Chasse au lanceur d'alerte
Également dans l'édition de mardi : les centres de retour, le retour de Frederiksen, la Moldavie, et qu'est-ce qu'un agriculteur ?
Vous lisez Rapporteur ce mardi 2 juin. Ici Eddy Wax, en compagnie de Nicoletta Ionta à Bruxelles.
À savoir :
🟢 Le scandale de corruption se poursuit au sein d’un organe consultatif de l’UE
🟢 L’UE ouvre la voie à des centres de retour controversés
🟢 Le Danemark s’apprête à dévoiler son nouveau gouvernement
Sur le rond-point : les Patriotes ont une nouvelle responsable de la discipline
L’Europe, vue de Bruxelles
Que faire lorsqu’un lanceur d’alerte anonyme porte des accusations fracassantes contre votre plus haut fonctionnaire ? Le traquer et le punir, bien sûr.
C’est, semble-t-il, ce qu’a été la première réaction au Comité économique et social européen après la divulgation, en mars, de 50 lettres alléguant des faits de corruption impliquant le plus haut responsable de cet organe consultatif, comme nous pouvons le révéler. Le CESE est une institution européenne peu connue dont les 329 membres conseillent les décideurs politiques et fonctionnent avec un budget annuel de 165 millions d’euros.
Une note « strictement confidentielle » du président Séamus Boland, consultée par Rapporteur, montre qu’il a donné des pouvoirs étendus à deux responsables de la sécurité pour identifier la source des allégations et déterminer si celles-ci avaient enfreint les règles régissant les fonctionnaires de l’UE ou d’autres règlements internes.
Ces agents ont été encouragés à recueillir des preuves techniques sur les imprimantes, à visionner les enregistrements de vidéosurveillance et à rendre compte à Boland et à son chef de cabinet en leur communiquant l’identité du lanceur d’alerte.
« Il n’y a absolument pas de chasse aux sorcières », a assuré un porte-parole du CESE. « La décision du président a été motivée par le souci de la santé et de la sécurité du personnel, compte tenu du contexte sécuritaire mondial. »
Lisez notre article complet ici.
Accord sur les « centres de retour »
Les négociateurs de l’UE ont conclu hier soir un accord sur le règlement tant attendu relatif aux retours, ouvrant la voie à la création de « centres de retour » controversés dans des pays tiers, dans le cadre d’une refonte plus large des règles européennes en matière d’expulsion.
En vertu de cet accord, les pays de l’UE pourront mettre en place des centres de retour extérieurs – des installations situées dans des pays tiers où les demandeurs d’asile déboutés et les migrants en situation irrégulière pourront être transférés avant leur expulsion – à condition que le pays d’accueil donne son accord. Lisez l’article complet.
Et en parlant de personnes qui aiment les centres de retour…
Le Danemark se dote d’un gouvernement
Au terme des négociations de coalition les plus longues de l’histoire du Danemark, le pays dispose d’un nouveau gouvernement – 70 jours après les élections de mars. Mette Frederiksen a rencontré le roi Frederik X sur son yacht royal Dannebrog, ancré à Odense, hier soir, pour l’informer qu’elle avait obtenu le soutien des 90 députés nécessaires pour gouverner.
Le troisième gouvernement de Frederiksen réunira ses sociaux-démocrates, les Verts, ainsi que les sociaux-libéraux et les modérés, partis centristes. Elle devrait obtenir une majorité parlementaire grâce au soutien de l’Alliance Rouge-Verte d’extrême gauche, m’indique Magnus Lund Nielsen.
Elle devrait dévoiler la composition de son cabinet et son programme de gouvernement lorsque le roi nommera officiellement le gouvernement plus tard dans la journée.
Lars Løkke Rasmussen, l’ancien Premier ministre fumeur de pipe qui était ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement sortant de Frederiksen, devrait conserver un poste haut placé, peut-être même rester à son poste actuel.
Le raccourci de la Moldavie vers l’UE
La Moldavie envisagera la réunification avec la Roumanie voisine si son chemin vers l’adhésion à l’UE est entravé, a déclaré le vice-Premier ministre du pays à Rapporteur.
Eugen Osmochescu, qui a pris ses fonctions en novembre dernier, a décrit la réunification comme une option de repli possible si le processus d’adhésion de la Moldavie à l’UE venait à s’enliser après 2028. « C’est le plan B », a-t-il indiqué.
Ses remarques interviennent alors que Chişinău s’efforce d’ouvrir son premier « volet » de négociations d’adhésion, d’aligner sa législation sur les normes de l’UE et de maintenir son élan face à la pression croissante de la Russie.
Osmochescu a toutefois insisté sur le fait que l’objectif de la Moldavie reste la signature d’un traité d’adhésion à l’UE d’ici la fin de 2028. Les dirigeants politiques n’envisageraient sérieusement des alternatives que si ce processus venait à s’enliser. Lisez l’interview complète.
Les Tchèques divisés sur l’euro
Le président tchèque Petr Pavel a renouvelé lundi son appel en faveur de l’adoption de l’euro, arguant que l’attachement à la couronne ne devrait pas faire obstacle au développement économique, m’explique ma collègue Aneta Zachová.
Pavel a expliqué que l’adhésion à la monnaie unique donnerait à la Tchéquie un siège dans les principaux forums décisionnels de l’UE, y compris les sommets de la zone euro. Le Premier ministre Andrej Babiš a rejeté cette idée, qualifiant l’euro de « nouvelle perte de souveraineté » et réaffirmant que son gouvernement n’avait pas l’intention de l’adopter.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- L’UE envisage une participation majeure dans le méga-barrage tadjik
- Opinion : Bruxelles doit porter le combat contre la Chine devant le G7
- Les pays de l’UE s’opposent à un resserrement de la définition de l’agriculteur
Rond-point Schuman
NOUVELLE RESPONSABLE DISCIPLINE DES PATRIOTES : Marieke Ehlers, députée européenne néerlandaise du Parti pour la liberté de Geert Wilders, est désormais chargée d’assurer la discipline de vote au sein du groupe des Patriotes, dirigé par Jordan Bardella et comptant parmi ses figures de proue la députée du Fidesz Kinga Gál. Ehlers a confié à Nicoletta qu’elle était « reconnaissante de la confiance de ses collègues » et « impatiente de contribuer à renforcer l’influence des Patriotes » au Parlement. Elle remplace Anders Vistisen, qui est retourné au Parlement danois.
RENCONTREZ-NOUS PLUS SOUVENT ! Des députés européens socialistes de premier plan, dont Iratxe García, ont dîné avec Ursula von der Leyen au Berlaymont hier soir. Dans un communiqué publié après la rencontre, le groupe a déploré que cette réunion « marque la première fois en deux ans » que la présidente de la Commission invitait ses dirigeants à discuter de politique et de mesures à prendre, et a appelé à mettre davantage l’accent sur « l’agenda social ».
Selon un responsable européen, Ursula von der Leyen rencontre Iratxe García en tête-à-tête lors de chaque session à Strasbourg et organise régulièrement des déjeuners de travail avec elle. Elle doit rencontrer Renew et les Verts aujourd’hui, à l’occasion d’un déjeuner et d’un dîner.
Les capitales
BUDAPEST 🇭🇺
Le Premier ministre Péter Magyar et la ministre de la Justice Márta Görög ont rencontré le président Tamás Sulyok lundi, après l’expiration, le 31 mai, du délai fixé par Magyar pour que le président démissionne. À l’issue de la réunion, Magyar a déclaré que Sulyok avait refusé de se retirer de son plein gré, ce qui a incité le parti au pouvoir, Tisza, à préparer des amendements constitutionnels visant à le destituer. Magyar a indiqué que la procédure devrait prendre environ un mois.
– Mátyás Varga
MADRID 🇪🇸
Le chef de l’opposition Alberto Núñez Feijóo a déclaré lundi qu’il y avait eu « du mouvement » parmi les alliés parlementaires de Pedro Sánchez en faveur d’élections anticipées. Dans une interview télévisée, le chef du Parti populaire (centre-droit) a affirmé que 184 députés étaient désormais favorables à des élections anticipées, y compris des législateurs de Vox et de partis ayant soutenu Sánchez, alors que des allégations de corruption continuent de peser sur l’entourage du Premier ministre socialiste.
– Inés Fernández-Pontes
BERLIN 🇩🇪
La ministre du Développement, Reem Alabali Radovan, a été contrainte d’annuler une visite au Liban après que des problèmes de sécurité l’ont empêchée d’atteindre Beyrouth. Un porte-parole du gouvernement a expliqué que le voyage avait été écourté à l’approche de la capitale libanaise pour des raisons militaires. Cette interruption fait suite à des frappes aériennes israéliennes qui ont visé des positions du Hezbollah dans le sud du Liban plus tôt dans la journée.
– Björn Stritzel
SARAJEVO 🇧🇦
António Costa a exhorté lundi la Bosnie-Herzégovine à mettre en œuvre son programme de réformes, longtemps reporté, avertissant que de nouveaux retards pourraient coûter au pays des centaines de millions d’euros de financements européens. La Bosnie a déjà perdu 108 millions d’euros au titre du plan de croissance de l’Union, et 373 millions d’euros supplémentaires sont menacés. Costa a également ajouté que le prochain haut représentant devrait contribuer à faire avancer le processus d’adhésion du pays à l’UE, alors que les acteurs internationaux s’apprêtent à discuter cette semaine de la succession de Christian Schmidt.
– Bronwyn Jones
PARIS 🇫🇷
Emmanuel Macron a déclaré que la France, soutenue par des partenaires dont le Royaume-Uni, avait intercepté dimanche un pétrolier lié à la « flotte fantôme » russe. Il a qualifié d’« inacceptable[s] » le contournement des sanctions internationales et les violations du droit de la mer, annonçant une enquête pour défaut de pavillon, non-justification de la nationalité du navire et refus d’obtempérer. Le Kremlin a dénoncé cette opération comme étant « illégale » et « à la limite de la piraterie internationale ».
– Clara Vassent
VARSOVIE 🇵🇱
Le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz a appelé lundi la Pologne à tirer pleinement parti du programme de prêts à la défense SAFE, qualifiant de « crime » et de « trahison » le fait de ne pas exploiter les fonds disponibles. La Pologne a signé 62 contrats d’une valeur de 120 milliards de zlotys (28 milliards d’euros) avec des entreprises de défense nationales, portant sur des véhicules blindés, de l’artillerie et des capacités cybernétiques. Ses remarques interviennent alors qu’un débat national fait rage sur la question de savoir si la Pologne doit accepter les prêts soutenus par l’UE.
– Charles Szumski
ROME 🇮🇹
La Commission européenne a fait savoir que plusieurs pays de l’UE étaient prêts à absorber les fonds inutilisés du programme SAFE, doté de 150 milliards d’euros, si l’Italie réduisait sa participation prévue. Rome envisagerait de ramener sa demande de 15 milliards d’euros à moins de 5 milliards d’euros, face à l’opposition nationale à une augmentation des dépenses militaires. Seule une poignée d’États ont jusqu’à présent signé des accords de prêt SAFE, bien que 19 aient manifesté leur intérêt pour ce programme. Lisez l’article complet.
– Pietro Guastamacchia
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trice : Magnus Lund Nielsen, Victoria Becker, Pietro Guastamacchia
Traductrice : Clara Vassent