Climat : l’UE pourrait engranger 1 000 milliards d’euros en taxant vraiment l’aviation, notamment les jets privés

L’UE pourrait multiplier par dix ses recettes issues du marché du carbone en supprimant les exemptions dont bénéficie le secteur aérien et en appliquant pleinement ses règles en matière d’émissions au secteur, selon une étude de Carbon Market Watch.

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L’ONG estime que la révision prévue en 2026 du système de tarification du CO2 de l’UE — le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE) — est une « excellente occasion » de réduire les émissions de l’aviation et de générer des fonds pour les politiques climatiques.

Malgré l’impact climatique considérable de ce secteur, les vols intercontinentaux à destination et en provenance de l’Europe restent largement exemptés du système. Actuellement, seuls les vols intra-européens sont entièrement couverts, et même dans ce cas, la moitié de leurs émissions sont exemptées jusqu’en 2026.

Les compagnies sont également tenues de surveiller certaines émissions autres que le CO2, comme la vapeur d’eau, les oxydes d’azote ou le dioxyde de soufre, mais ces polluants, bien que possédant un potentiel de réchauffement, restent exclus du système de tarification.

Pour Carbon Market Watch, l’extension de la tarification du CO2 à tous les vols commerciaux intercontinentaux au départ et à destination de l’Europe pourrait faire passer les recettes prévues entre 2025 et 2040 de 112 milliards d’euros à 417 milliards d’euros.

Toutefois, ce chiffre serait limité à 196 milliards d’euros si les règles s’appliquaient uniquement aux liaisons intra-européennes et aux vols reliant l’Europe à des pays qui ne participent pas au régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale (CORSIA) — un système international de compensation carbone controversé et moins strict, encore en cours d’élaboration.

En revanche, si le SEQE était étendu aux vols privés et à la tarification des effets climatiques autres que le CO₂, les recettes totales pourraient atteindre le chiffre impressionnant de 1 100 milliards d’euros, ajoute l’étude.

Mettre fin aux exemptions et donner la priorité à l’e-kérosène

Carbon Market Watch exhorte les décideurs politiques de l’UE à étendre la tarification des émissions de carbone à tous les vols au départ de l’Espace économique européen (EEE) — qui comprend l’UE, l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège — et à mettre fin aux exemptions pour les jets privés.

Le groupe demande également de limiter l’utilisation des 20 millions de quotas d’émission gratuits accordés au secteur pour couvrir le surcoût des carburants plus propres. Ces quotas ne devraient financer que le kérosène de synthèse (e-kérosène), un carburant neutre en carbone lorsqu’il est produit à partir d’hydrogène vert et de CO2 capturé, et non les biocarburants, dont les avantages en matière de durabilité sont discutables, selon Carbon Market Watch.

Actuellement, le kérosène de synthèse reste rare et coûteux, et ne représente qu’une partie des objectifs de l’UE en matière de mélanges de carburants propres pour l’aviation.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]