Compétitivité de l’UE : les États membres doivent commencer à réformer plutôt que d'attendre un consensus
Mercredi 13 novembre, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, et Emmanuel Macron ont expliqué que les États de l’Union devaient engager des réformes sectorielles pour protéger l’économie du continent contre les États-Unis et la Chine, avant même de rechercher un consensus au niveau communautaire.
Mercredi 13 novembre, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, et Emmanuel Macron ont expliqué que les États de l’Union devaient engager des réformes sectorielles pour protéger l’économie du continent contre les États-Unis et la Chine, avant même de rechercher un consensus au niveau communautaire.
À l’occasion d’une conférence à Paris sur l’avenir de la compétitivité de l’UE, Mario Draghi et Emmanuel Macron ont présenté des stratégies visant à promouvoir des réformes rapides, face au besoin pressant de stimuler les performances économiques de l’Union.
« Nous devons étendre le vote à la majorité qualifiée à de nombreux domaines, et procéder à des accords renforcés qui permettront aux États membres volontaires d’avancer rapidement sur des options de réformes spécifiques et d’inciter les autres à les suivre », a déclaré Mario Draghi.
« Mon expérience témoigne de l’ampleur des divisions et des points de vue », a-t-il ajouté. Un constat confirmé par le fait que certains États comme la Hongrie et l’Italie pourraient être susceptibles de se rapprocher du nouveau président américain Donald Trump.
Face au nouveau contexte politique de l’autre côté de l’Atlantique, Mario Draghi et Emmanuel Macron ont averti que l’UE pourrait très vite être touchée par de violentes guerres tarifaires.
Le président de la République a précisé que « si nous n’obtenons pas de résultats concrets au cours des deux prochaines années, les États [de l’UE] se tourneront d’eux-mêmes vers les États-Unis et la Chine », entrainant une potentielle fragmentation du continent.
Selon Emmanuel Macron, il est urgent d’agir dans le cadre de l’Union des marchés de capitaux (UMC). « Si nous ne constatons pas de résultats dans 18 mois, nous passerons à une coopération renforcée avec les États membres les plus volontaires », a-t-il soutenu, appelant la Commission à adopter des « délais serrés » pour la mise en place de l’UMC et d’autres réformes clés.
Un difficile consensus européen
Le ministre espagnol de l’Économie et du Commerce, Carlos Cuerpo, a récemment présenté des propositions visant à mettre en place des « bacs à sable » de l’UMC, à plus petite échelle et avec les États membres volontaires, encouragés par l’ancien commissaire à l’Économie Paolo Gentiloni.
Le chef de l’Eurogroupe, Paschal Donohoe, s’est toutefois empressé de rejeter ces propositions, mettant en garde contre une UMC à deux vitesses.
Au-delà de l’intégration de l’UMC, le rapport de Mario Draghi publié le 9 septembre dernier, expose plusieurs suggestions pour stimuler les investissements dans les nouvelles technologies et le secteur énergétique, dans le but d’augmenter la productivité de l’économie européenne. Mais aussi pour combler le fossé qui se creuse avec les États-Unis dans le domaine de l’innovation, réformer la politique de concurrence et intégrer l’industrie européenne de la défense.
Difficile cependant de parvenir à un consensus entre les États membres sur toutes ces propositions, et certains doutent que l’élection de Donald Trump suffise pour tirer la sonnette d’alarme.
« Je ne crois pas à un réveil soudain ; cela ne se produira pas spontanément. Il y a de la place pour que [Emmanuel] Macron initie le changement », explique ainsi pour Euractiv un ancien conseiller du président, qui a assisté à la conférence parisienne.
Les guerres tarifaires à venir
Mario Draghi et Emmanuel Macron ont également convenu qu’il était temps d’accélérer l’intégration du marché unique et de rationaliser les processus réglementaires dans les États membres.
Pour le président de la République, il est nécessaire que l’UE hausse le ton sur la scène internationale, la Chine et les États-Unis se montrant peu respectueux des règles en matière de commerce.
« Il ne s’agit pas de protectionnisme. Mais si nous n’adoptons pas des mesures de protection pour notre marché unique afin de rétablir la concurrence, nous n’avons aucune chance », a-t-il, expliqué.
Dans le même temps, Mario Draghi a prévenu que la nouvelle donne géopolitique qui émergera de la multiplication des barrières commerciales déterminera la survie de l’UE dans les décennies à venir. Car la guerre tarifaire des États-Unis contre la Chine, qui selon les économistes devrait s’intensifier lors du second mandat de Donald Trump, pourrait accentuer la pression sur les positions commerciales de l’UE.
Les États membres ont pour l’heure des accords économiques très différents les uns des autres avec Pékin. Les États-Unis devraient donc exiger des pays européens une mise à distance de la Chine, selon l’ancien président de la BCE. « On nous demandera de nous aligner », a expliqué Mario Draghi.
« Nous dépendons plus des autres que les autres ne dépendent de nous », a-t-il encore averti.
Emmanuel Macron a de son côté souligné un autre facteur qui pourrait peser sur l’économie européenne, la déréglementation que souhaite mettre en place Donald Trump aux États-Unis, en particulier dans le secteur des hautes technologies, où l’Europe est déjà à la traîne.
Le président français a ainsi mentionné la nomination d’Elon Musk à la tête d’un nouveau département pour l’Efficacité gouvernementale (Department of Government Efficiency, DOGE). « Les élections rapprocheront-elles les États-Unis de nous ? Les dernières nouvelles prouvent que c’est exactement le contraire qui se produit », a-t-il conclu.
[Édité par Laurent Geslin]