Comment relancer l’Union pour la Méditerranée ?
Dans le contexte des révolutions arabes et de la crise de la diplomatie française, le président Sarkozy a appelé à «refonder» la structure euro-méditerranéenne. Un processus qui pourrait être laborieux à l’image de l’UPM, qui fêtera ses trois ans en juillet.
Dans le contexte des révolutions arabes et de la crise de la diplomatie française, le président Sarkozy a appelé à «refonder» la structure euro-méditerranéenne. Un processus qui pourrait être laborieux à l’image de l’UPM, qui fêtera ses trois ans en juillet.
Dans son allocution radio-télévisée, dimanche 27 février, Nicolas Sarkozy a salué les révolutions dans le monde arabe. Dans ce contexte, « le moment est venu de refonder » l’Union pour la Méditerranée (UPM) « à la lumière des événements considérables que nous vivons », a ajouté le chef de l’État.
Quelques heures plus tard, sur France Inter; son conseiller Henri Guaino a précisé : il faut « aller beaucoup plus loin dans le volet politique » et « faire un effort beaucoup plus important en matière de codéveloppement ».
L’Union pour la Méditerranée a été créée, selon ses termes, pour « dire aux peuples du Sud et aux peuples européens que nous avions une destinée commune ». Lancée en grande pompe par le chef de l’État français en juillet 2008, l’UPM a pour but de nouer des partenariats économiques entre l’Union européenne et les pays de la rive Sud de la Méditerranée.
Composée de 43 États membres, dont l’UE et la Ligue arabe, l’institution est aujourd’hui au point mort. Notamment à cause du conflit israélo-palestinien.
Les déclarations de Nicolas Sarkozy et Henri Guaino interviennent à une période sensible pour l’Union pour la Méditerranée, muette depuis le déclenchement des révolutions dans le monde arabe, début décembre. Et à un moment délicat pour la diplomatie française, critiquée pour sa gestion des événements en Afrique du Nord.
Le temps du bilan
Selon Dorothée Schmid, chercheuse à l’institut français des relations internationales (IFRI), l’Union pour la Méditerranée sert d’ailleurs de dérivatif pour la crise de la diplomatie française. « Ce sujet est une sorte de déviation rhétorique. Cela permet de détourner l’attention des échecs en chaîne du ministère des Affaires étrangères », estime-t-elle.
Mais, au-delà du discours français, l’UPM « est complètement bloquée », estime Dorothée Schmid. L’institution n’a même plus de secrétaire général. Le Jordanien Ahmad Massa’deh a démissionné le 27 janvier.
D’où la nécessité pressante de faire un bilan, ajoute Pierre Beckouche, professeur de géographie à l’université Paris-1. « Les événements récents nous amènent à ne plus raisonner dans les mêmes termes. Il faut rentrer dans une phase de réexamen stratégique de ce qui s’est passé depuis 1995, date du premier partenariat euro-méditerranée, avant de tracer les perspectives futures », martèle le chercheur.
M. Beckouche, se méfie cependant des termes relativement vagues utilisés dans les deux discours. « Refonder, qu’est-ce que cela veut dire précisément ? Et que recouvre le « volet politique » ? Aujourd’hui, personne ne sait vraiment », juge le chercheur.
Il insiste néanmoins sur l’intérêt de remettre sur la table cette relation euro-méditerranéenne : « Ce qui se passe au Sud montre que réfléchir aujourd’hui aux liens entre les deux rives de la Méditerranée est une vraie bonne idée. »
Comme pour les pays d’Europe centrale et orientale (Peco), les révolutions démocratiques en Afrique du Nord montrent à nouveau que l’Union européenne est un « levier politique, un facilitateur de transition », selon le chercheur.
« Les Peco avaient l’espoir d’adhérer à l’UE, donc ils ont opéré une transition assez rapide vers l’État de droit. Même si le contexte est différent, les événements de la rive sud de la Méditerranée montrent qu’il y a une certaine familiarité avec l’évolution des ex-pays communistes européens. Et redonne du crédit à l’idée du projet euro-méditerranéen. »
L’espoir des révolutions arabes
Les 3 et 4 mars, la 17ème session plénière de l’Assemblée parlementaire pour l’Union de la Méditerranée se déroulera à Rome. L’occasion de réfléchir, entre autres, à l’état d’avancement de cette structure.
« Il sera intéressant de suivre cette pleinière, même s’il est encore trop tôt pour se situer dans un cadre de reconstruction économique. N’importe quel cadre de concertation est utile », estime Dorothée Schmid. « Outre les Organisations non-gouvernementales, les acteurs avec une réelle marge de manœuvre sont justement les parlementaires de l’UE », ajoute Pierre Beckouche.
Les révolutions qui secouent le Sud de la Méditerranée pourraient quoiqu’il en soit changer les relations entre ces pays et l’UE. « Désormais, l’intégration euro-méditerranéenne a franchi un palier », selon Pierre Beckouche. La Tunisie pourrait par exemple obtenir le statut de partenaire avancé de l’UE.
CALENDRIER :
3 et 4 mars 2011 : 17e pleinière de l’Assemblée parlementaire de l’Union pour la méditerranée sous présidence italienne, à Rome.