Charles Kushner nommé ambassadeur des États-Unis à Paris pour faire des affaires en famille
Charles Kushner, père du gendre de Donald Trump, sera le nouvel ambassadeur des États-Unis en France. Il arrive en Europe avec la mission de « lutter contre les règlementations nuisibles qui visent les entreprises américaines ».
Le Sénat américain a confirmé lundi 19 mai la nomination de Charles Kushner, le père du gendre de Donald Trump, au poste d’ambassadeur des États-Unis en France. Condamné à de la prison en 2005, ce dernier arrive en Europe avec la mission de « lutter contre les règlementations nuisibles qui visent les entreprises américaines ».
Il y a d’abord le repris de justice. En 2005, Charles Kushner, 71 ans, avait été condamné à deux ans d’incarcération dans une prison fédérale de l’Alabama pour de multiples chefs d’inculpation, dont fraude fiscale et subornation de témoins. Le père de Jared, le gendre de Donald Trump, avait alors reconnu avoir engagé une prostituée pour séduire son beau-frère, qui collaborait à une enquête fédérale sur des financements de campagne.
Il y a ensuite le magnat de l’immobilier. Gracié en décembre 2020 par Donald Trump, un mois avant la fin de sa première présidence, Charles Kushner a expliqué lors de son audition au Sénat américain le 1er mai dernier ne rien savoir « de l’art ou du vin français », mais connaître « les affaires ».
Et il va sans dire que celles-ci ont prospéré depuis le début du premier mandat de l’actuel président américain. La fortune de la famille Kushner était estimée par Forbes à 7,1 milliards de dollars en octobre 2024, contre 1,8 milliard en 2016, au moment de l’élection de Donald Trump.
Ce dernier semble d’ailleurs avoir donné des instructions très claires à son nouvel ambassadeur, assurer « un meilleur équilibre » de la relation économique franco-américaine et « lutter contre les règlementations nuisibles qui visent les entreprises américaines ».
Une mission qui ne devrait pas enchanter Emmanuel Macron, qui avait demandé début avril aux grandes entreprises françaises de « suspendre » leurs investissements de l’autre côté de l’Atlantique, après l’annonce de l’augmentation des droits de douane américains.
Charles Kushner s’est aussi engagé à pousser la France, « qui dépense bien trop peu pour sa propre défense », à accroitre son budget bien au-delà des 2 % du PIB qui y sont actuellement consacrés, alors même que Paris a déjà annoncé une hausse progressive de ses investissements militaires à 67,5 milliards d’euros en 2030 contre 50,5 milliards cette année.
Enfin, le nouvel ambassadeur américain, un fervent partisan de Benyamin Netanyahou, aura la mission de « faire pression » sur Emmanuel Macron pour qu’il soit moins vocal « sur les dérives de l’action israélienne à Gaza », note pour Euractiv l’essayiste Romuald Sciora, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).
« Une bonne nouvelle »
L’arrivée de Charles Kushner en Europe pourrait pourtant être « une bonne nouvelle », estime pour Euractiv Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux États-Unis. « L’administration Trump est totalement dysfonctionnelle, avoir quelqu’un de proche de la Maison-Blanche va permettre de faire passer des messages », note-t-il encore.
« Quand j’étais en poste à Washington, en 2017, les hauts fonctionnaires américains ne savaient pas ce que Trump allait dire le jour même ou ce que signifiait ce qu’il avait dit la veille, je devais constamment dire à Emmanuel Macron d’appeler le président américain », continue-t-il.
Le milliardaire est un proche du chef donc, un « membre de sa famille » même, comme Donald Trump l’avait expliqué en marge de la cérémonie de réouverture de Notre-Dame, en décembre dernier.
« Si l’on oublie le scandale que constitue le nomination de Charles Kushner au regard de son passé judiciaire, je pense que c’est un honneur sincère que veut faire le président américain à la France », continue Romuald Sciora.
La nomination du milliardaire est tout cas « dans la ligne que toutes celles qui sont intervenues depuis que Donald Trump est revenu au pouvoir, des membres de son entourage », explique Ludivine Gilli, spécialiste des États-Unis pour la Fondation Jean Jaurès, à Euractiv.
En novembre dernier, c’est l’ancienne présentatrice de Fox News Kimberly Guilfoyle, un temps fiancé à Donald Trump Jr, qui avait été désignée ambassadrice des États-Unis en Grèce. Charles Kushner n’a de son côté jamais lésiné sur les moyens pour remercier celui qui l’avait gracié, versant en 2023 1 million d’euros au comité d’action politique de Donald Trump.
Back in buisness
En atterrissant à Paris, Charles Kushner pourra aussi avoir un œil attentif sur les affaires européennes de son fils Jared, qui avait confirmé il y a tout juste un an sa volonté d’investir 900 millions d’euros pour construire des hôtels de luxe, des villas et des appartements en Albanie et en Serbie, via sa société d’investissement Affinity Partners.
Il semble en effet nécessaire d’y remettre un peu d’ordre. Il y a quelques jours, un responsable de la protection du patrimoine culturel de Serbie reconnaissait avoir falsifié des documents pour autoriser la destruction de l’ancien siège de l’état-major yougoslave à Belgrade, un monument classé, bombardé par les avions de l’OTAN en 1999, et sur les ruines duquel Jared entend édifier un hôtel.