COP16 : après les controversés crédits carbone, l’heure des crédits biodiversité a-t-elle sonné ?

Pour trouver les milliards manquant pour la sauvegarde de la nature, les crédits biodiversité seront en vedette à la COP16 de Cali fin octobre : ses partisans tenteront d’y lever les craintes d’écoblanchiment et de promouvoir les standards internationaux nécessaires afin de développer un marché balbutiant.

EURACTIV France avec AFP
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Le terme générique de crédits biodiversité, déclinaison des controversés crédits carbone qui monétisent la tonne de CO2 absorbée ou non-émise, recouvre une variété d’outils financiers cherchant à transformer en argent comptant des actions de sauvegarde de la nature. [Shutterstock/Fahroni]

Pour trouver les milliards manquant pour la sauvegarde de la nature, les crédits biodiversité seront en vedette à la COP16 de Cali fin octobre : ses partisans tenteront d’y lever les craintes d’écoblanchiment et de promouvoir les standards internationaux nécessaires afin de développer un marché balbutiant.

Le terme générique de crédits biodiversité, déclinaison des controversés crédits carbone qui monétisent la tonne de CO2 absorbée ou non-émise, recouvre une variété d’outils financiers cherchant à transformer en argent comptant des actions de sauvegarde de la nature.

Ces crédits visent à donner un prix à la « compensation » directe de la destruction d’écosystèmes causée, par exemple, par un projet minier ou d’autoroute. Ils peuvent aussi, et on parle alors plutôt de certificats biodiversité, reconnaître la valeur des contributions volontaires d’entreprises, d’États ou d’organisations philanthropiques pour restaurer une zone humide, accompagner un producteur de caoutchouc dans une gestion plus durable de sa forêt, etc.

Sauf qu’aucune norme mondiale ni marché international régulé n’existe, en dehors de quelques certifications privées et mécanismes nationaux limités. Et la tâche s’annonce plus difficile encore que pour le marché des crédits carbone, entaché de scandales.

« Pour la biodiversité, on n’a pas vraiment de métrique », explique Alain Karsenty, économiste au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).

« Un crédit qui permettrait de compenser la destruction d’une forêt en France avec une forêt au Gabon, ça n’aurait aucun sens », car elles ont chacune des espèces endémiques différentes alors que le CO2 est le même partout dans le monde, souligne le chercheur.

Comment chiffrer l’efficacité d’un projet pour la nature, comment surveiller ses performances sur le long terme, comment répartir l’argent ou éviter des effets pervers : autant de questions non résolues qui empêchent le marché de décoller malgré la demande croissante des entreprises.

200 milliards par an

C’est l’accord de Kunming-Montréal, scellé à la précédente conférence des Nations unies sur la biodiversité, la COP15, qui a redonné de l’élan aux crédits biodiversité. L’accord a fixé au monde une vingtaine d’objectifs à atteindre d’ici 2030 pour stopper la destruction de la nature et du vivant.

L’un prévoit de restaurer « 30 % des écosystèmes terrestres et aquatiques dégradés » du globe et l’autre de porter à 200 milliards de dollars par an les dépenses mondiales pour la biodiversité, dont 30 milliards d’aides des pays riches.

Pour y parvenir, le texte encourage les États à « promouvoir […] le paiement des services écosystémiques, les obligations vertes, les crédits et compensations en matière de biodiversité », autant de sujets qui seront sur la table des 12 000 participants attendus de la COP16 à partir du 21 octobre en Colombie.

Le Comité consultatif international sur les crédits de biodiversité (IAPB), porté par la France et le Royaume-Uni, doit présenter à Cali une « feuille de route mondiale », non pas pour créer un marché international, peut-être hors de portée, mais des bourses nationales dans des pays pionniers, tels que la Colombie et l’Australie, avec des normes exigeantes comparables.

L’Alliance pour les crédits de biodiversité (BCA), soutenue par l’ONU, et le Forum économique mondial (WEF) prévoient aussi des annonces.

L’émulation est mondiale : en septembre, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a appelé à créer un marché de « crédits nature » pour « récompenser ceux qui prennent soin des écosystèmes », comme les agriculteurs s’engageant dans une gestion durable.

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva porte depuis un an la création d’un Fonds international de préservation des forêts tropicales (TFFF), qui consiste à rémunérer 80 États pour chaque hectare de forêt préservé ou restauré.

Mais les défenseurs de l’environnement scrutent avec méfiance ces initiatives, craignant l’émergence de « crédits fantômes », sans consistance réelle ou dont l’argent n’irait pas jusqu’à bénéficier aux communautés autochtones.

Née aux États-Unis dans les années 1970, l’idée de « vendre la nature pour la sauver », selon l’expression popularisée par la chercheuse américaine Kathleen McAfee, a essaimé depuis dans plus d’une centaine de pays, soit comme obligation légale soit comme preuves d’actions financées par des entreprises qui veulent l’afficher dans leur bilan RSE (responsabilité sociétale des entreprises) ou sur leurs produits.

Pour les crédits carbone, les négociations de l’ONU Climat afin de fixer des règles internationales sont bien plus avancées que pour les crédits biodiversité, mais elles n’ont pas encore abouti, après un échec à la COP28 de Dubaï fin 2023. Le défi est pourtant plus simple, puisque les crédits carbone reposent tous sur la tonne de CO2 non-émise ou absorbée.