Collège des commissaires : la santé, dernière des priorités pour Ursula von der Leyen

S'il n’y avait pas de candidats évidents pour le poste de commissaire à la Santé, le choix du Hongrois Olivér Várhelyi reflète la priorité moindre accordée à ce poste par les Etats membres.

Euractiv.com
Oliver Varhelyi
Olivér Várhelyi, actuellement responsable de la politique de voisinage et d’élargissement, est désormais le commissaire désigné pour la Santé et le Bien-être animal. [© European Union, 2023/Xavier Lejeune]

Certes, il n’y avait pas de candidats évidents pour le poste de commissaire à la Santé, mais le choix du Hongrois Olivér Várhelyi reflète la priorité moindre accordée à ce poste par les Etats membres.

Malgré la démission surprise de Thierry Breton, lundi 16 septembre, et les retards de la Slovénie pour désigner Marta Kos, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé mardi 17 septembre les nouveaux rôles et missions du prochain collège de commissaires.

Le Hongrois Olivér Várhelyi, actuellement responsable de la politique de voisinage et d’élargissement, est désormais le commissaire désigné pour la Santé et le Bien-être animal.

« Je suis honoré d’avoir été désigné pour le portefeuille de la Santé et du Bien-être animal », a-t-il réagi sur X. « En tant que commissaire hongrois désigné, cette nomination honore l’excellence des professionnels de la santé hongrois, d’Ignaz Philipp Semmelweis à Albert Szent-Györgyi et Katalin Karikó, parmi tant d’autres. »

En 2019, la décision de la présidente de la Commission de confier à la Hongrie le portefeuille du voisinage et de l’élargissement a été l’un de ses choix les plus controversés. La polémique était fondée, car par la suite certains eurodéputés ont accusé Olivér Várhelyi « d’éluder et d’affaiblir délibérément la centralité des réformes démocratiques et de l’État de droit dans les pays en voie d’adhésion à l’Union européenne ».

Ce dernier devra probablement répondre à des questions épineuses lors de son audition parlementaire. Son passage d’un rôle hautement politique à un rôle plus technocratique devrait susciter un soupir de soulagement pour certains.

Des objectifs ambitieux dans la lettre de mission

Bien que la santé ne soit pas le rôle le plus convoité, Ursula von der Leyen a présenté un programme ambitieux dans sa lettre de mission, dont une grande partie avait déjà été évoquée dans ses orientations politiques présentées en juillet.

On y trouve des engagements généraux visant à renforcer la prévention, la résilience, la compétitivité et la sécurité, mais aussi des tâches plus concrètes.

Olivér Várhelyi sera le chef de file de la loi sur les médicaments critiques (Critical Medicines Act), qui permettra de remédier aux graves pénuries de médicaments et d’en garantir l’accessibilité financière. Il sera également responsable de la conclusion du paquet législatif pharmaceutique et du suivi de sa mise en œuvre.

S’il est confirmé dans ses fonctions, le commissaire hongrois sera chargé d’aborder les questions au cœur du rapport Draghi, à savoir l’accélération de l’autorisation des produits pharmaceutiques, l’amélioration de l’accès aux thérapies les plus avancées et l’adoption de l’IA, « en particulier avec des conseils opportuns sur son utilisation dans le cadre du cycle de vie des médicaments».

La présidente von der Leyen souhaite que le Hongrois prenne la tête d’une législation sur la biotechnologie européenne (European Biotech Act), qui examinera la nécessité d’un environnement réglementaire propice à l’innovation dans l’évaluation des technologies de la santé, les essais cliniques et d’autres domaines non spécifiés dans la lettre de mission.

Nathalie Moll, directrice générale de la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA), a réagi à l’annonce du nouveau collège en ces termes : « la mise en œuvre rapide des recommandations visant à améliorer la compétitivité du secteur, contenues dans le rapport de Mario Draghi de la semaine dernière, sera fondamentale pour parvenir à un succès ».

En ce qui concerne la résilience et la sécurité, Olivér Várhelyi a été chargé de préparer un plan d’action européen sur la cybersécurité des hôpitaux et des prestataires de soins de santé dans les 100 premiers jours du début de travail de la Commission, en coordination avec la vice-présidente exécutive pour la Souveraineté technologique, la cybersécurité, et la Démocratie, Henna Virkkunen.

Priorités en matière de prévention

Ursula von der Leyen suggère que la prévention prenne en compte le fardeau des maladies non transmissibles et étend son champ d’action, écrivant que le commissaire devra adopter une approche globale de la santé, similaire au plan « Vaincre le cancer », en matière de santé mentale, de maladies cardio-vasculaires, de maladies dégénératives, d’autisme et d’autres maladies non transmissibles.

En outre, le nouveau commissaire à la Santé devra « intensifier les travaux sur la santé préventive », notamment en ce qui concerne l’accès des jeunes aux « nouveaux produits à base de nicotine », ainsi que l’impact des réseaux sociaux et du temps excessif passé devant un écran.

Le commissaire sera également chargé de moderniser les règles relatives au bien-être des animaux, aux déchets alimentaires, à la production biologique, à l’utilisation accélérée des bio-contrôles et aux normes de sécurité alimentaire.

Tous ces dossiers sont complexes et nécessiteront les compétences d’un diplomate : Olivér Várhelyi devra non seulement rendre compte des divers aspects de ses responsabilités à trois vice-présidents exécutifs différents, mais aussi présenter des rapports d’avancement semestriels et des réponses au Parlement européen.

Son expérience en tant qu’ancien diplomate pourrait ainsi l’aider, mais la question cruciale reste de savoir s’il obtiendra l’approbation du Parlement.

[Édité par Anna Martino et Clara Bauer Babef]