Christine Lagarde directrice du FMI sur fond de crise grecque

Hier (28 juin), la ministre française des finances, Christine Lagarde, a été nommée au poste de directrice du FMI. Le bailleur de fonds international restera donc aux mains d'un Européen alors que l'inquiétude monte quant à un éventuel défaut de paiement de la Grèce.

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Hier (28 juin), la ministre française des finances, Christine Lagarde, a été nommée au poste de directrice du FMI. Le bailleur de fonds international restera donc aux mains d'un Européen alors que l'inquiétude monte quant à un éventuel défaut de paiement de la Grèce.

Mme Lagarde, qui entamera un mandat de cinq ans en tant que directrice du FMI le 5 juillet, devra immédiatement se mettre au travail pour tenter d'éviter un défaut de paiement à la Grèce, qui pourrait déclencher une crise internationale.

Quelques minutes après sa nomination, Mme Lagarde a demandé à la Grèce d'agir rapidement pour faire adopter les mesures d'austérité impopulaires que le FMI et l'UE exigent avant d'accorder une aide supplémentaire au pays.

« Si j'ai un message à faire passer ce soir concernant la Grèce, c'est un appel à l'opposition politique grecque pour qu'elle rejoigne dans une entente nationale le parti qui est actuellement au pouvoir », a-t-elle déclaré sur TF1, une chaîne télévisée française.

Christine Lagarde, 55 ans, est la première femme à diriger le FMI. Elle succédera à Dominique Strauss-Kahn qui a démissionné en mai pour assurer sa défense contre des accusations d'agression sexuelle à l'encontre d'une femme de chambre à New York. Il dément par ailleurs ces accusations.

Ses compétences de redoutable négociatrice et sa réputation de savoir conclure des accords dans les situations délicates se révèleront essentielles, alors qu'elle passera de la défense des intérêts économiques de la France à la supervision d'une institution mondiale qui se doit de garder sa neutralité.

Une course à la succession controversée

La course à la succession de M. Strauss-Kahn fut l'une des plus controversées de l'histoire du FMI, dans la mesure où les pays émergents se sont élevés contre la tradition vieille de 64 ans de nommer un directeur européen à la tête de l'organisation et un Américain à la tête de son institution sœur, la Banque mondiale.

Le conseil d'administration du FMI l'a choisie, malgré des doutes persistants quant à une affaire en cours, dans le cadre de laquelle la France examine le rôle de Mme Lagarde dans l'arbitrage d'un conflit avec un homme d'affaires français en 2008 qui a donné lieu au versement d'une importante somme d'argent à ce dernier.

Mme Lagarde a déclaré hier qu'elle n'était pas du tout inquiète quant à l'issue de cette affaire. La Cour de justice de la République a reporté sa décision au 8 juillet.

Le FMI pourrait décider de ne pas offrir de contrat à Mme Lagarde tant que la Cour n'aura pas rendu sa décision finale, a confié une source au conseil d'administration.

Dans un commentaire posté sur le blog du Financial Times, Mohamed El-Erian, le directeur exécutif de Pimco, le principal gestionnaire mondial de fonds obligataires, a déclaré que Mme Lagarde devrait démontrer que les efforts du FMI pour aider les pays européens en difficulté n’ont pas de motivations politiques.

Il a ajouté qu'elle devrait se préparer à l'éventualité que le FMI puisse enregistrer de lourdes pertes liées aux renflouements qu'il a financés ces dernières années, dont 30 milliards d'euros pour la Grèce.

Christine Lagarde devra aussi montrer son engagement pour la méritocratie en évitant certaines nominations fondées sur la nationalité, a affirmé M. El-Erian, citant le poste de numéro deux au Fonds, qui revient traditionnellement à un Américain.

Washington envisagerait déjà de proposer le conseiller à la Maison Blanche, David Lipton, pour le poste de John Lipsky en tant que second du FMI, à la fin du mois d'août, selon des sources proches des discussions.

Consensus

La nomination de Mme Lagarde au lieu du gouverneur de la Banque centrale du Mexique, Agustin Carstens, a été confirmée après que les Etats-Unis ont exprimé leur soutien à la candidature de la ministre française. Les économies émergentes, à savoir la Chine, le Brésil, l'Inde et la Russie y ont également apporté leur soutien.

Les Etats-Unis, inquiets quant à la possibilité d'une contagion de la crise grecque, a fait savoir que la nomination du prochain chef du FMI ne devrait pas être reportée.

Le président français, Nicolas Sarkozy, a qualifié la nomination de Mme Lagarde de « victoire pour la France ».

M. Carstens a déclaré qu'il espérait que Christine Lagarde poursuive « des progrès significatifs vers un renforcement de la gouvernance de l'institution, afin d'assurer sa légitimité, sa cohésion et son efficacité ».

Les pays en développement mécontents

Les pays en développement, pleins de ressentiment envers le favoritisme exprimé par le choix d'un candidat européen dès le départ, ont affirmé qu'ils s'assureraient que Mme Lagarde respecte sa promesse de leur accorder plus de poids électoral au Fonds.

Les marchés émergents demandent depuis longtemps que le FMI leur accorde plus de pouvoir, étant donné leur influence grandissante dans l'économie mondiale. Ils ont menacé de quitter le FMI si les déséquilibres dans le système de vote n'étaient pas corrigés.

M. Strauss-Kahn a fait passer des modifications du pouvoir de vote qui ont principalement bénéficié aux grandes économies émergentes comme la Chine, l'Inde et le Brésil, mais pas autant qu'elles ne l'auraient souhaité.

Le ministre brésilien des finances, Guido Mantega, a déclaré que le Brésil soutenait Mme Lagarde car elle a affirmé qu'elle souhaitait continuer vers une meilleure valorisation des marchés émergents.

« Notre soutien lui est accordé pour qu'elle gère non pas les problèmes de l'Europe, mais du monde. Nous examinerons les progrès effectués dès le premier jour », a déclaré M. Mantega lors d'une réunion commerciale régionale au Paraguay.

Pour justifier le soutien de l'Inde accordé à Mme Lagarde, le ministre indien des finances, Pranab Mukherjee, a dit à Reuters que c'était en partie parce que le pays souhaitait se rallier au consensus qui s'est formé autour de sa candidature.

Lors d'une visite à Washington, M. Mukherjee a déclaré que le processus de sélection du FMI aurait dû être plus transparent, mais qu'il pensait que Mme Lagarde était une candidate méritante.

Arvind Subramanian, membre éminent du Peterson Institute à Washington, a expliqué que les économies émergentes avaient manqué une opportunité en or de forcer le changement à la tête du FMI en ne soutenant pas M. Carstens ou en ne présentant pas leur propre candidat.

« C'est un système biaisé qui doit être changé, mais […] la seule raison pour laquelle les [pays en développement] n'ont pas obtenu ce qu'ils voulaient est que les pays émergents n'ont pas saisi cette opportunité », a déclaré M. Subramanian.

Oxfam, une association mondiale qui aide les pays en développement, a qualifié la nomination de Mme Lagarde de « simulacre » et a affirmé que cela porterait préjudice à la crédibilité du FMI.

« Des rumeurs avaient circulé quant à une certaine ouverture, mais avant que les candidats aient été auditionnés, la décision était déjà prise », a déploré Sarah Wynn-Williams, directrice des relations avec le FMI et la Banque mondiale pour Oxfam.

EURACTIV avec Reuters – Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet