Changement de cap de la Commission en faveur d’une stratégie européenne pour les protéines

La Commission européenne s’est prononcée en faveur de la création d’une stratégie européenne en matière de protéines, revenant ainsi sur sa position antérieure après des pressions de la part des eurodéputés et des États membres.

EURACTIV.com
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Reconnaissant les appels toujours plus nombreux en faveur d’une stratégie européenne sur les protéines, le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a reconnu que des efforts « doivent être entrepris » en ce sens. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/soy-bean-mature-seeds-immature-soybeans-1479485951" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK</a>]

La Commission européenne s’est prononcée en faveur de la création d’une stratégie européenne en matière de protéines, revenant ainsi sur sa position antérieure après des pressions de la part des eurodéputés et des États membres.

Lors d’une réunion de la commission de l’agriculture du Parlement européen (AGRI) ce lundi 4 avril, plusieurs eurodéputés ont exhorté la Commission européenne à reconsidérer sa position sur la question d’une stratégie européenne en matière de protéines à la lumière de la guerre en Ukraine.

Soulignant qu’une stratégie globale de l’UE en matière de protéines est nécessaire pour garantir la souveraineté alimentaire, l’eurodéputé Tom Vandenkendelaere (PPE) a fait remarquer que, bien que la nécessité de soutenir la production de l’UE soit soulignée dans la récente déclaration du Conseil de l’UE de Versailles, il n’est actuellement « pas fait mention de la production de protéines dans l’UE ».

« La Commission prévoit-elle d’introduire une stratégie globale de l’UE en matière de protéines au cours du mandat actuel ? Pourquoi n’est-ce pas une priorité ? », a-t-il demandé, reprochant à l’exécutif européen de ne pas donner suffisamment suite à cette idée.

Reconnaissant les appels toujours plus nombreux en faveur d’une stratégie européenne sur les protéines, le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a reconnu que des efforts « doivent être entrepris » en ce sens.

« Cette stratégie est extrêmement importante. Elle n’avait pas été envisagée auparavant. Mais j’en vois la nécessité », a-t-il confié, soulignant le besoin d’une « idée claire sur la manière de soutenir la résilience [de l’UE] en termes de durabilité ».

Pendant ce temps, des sources ont indiqué à EURACTIV que l’exécutif européen avait également exprimé son soutien à l’idée d’une stratégie européenne en matière de protéines lors d’une récente réunion du Comité spécial Agriculture (CSA) le 28 mars.

Cela marque un changement de ton pour le commissaire, qui, lors d’une réunion le 21 mars dernier, expliquait aux ministres de l’Agriculture que l’UE ne prévoyait « pas d’adopter une stratégie européenne sur les protéines » à ce stade.

Au lieu de cela, il a jusqu’à présent encouragé les États membres à utiliser les outils existants pour stimuler la production de protéines, tels que ceux prévus par les États membres dans les plans stratégiques nationaux (PSN) de la Politique agricole commune (PAC).

Ce changement de cap sera une bonne nouvelle pour de nombreux États membres, dont la plupart ont soutenu une récente proposition de stratégie européenne en matière de protéines végétales présentée par la délégation autrichienne lors d’une réunion le 21 mars.

La proposition appelait à ce que cette stratégie soit centrée sur l’amélioration de la production européenne et se concentre sur les chaînes d’approvisionnement locales tout en soutenant la recherche et l’innovation dans la culture des protéagineux. C’est ce qu’avait expliqué à l’époque la ministre autrichienne de l’Agriculture, Elisabeth Köstinger, soulignant qu’une stratégie unifiée de l’UE est maintenant nécessaire « plus que jamais » à la lumière de la guerre en Ukraine.

Constituant d’excellentes sources d’acides aminés pour le bétail, les protéines végétales, qui comprennent le plus souvent le soja, les légumineuses et les oléagineux, sont un élément essentiel de l’alimentation animale. Elles sont également de plus en plus consommées dans l’alimentation humaine, avec un taux de croissance annuel mondial de près de 7 %.

Cependant, l’Union européenne présente un déficit important en protéines végétales et dépend largement des importations de l’étranger.

Par exemple, plus de 90 % du soja nécessaire à l’alimentation animale de l’UE est importé. Parallèlement, sa production a été critiquée à plusieurs reprises pour ses incidences environnementales et sociales, notamment la déforestation à grande échelle.

Déjà signalée par les principales parties prenantes au cours des dernières années, la vulnérabilité extrême de l’UE en raison de sa dépendance à l’égard des importations est devenue flagrante depuis la guerre en Ukraine, qui a fait grimper en flèche les prix des denrées alimentaires et provoqué une pénurie d’aliments pour animaux.

Les partisans d’une stratégie européenne en la matière soutiennent que celle-ci renforcerait l’engagement déjà existant de l’exécutif européen qui, dans un rapport de 2018, avait appelé au développement des protéines végétales dans l’UE et avait encouragé les États membres à élaborer leurs propres stratégies nationales dans ce domaine.

*Julia Dahm a contribué à la rédaction de cet article.