Climat, migrations… Le nouveau gouvernement tchèque annonce un revirement sur les politiques de l’UE
Le nouveau gouvernement d’extrême droite tchèque va opérer un virage politique majeur sur plusieurs questions européennes, notamment en matière de climat et de migration.
PRAGUE — La République tchèque sera désormais dirigée par une coalition tripartite rassemblant le mouvement populiste ANO (« Oui »), le parti de droite Les Motoristes et le parti d’extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD).
Cette alliance, qui réunit des membres des groupes des Patriotes pour l’Europe et Europe des nations souveraines, place le pays sur une trajectoire plus souverainiste.
Dirigée par l’ancien Premier ministre Andrej Babiš, dont le mouvement ANO est arrivé en tête des élections législatives le mois dernier, la coalition a finalisé son programme vendredi 31 octobre.
Les médias tchèques ont publié le texte dimanche 2 novembre, à la veille de sa présentation officielle ce lundi.
Le document affirme la volonté de placer la souveraineté nationale au cœur de la politique européenne de Prague, tout en réaffirmant son ancrage au sein de l’OTAN.
Selon le texte, « l’Union européenne a ses limites » et ne devrait pas imposer de décisions restreignant l’autonomie des États membres.
Sur le plan régional, le gouvernement s’engage à relancer la coopération de Visegrad avec la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie.
L’intégration monétaire est exclue : la coalition affirme que la couronne tchèque est « la clé de la souveraineté économique » et cherchera même à l’inscrire dans la Constitution.
En matière de migration, le nouveau gouvernement promet une tolérance zéro pour les passages irréguliers, rejette le pacte européen sur la migration et l’asile et proposera une nouvelle loi sur l’asile limitant la protection aux cas exceptionnels.
Les politiques énergétiques et climatiques marquent les changements les plus radicaux.
Les partis de la coalition dirigée par ANO qualifient le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) de « non durable » et réclament une refonte des quotas d’émissions industrielles pour plus de prévisibilité.
Prague annonce qu’elle n’appliquera pas le nouveau système européen d’échange de quotas d’émissions pour les bâtiments et le transport routier (SEQE 2), en raison de ses effets sociaux potentiellement néfastes, et rejette également toute taxe carbone sur les carburants.
Le gouvernement juge « inacceptable » la suppression progressive des voitures à moteur à combustion d’ici 2035. Il prévoit de nationaliser complètement ČEZ, le principal groupe énergétique du pays, en rachetant les parts des actionnaires minoritaires.
L’énergie nucléaire est réaffirmée comme priorité stratégique, tandis que le gaz reste considéré comme essentiel à la stabilité du système. De nouvelles infrastructures gazières sont envisagées, et une partie des centrales à charbon restera en service à titre de solution de secours, jusqu’à ce que des alternatives stables soient disponibles.
En matière de sécurité, aucun changement d’orientation : la République tchèque reste pleinement alignée sur l’OTAN, souhaite renforcer sa défense aérienne et anti-drones, et participera aux initiatives européennes de défense commune.
Le programme affirme également le soutien de Prague aux efforts diplomatiques visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, dans le respect du droit international et de la souveraineté des États.
Enfin, le texte ne mentionne pas explicitement la Russie, ni d’autres menaces spécifiques à la sécurité nationale.