Comment la CDU de Merkel prépare les élections européennes

Annegret Kramp-Karrenbauer, la cheffe du parti de la Chancelière, souhaite une Europe forte. Elle fait des élections européennes de mai 2019 un affrontement avec les partis populistes. Une interview réalisée par Ouest-France et Die Funke.

Ouest-France
Annegret Kramp-Karrenbauer

Annegret Kramp-Karrenbauer, la cheffe du parti de la Chancelière, souhaite une Europe forte. Elle fait des élections européennes de mai 2019 un affrontement avec les partis populistes. Une interview réalisée par Ouest-France et Die Funke.

Pressentie pour endosser la succession d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer (surnommée « AKK » en Allemagne) a pris les rênes de la droite allemande depuis son élection en tant que secrétaire générale du parti chrétien-démocrate CDU en février.

Comme la chancelière allemande, elle mise sur la recherche du consensus plutôt que sur les grandes déclarations. Comme Angela Merkel, elle doit se défendre contre les barons du parti. Et comme elle, elle sait l’importance d’une stabilité européenne pour les intérêts allemands.

À moins d’un an des élections européennes, elle explique à Ouest-France et son partenaire Die Funke dans une interview exclusive la stratégie de son parti pour le scrutin.

Les élections européennes de mai pourraient être l’occasion d’une forte percée des partis de droite populiste et radicale. Quelle est votre stratégie face à cette tendance ?

L’objectif de ces élections doit être d’obtenir une majorité pro-européenne qui permette au Parlement européen de fonctionner correctement. La grande opposition, et cela sera le cas en Allemagne aussi, se fera face à ces partis populistes qui refusent l’Europe et jouent sur la nostalgie nationale. Nous défendrons l’idée que c’est dans l’intérêt de l’Allemagne d’avoir une Europe forte et en état de fonctionner.

C’est seulement dans cette constellation, et cela vaut aussi bien pour la France, que nous pourrons défendre nos intérêts au niveau mondial. Cela ne concerne pas seulement l’économie, mais aussi notre modèle de société.

Notre programme politique sera clairement pro-européen, mais cela n’empêche pas de se montrer critique quand besoin est. La politique migratoire est un défi pour l’ensemble de l’Europe et la réponse européenne actuelle, que ce soit sur les frontières extérieures ou la répartition des réfugiés, n’est pas satisfaisante.

Dans la perspective des élections européennes, comment jugez-vous la période difficile que traversent vos alliés français, Les Républicains ?

Actuellement tous les partis traditionnels sont dans une situation difficile en France, pas seulement LR. Je suis une fervente supportrice des partis établis, dans le sens où ils sont basés sur un programme. Nous sommes donc toujours en contact régulier avec LR et nous réfléchissons dans le cadre du Parti populaire européen (PPE) comment aborder cette campagne. Nous discutons avec nos alliés français à propos de leurs positions critiques vis-à-vis de l’Europe, mais cela fait partie des discussions inhérentes à un grand groupe comme le PPE.

Emmanuel Macron plaît à beaucoup d’Allemands, y compris au sein de votre parti. La CDU a-t-elle envisagé de se rapprocher du mouvement En Marche ?

La difficulté, c’est qu’une telle coopération ne pourrait avoir lieu que si En Marche se positionnait clairement parmi les familles politiques existantes au Parlement européen. Or le caractère de ce mouvement est de se servir parmi les différentes familles : droite traditionnelle, libéraux, socialistes. Je pense que ce ne serait donc pas dans l’intérêt de ce mouvement de se positionner aussi clairement.

La France et l’Allemagne se sont mises d’accord en juin sur un budget de la zone euro, quelles sont les prochaines étapes pour que ce projet se réalise ?

La première question sera de savoir si nous réussissions à établir un budget européen pour les prochaines années en amont des élections européennes. C’est fondamental pour pouvoir aborder les dossiers suivants. Sur le budget même de l’Eurozone, la rencontre Macron-Merkel à Meseberg a permis de trouver un compromis sur le volume. Au-delà de ce budget de la zone euro dont on parle beaucoup, il y a d’autres points de discussions entre nos deux pays, comme la question de la convergence qui intéresse particulièrement les Français. Ou celle de la défense des frontières extérieures. Mais aussi sur les possibilités à offrir aux jeunes pour qu’ils puissent découvrir de façon plus intensive l’Europe.

Vous venez d’une région frontalière à la France, quel élan souhaiteriez-vous donner personnellement aux relations entre les deux pays ?

Avec la « Frankreichstrategie » de mon gouvernement de Sarre qui concerne l’enseignement du français dans cette région, nous avons insisté sur la question du plurilinguisme, sur le fait qu’il devrait être évident de grandir en apprenant la langue du voisin. Je souhaite insister sur le rôle des régions transfrontalières. L’Europe au quotidien, avec ses bons et ses mauvais côtés, se joue dans ces régions. Je souhaiterais que soient offerts plus de libertés et de moyens pour que ces régions puissent tenter des expériences qui pourraient, en cas de succès, être appliquées au niveau régional.

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