2011. Le mandat présidentiel dure sept ans.
Catherine Connolly, indépendante après avoir quitté le Labour en 2007, a reçu le soutien des principaux partis d’opposition, dont les Verts et plusieurs partis de gauche irlandais, dont le Sinn Féin, qui siège avec La Gauche (GUE/NGL) au Parlement européen.
Toutefois, la course à la présidence a été marquée par une très faible participation (46 %), plus de la moitié des électeurs ne s’étant pas présentés aux urnes. Le choix limité a suscité le mécontentement à l’égard du processus de nomination et a conduit à un taux historiquement élevé de votes nuls.
Un troisième candidat, le centriste Jim Gavin, s’est retiré de la course il y a quelques semaines après avoir été accusé de devoir un loyer à un ancien locataire, mais son nom est resté sur les bulletins de vote et a tout de même recueilli quelques voix.
Heather Humphreys s’est inclinée samedi dans l’après-midi, en souhaitant bonne chance à Catherine Connolly.
Le Premier ministre Micheál Martin (Fianna Fail) n’a pas tardé à la féliciter également. Sur les réseaux sociaux, il a affirmé qu’il n’avait « aucun doute » sur le fait qu’elle servira bien le pays.
Le Taoiseach a évoqué la future présidence irlandaise du Conseil de l’UE, qui aura lieu au second semestre 2026, et a déclaré qu’il coopérerait avec Catherine Connolly « alors que l’Irlande continue de jouer un rôle important sur la scène internationale ».
La dirigeante du Sinn Féin, Mary Lou McDonald, s’est réjoui de la victoire de Catherine Connolly, y voyant une victoire pour « l’égalité, l’équité, les jeunes et la réunification ». En effet, la présidente élue soutient fermement l’unification irlandaise, qu’elle souhaiterait « voir de son vivant ».
Une Européenne convaincue critique de l’UE
Catherine Connolly qualifie depuis longtemps l’Union européenne de néolibérale et antidémocratique et s’est opposée à la ratification par l’Irlande de plusieurs traités européens.
Pourtant, elle insiste sur le fait qu’elle est « une Européenne convaincue ».
La présidente élue s’attaque principalement à ce qu’elle appelle la militarisation croissante de l’UE, dénonçant le « complexe militaro-industriel en Allemagne » et établissant même des parallèles avec les années 1930.
Elle a déclaré qu’il y avait « beaucoup de choses à craindre avec Frau von der Leyen » et a accusé la présidente de la Commission européenne de se tenir « aux côtés » du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou dans la guerre à Gaza, qu’elle a par ailleurs qualifiée de génocide.
Elle a « condamné sans réserve » le groupe terroriste du Hamas, mais elle s’est aussi attiré des critiques après avoir dit que le groupe faisait partie de la société civile palestinienne.
Interrogée sur la guerre menée depuis 2022 par la Russie en Ukraine, Catherine Connolly a appelé à un accord de paix et a soutenu les sanctions de l’UE contre Moscou.
La présidente élue a assuré qu’elle serait « une voix pour la paix, qui s’appuie sur la politique de neutralité » de l’Irlande. Dans son rôle présidentiel, elle sera également commandante en chef des forces armées irlandaises.
Si l’Irlande dispose d’un partenariat avec l’OTAN, elle n’est pas membre de l’alliance militaire. La guerre en Ukraine et l’évolution des menaces ont toutefois alimenté un débat sur cette posture de neutralité. Quoi qu’il en soit, Catherine Connolly ne devrait pas remettre en question ce positionnement, et elle s’est même publiquement opposée à une augmentation des dépenses de défense.
Dans ses nouvelles fonctions, Catherine Connolly sera essentiellement chargée d’accueillir d’autres chefs d’État et de confirmer que la législation est conforme à la constitution irlandaise.
Cependant, certains anticipent que ses opinions de gauche sur la politique étrangère, la justice sociale et le logement pourraient provoquer des frictions avec le gouvernement de coalition plus conservateur.
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(asg)