Chemises en rab pour le CFP

Également dans l'édition de vendredi : le rival de Meloni, Christine Lagarde, Chypre

EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce vendredi 3 juillet. Ici Nicoletta Ionta à Cork, où le Premier ministre irlandais Micheál Martin reçoit aujourd’hui Ursula von der Leyen à l’occasion de la traditionnelle visite marquant le début de la présidence, alors que Dublin prend les rênes de la présidence du Conseil de l’UE.

À retenir :

🟢 La politique d’endurance fait son retour dans la bataille autour du budget de l’UE

🟢 Interview : le général qui met à l’épreuve l’emprise de Meloni sur la droite italienne

🟢 Christine Lagarde n’exclut pas un départ anticipé de la BCE

Et pour finir, une bonne nouvelle : l’application mobile d’Euractiv est de retour. Un seul endroit pour retrouver nos scoops, nos newsletters, les dernières actualités et les documents exclusifs consultés par Euractiv – avec des alertes instantanées au fur et à mesure que les événements se déroulent. Vous pouvez la télécharger sur Android et iOS ici.


L’Europe, vue de Bruxelles


La prochaine bataille autour du budget à long terme de l’UE s’annonce d’ores et déjà comme une épreuve d’endurance.

Jeudi, à Cork, le Premier ministre irlandais Micheál Martin s’est adressé aux journalistes et est revenu sur la dernière grande confrontation budgétaire au sein de l’Union, rappelant que les négociations sur le fonds de relance post-pandémique s’étaient étalées sur « cinq jours et quatre longues nuits ».

Ce souvenir a toujours un poids politique et rappelle que les négociations à venir risquent fort de se transformer en un nouveau marathon, avec les dirigeants enfermés dans une salle jusqu’à l’épuisement et (peut-être) un compromis de dernière minute.

António Costa a déjà averti les chefs d’État et de gouvernement de l’UE qu’il est prêt à les retenir à Bruxelles pendant cinq jours en décembre prochain si c’est ce qu’il faut pour parvenir à un accord, selon deux diplomates.

À Bruxelles, les fonctionnaires et les diplomates ont leur propre code pour évaluer la difficulté d’un sommet. Les représentants permanents et les sherpas classent les Conseils européens en fonction du nombre de chemises qu’ils devront mettre dans leur valise.

Un sommet de routine est un « une chemise ». Un sommet qui s’annonce long devient un « deux chemises » ou un « trois chemises ». Les négociations budgétaires de juillet 2020, menées en pleine pandémie, sont entrées dans la légende de l’UE comme le « cinq chemises » ultime, les dirigeants et leurs proches collaborateurs ayant été contraints d’envoyer du personnel à la recherche de chemises propres avant qu’un accord ne soit enfin conclu. Le sommet de décembre organisé par Costa pourrait bien l’égaler.

Les négociations sur le budget de 2 000 milliards d’euros proposé nécessiteront de « concilier l’inconciliable », a indiqué Martin. Tout en soulignant le rôle de l’Irlande en tant que « médiateur honnête » pendant sa présidence du Conseil, il a reconnu l’ampleur du défi.

« Mon sentiment actuel est que cela va être extrêmement difficile », a-t-il déclaré.

Alors que les capitales fiscalement conservatrices s’opposent aux propositions de la Commission, le commissaire au budget Piotr Serafin a averti qu’un budget européen allégé ne serait pas nécessairement plus moderne, soulignant que les nouvelles priorités de dépenses de l’Union risquent d’être les premières à subir des coupes.

Un diplomate d’un pays soutenant la nouvelle structure budgétaire a rejeté cet argument, le qualifiant de « paresse intellectuelle ». « Si la seule façon pour que les États membres dépendants de la cohésion acceptent de moderniser le budget est que les contributeurs nets les dédommagent, alors ce sont eux qui sapent la modernisation », a déclaré ce diplomate à Rapporteur.

Un autre diplomate d’un pays contributeur net a affirmé que des coupes budgétaires sont nécessaires dans d’autres postes du budget pour renforcer la sécurité et la compétitivité de l’UE. « C’est une question à la fois d’équilibre et de viabilité financière. »

Cette ligne de fracture façonne déjà les préparatifs sous la présidence irlandaise du Conseil. Dublin élabore actuellement un nouveau cadre de négociation pour octobre, tout en proposant la tenue éventuelle d’un Conseil européen extraordinaire en novembre, probablement vers la fin du mois.

La question n’est plus de savoir si les négociations seront difficiles, mais combien de nuits – et de chemises – il faudra avant que les dirigeants ne trouvent un terrain d’entente.

Interview : l’ennemi juré de Meloni dans son propre camp

Alors que Giorgia Meloni aborde ce qui pourrait être la dernière ligne droite de l’un des gouvernements les plus durables que l’Italie ait connus depuis des décennies, le plus grand défi à sa domination pourrait ne pas venir du centre-gauche fragmenté, mais de la droite nationaliste dont elle fait partie.

À la tête de cette offensive se trouve Roberto Vannacci, cet ancien général anti-UE devenu député européen, qui se montre sceptique quant au soutien militaire à l’Ukraine et accuse Meloni de trahir le mouvement nationaliste italien.

Avec environ 5 % dans les sondages, Vannacci siège au sein du groupe Europe des nations souveraines (ENS) au Parlement européen, aux côtés de l’Alternative pour l’Allemagne. Dans le contexte de la politique de coalition italienne, cela pourrait faire de lui un acteur gênant – et potentiellement indispensable – après les prochaines élections.

Vannacci compare ses partisans aux Douze salopards : des outsiders déterminés à bousculer l’establishment politique. « Meloni aura besoin des Italiens qui veulent un véritable changement », a-t-il déclaré à Euractiv. « Aujourd’hui, cet espace, c’est nous. » Lisez notre interview complète.

Lagarde laisse entrevoir un potentiel départ anticipé de la BCE

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a indiqué qu’elle n’exclut pas de quitter la banque centrale avant la fin de son mandat afin de défendre l’avenir européen de la France lors de la course à la présidentielle de 2027.

Interrogée par Les Echos lors de la journée d’ouverture des Rencontres Économiques d’Aix, un rassemblement annuel de dirigeants politiques et d’hommes d’affaires, sur la question de savoir si le ralentissement de l’inflation pourrait ouvrir la voie à un départ anticipé, elle a répondu : « C’est possible. Je pense qu’une voix européenne doit d’exprimer dans le débat présidentiel français. » Tout en insistant sur le fait qu’une candidature à la présidence « n’est pas d’actualité », elle a déclaré qu’elle interviendrait si la place de la France en Europe venait à être remise en cause.

Comme l’a confié un stratège présidentiel expérimenté à ma collègue Elisa Braun, le successeur d’Emmanuel Macron héritera d’une France « atonique », accablée par la dette, une croissance atone et des réformes difficiles, le tout dans un contexte d’instabilité géopolitique croissante. Des décisions difficiles devront être prises.

Ses propos interviennent alors que les candidats déclarés Gabriel Attal et Édouard Philippe se sont réunis à Aix pour courtiser les chefs d’entreprise aux côtés d’autres candidats potentiels pour 2027, notamment Dominique de Villepin, Bruno Le Maire, Xavier Bertrand et l’ancien président François Hollande.

Maintenez la rotation, demande Chypre

Alors que Chypre remettait la présidence tournante du Conseil à l’Irlande, Nicosie a plaidé en faveur du maintien de ce système, arguant qu’il oblige les gouvernements à adopter une perspective véritablement européenne.

La vice-ministre des Affaires européennes, Marilena Raouna, a déclaré que la présidence transforme un gouvernement national en « voix des 27 » et a rejeté les allégations selon lesquelles les grands États membres de l’UE auraient orienté l’agenda de Chypre au cours de son mandat de six mois.

« Vous devez écouter attentivement. Vous devez mieux comprendre les positions de vos partenaires européens. » Lisez l’interview complète.

Le lobby du tabac esquive un durcissement des règles

La commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen a rejeté une proposition visant à renforcer les règles régissant les contacts entre les députés européens et l’industrie du tabac, selon une lettre obtenue par ma collègue Magdalena Kensy.

Dans cette lettre, le président de l’AFCO, Sven Simon, a déclaré que les règles de transparence existantes sont suffisantes et a fait valoir que restreindre les personnes que les députés européens peuvent rencontrer porterait atteinte à leur libre mandat parlementaire, malgré les critiques des partisans qui estiment que des garanties plus strictes sont nécessaires alors que l’UE s’apprête à réformer sa réglementation sur le tabac. Lisez l’article complet.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Les capitales


PARIS 🇫🇷

Ce vendredi marque un tournant décisif pour l’ancien Premier ministre et candidat potentiel à la présidentielle de centre-droit Édouard Philippe, qui tiendra son premier grand rassemblement à Paris. Plus qu’un simple lancement de campagne, cet événement vise à affirmer son autorité au sein de son camp politique, alors que les ambitions de ses rivaux, notamment celles de Gabriel Attal, s’intensifient. « Le principal défi consiste à montrer qui est assis au premier rang », a déclaré un stratège politique expérimenté, alors que des ministres et des alliés de haut rang se sont alignés pour lui apporter leur soutien.

– Elisa Braun

BERLIN 🇩🇪

Le gouvernement de coalition allemand s’est mis d’accord jeudi sur un vaste train de mesures de réformes fiscales, du travail et des retraites, après des mois de négociations internes. Friedrich Merz a présenté ces mesures comme une tentative de relancer la croissance économique. Ce paquet comprend 10 milliards d’euros de baisses d’impôt sur le revenu, des modifications du système des retraites, un allègement des obligations de déclaration des entreprises et la suppression des arrêts de travail par téléphone, ce qui lui vaut les critiques des syndicats.

– Christina Zhao

BRATISLAVA 🇸🇰

La Slovaquie met la dernière main aux préparatifs du référendum de samedi visant à supprimer la pension à vie de Robert Fico et à rétablir les institutions de lutte contre la corruption démantelées par son gouvernement. Ce scrutin, initié par le parti d’opposition des Démocrates, devrait largement échouer, les sondages estimant le taux de participation à environ 26 %, bien en deçà du seuil requis de 50 %. La campagne a perdu de son élan après que la question référendaire proposée visant à raccourcir la durée du mandat du gouvernement a été jugée inconstitutionnelle.

– Natália Silenská

MADRID 🇪🇸

Le Parti populaire (PP), parti d’opposition espagnol, a conclu jeudi un nouveau pacte de gouvernement régional avec le parti d’extrême droite Vox, permettant ainsi à Juanma Moreno d’obtenir un nouveau mandat de président régional d’Andalousie, son parti n’ayant pas obtenu la majorité absolue lors des élections de mai. Cet accord fait de l’Andalousie la quatrième région espagnole gouvernée par une coalition PP-Vox et devrait alimenter les spéculations quant à une alliance similaire après les prochaines élections législatives espagnoles.

– Christina Zhao

TALLINN 🇪🇪

L’Estonie a déclaré que les États-Unis ont suspendu leurs livraisons de munitions, notamment de missiles Javelin et de munitions HIMARS, Washington réorientant ses ressources dans le contexte du conflit impliquant l’Iran. Le ministre de la Défense, Hanno Pevkur, a indiqué à la chaîne publique ERR qu’il a discuté de ce retard avec le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, ajoutant que des livraisons d’une valeur de plusieurs dizaines de millions d’euros sont en suspens et que cette suspension durerait des mois plutôt que des semaines.

– David Mac Dougall

SARAJEVO 🇧🇦

Kaja Kallas a averti la Bosnie-Herzégovine qu’elle risque de perdre 370 millions d’euros de fonds du Plan de croissance de l’UE si elle ne fait pas avancer les réformes longtemps reportées. Le pays a déjà perdu 108 millions d’euros en raison d’une impasse politique. Kallas a déclaré que seuls des progrès limités ont été réalisés depuis que l’UE a accepté d’ouvrir les négociations d’adhésion en 2024, ajoutant que la souveraineté et l’ordre constitutionnel de la Bosnie restent non négociables.

– Bronwyn Jones

MONACO 🇲🇨

Les autorités monégasques ont identifié un suspect dans l’attentat à la bombe de cette semaine qui a gravement blessé un homme d’affaires d’origine ukrainienne sanctionné par Kiev, sa compagne et un adolescent de 13 ans ; elles ont émis un mandat d’arrêt et demandé une notice rouge d’Interpol. Les victimes n’ont pas été officiellement identifiées, mais selon plusieurs sources, la cible visée était Vadym Yermolaiev, un riche résident monégasque sanctionné par l’Ukraine en 2023.

– Christina Zhao


Editrices : Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara,

Contributeurs.trices : Bruno Waterfield, Elisa Braun, Pietro Guastamacchia, Magnus Lund Nielsen, Magdalena Kensy

Traductrice : Clara Vassent