Charles Michel et Viktor Orbán s’affrontent sur la « mission de paix » hongroise
Le président du Conseil européen a envoyé une réponse cinglante au Premier ministre hongrois mardi (16 juillet) pour « remettre les pendules à l’heure » concernant les manœuvres diplomatiques unilatérales de Viktor Orbán, alors que le boycott des réunions de la présidence hongroise se renforce.
Le président du Conseil européen Charles Michel a envoyé une réponse cinglante au Premier ministre hongrois mardi (16 juillet) pour « remettre les pendules à l’heure » concernant les manœuvres diplomatiques unilatérales de Viktor Orbán — des visites en Russie et Chine notamment, que ce dernier avait qualifiées de « missions de paix » pour l’Ukraine. Parallèlement à cela, le boycott des réunions de la présidence hongroise en signe de protestation se renforce.
La lettre de Charles Michel, consultée par Euractiv, arrive un jour avant que les ambassadeurs de l’UE ne soulèvent la question de manière informelle mercredi dans le cadre des préparations pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE qui aura lieu la semaine prochaine.
Elle intervient également après que la Commission européenne a indiqué lundi à ses commissaires de boycotter les réunions ministérielles informelles organisées par la présidence hongroise du Conseil de l’UE en réponse aux efforts diplomatiques hongrois non concertés et largement critiqués.
La semaine dernière, le service juridique du Conseil a également jugé aux envoyés de l’UE que les actions de Budapest pourraient constituer une violation des traités de l’Union.
Au-delà des déclarations publiques, les États membres n’ont cependant pas réussi à proposer d’options concrètes pour freiner les actions de Budapest jusqu’à présent.
La plupart des États membres de l’UE, tels que l’Allemagne, sont désormais prêts à se joindre à un boycott de la présidence hongroise, ont déclaré plusieurs diplomates de l’UE à Euractiv.
La lettre de Viktor Orbán
Vendredi dernier (12 juillet), Viktor Orbán a adressé une lettre au président du Conseil européen Charles Michel, également consultée par Euractiv, dans laquelle il a réitéré les exigences du président russe Vladimir Poutine sur l’Ukraine.
La lettre, qui a irrité les dirigeants de l’UE, surtout après la mission diplomatique unilatérale de la Hongrie, était divisée en 10 points et ne faisait pas référence à la Russie comme étant l’agresseur qui a lancé l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
Dans sa lettre, Viktor Orbán a indiqué que l’une des conclusions de sa « mission de paix » auprès de l’Ukraine, de la Russie, de la Chine, de la Turquie et du candidat à la présidence des États-Unis Donald Trump était que l’UE devrait chercher à rétablir les relations diplomatiques avec Moscou.
« Les chances de paix sont réduites par le fait que les canaux diplomatiques sont bloqués et qu’il n’y a pas de dialogue direct entre les parties qui ont un rôle de premier plan à jouer dans la création des conditions de paix », a écrit le dirigeant hongrois dans sa lettre.
Le Premier ministre a également écrit qu’il pensait qu’un cessez-le-feu et des pourparlers de paix étaient encore possibles, mais il a ajouté que « dans les deux prochains mois, nous assisterons à des pertes et à des développements militaires plus dramatiques que jamais sur les lignes de front » si la guerre ne prenait pas immédiatement fin.
Viktor Orbán a également souligné que l’UE devrait prendre la tête des efforts visant à négocier la paix entre la Russie et l’Ukraine, alors que les États-Unis sont de plus en plus distraits à l’approche des élections présidentielles de novembre.
« Le leadership politique des États-Unis est limité en raison de la campagne électorale en cours », a écrit le Premier ministre hongrois.
« Nous ne pouvons donc nous attendre à aucune proposition de ce type de la part des États-Unis dans les mois à venir. Nous devrions envisager — dans l’esprit de l’autonomie stratégique européenne — de lancer une initiative européenne », a-t-il ajouté.
Parmi les autres propositions hongroises figure une « offensive politique » dans les pays du Sud et d’éventuelles discussions avec la Chine — qui a présenté sa propre proposition de paix pour la guerre en Ukraine et a snobé une conférence de paix de haut niveau en Suisse en juin — sur une éventuelle « conférence de paix » à laquelle participeraient à la fois la Moscou et Kiev.
La réponse de Charles Michel
Le président du Conseil européen a répondu à la lettre de Viktor Orbán mardi. Dans sa lettre, Charles Michel a déclaré qu’il avait pris note des idées et suggestions du Premier ministre, mais qu’il souhaitait « remettre les pendules à l’heure » sur cinq points clés.
« Je ne peux pas accepter votre affirmation selon laquelle nous avons mené une politique belliqueuse », a écrit le président du Conseil européen. « C’est tout le contraire. La Russie est l’agresseur et l’Ukraine est la victime qui exerce son droit légitime à l’autodéfense. »
S’en prenant à Budapest pour ses efforts diplomatiques en solitaire, Charles Michel a affirmé que la présidence tournante du Conseil de l’UE n’avait « aucun rôle à jouer pour représenter l’Union sur la scène internationale et n’avait reçu aucun mandat du Conseil européen pour s’engager au nom de l’Union ».
« J’ai été clair sur ce point avant même votre visite à Moscou et cela a été réitéré par le Haut représentant [de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité Josep] Borrell dans sa déclaration du 5 juillet », a écrit l’ancien Premier ministre belge.
« Nous, l’UE, avons réitéré notre engagement inébranlable à soutenir l’Ukraine et son peuple aussi longtemps qu’il le faudra et aussi intensément que nécessaire », ajoute encore Charles Michel, soulignant que la position de l’Union sur l’Ukraine fait l’objet d’un consensus entre les 27 États membres de l’Union.
Le président du Conseil européen a également souligné la ligne politique clé de l’UE selon laquelle « aucune discussion sur l’Ukraine ne peut avoir lieu sans l’Ukraine » et que l’Union « n’a épargné aucun effort pour tendre la main à tous les partenaires à cet égard, y compris la Chine ».
« Enfin, la voie la plus directe vers la paix est que la Russie retire toutes ses forces d’Ukraine et respecte l’intégrité territoriale de l’Ukraine et la Charte des Nations unies », a-t-il conclu.
Charles Michel a annoncé qu’il avait partagé la lettre avec tous les États membres et qu’il informerait ses homologues ukrainiens de l’échange de lettres.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]