Covid-19 : ce que l’UE peut apprendre des États-Unis

Au tout début de la pandémie de Covid-19, l’Union européenne a été critiquée pour sa gestion de la crise sanitaire, notamment en ce qui concerne les retards dans la production et la fourniture de vaccins.

Euractiv France
New,York,,Ny,-,March,27,,2021:,Nyc,Mayor,Bill
L’un des thèmes abordés lors de la réunion était les « leçons fondamentales » que l’UE pourrait tirer de l’approche américaine de la pandémie de Covid afin de mieux gérer les futures pandémies. [SHUTTERSTOCK/Ron Adar]

Au tout début de la pandémie de Covid-19, l’Union européenne a été critiquée pour sa gestion de la crise sanitaire, notamment en ce qui concerne les retards dans la production et la fourniture de vaccins.

Les États-Unis semblaient au contraire avoir démarré en trombe, en fournissant près de 200 millions de doses au début de la pandémie, contre 117 millions pour l’Inde et 140 millions pour l’UE, si l’on en croit les données d’Airfinity, un site qui compile des données de santé publique mondiale.

« Des doses de vaccin [administrées à des stades] plus précoces sauvent des vies », a déclaré Chad Bown, économiste américain de l’Institut Peterson, qui a participé à la réunion de la commission spéciale du Parlement européen sur la Covid-19 lundi (6 février).

L’un des thèmes abordés lors de la réunion était les « leçons fondamentales » — comme l’a dit M. Brown à un moment donné — que l’UE pourrait tirer de l’approche américaine de la crise sanitaire afin de mieux gérer les futures pandémies.

L’économiste a indiqué que le gouvernement américain a accordé des subventions pour l’opération Warp Speed (OWS) — un partenariat public-privé de 10 milliards de dollars visant à accélérer la production nationale de vaccins et à en faciliter la distribution — « suffisamment tôt » pour que les entreprises pharmaceutiques puissent rapidement mettre en place la production, passer les contrats avec les fournisseurs et établir leurs chaînes d’approvisionnement.

M. Bown a également indiqué que le gouvernement américain a fourni des incitations financières, notamment au laboratoire Moderna, pour les premières doses livrées : 3 dollars supplémentaires par dose pour respecter la date limite d’autorisation d’utilisation en urgence, le 31 janvier 2021.

« Cela a incité les entreprises à livrer plus rapidement et potentiellement à construire des capacités de production supplémentaires », a expliqué M. Bown.

Face aux nombreuses critiques concernant la gestion de la pandémie par l’UE et sa souveraineté industrielle pharmaceutique, Sibilia Quilici, de Vaccines Europe, a tenu à souligner le rôle « de premier plan » de l’UE en matière de production de vaccins.

« Nous avons pu accéder à certaines flexibilités règlementaires pour assurer l’évolution, le développement rapide du vaccin, sa production rapide », a-t-elle déclaré.

« Tout cela a nécessité une grande flexibilité, et je pense que cette flexibilité doit être maintenue même après la crise », a-t-elle poursuivi.

Mme Quilici a fait remarquer que l’UE avait également fourni des doses à d’autres pays, ce à quoi M. Bown a répondu qu’il s’agissait là de l’une des leçons que les États-Unis pouvaient tirer de la stratégie de l’UE.

« Ce que l’Europe a bien fait, et ce que les États-Unis peuvent apprendre de l’Europe, c’est le fait de partager les doses une fois qu’elles sont produites », a-t-il affirmé en faisant référence au mécanisme Covax, mis en place en 2020 et dont l’objectif est de redistribuer les doses pour un accès juste et équitable à la vaccination contre la Covid.

En février 2022, la participation de l’UE à Covax s’élevait à 3 milliards d’euros. Un mois auparavant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait annoncé que le mécanisme avait permis de distribuer 1 milliard de doses.

Au-delà de la pandémie

La discussion sur la façon dont les administrations de Donald Trump et de Joe Biden ont géré la pandémie de Covid s’est rapidement orientée vers ce qui fait des États-Unis un meilleur endroit pour les investissements dans le secteur de la santé.

« Nous sommes à la traîne par rapport aux États-Unis. Les conditions politiques américaines vont davantage dans le sens du soutien à l’innovation et du maintien d’une capacité d’innovation élevée pour le secteur », a déclaré Matthias Bauer, du Centre européen d’économie politique internationale (ECIPE), lors de l’audition en ligne.

Selon lui, il est nécessaire d’assouplir les règlementations européennes pour les rendre plus attrayantes pour le secteur. Il a notamment préconisé un abattement fiscal ou la suppression de l’impôt sur les sociétés pour les entreprises pharmaceutiques.

« L’UE est en bonne position pour maintenir un niveau élevé de production et d’innovation, mais elle peut faire plus si les États membres suppriment certaines règlementations, par exemple dans le domaine de la politique des prix », a-t-il poursuivi.

Toutes les personnes présentes dans la salle ne partagaient cependant pas la même opinion : pour Massimo Florio, professeur d’économie publique à l’Université de Milan, l’instauration d’avantages fiscaux pour les entreprises pharmaceutiques ne réduirait pas l’écart d’investissement dans le secteur de la santé de l’UE.

Comparant l’immense écart entre le budget du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et celui de son homologue américain, la Food and Drug Administration (FDA) — respectivement autour de 100 millions d’euros et 10 milliards de dollars — il a souligné que l’UE doit mettre en place une stratégie à long terme pour renforcer la souveraineté de l’industrie pharmaceutique européenne.

L’une des principales critiques adressées à l’UE est qu’elle ne finance pas assez la recherche et le développement.

Selon une étude récente réalisée par la Maison-Blanche, il existe actuellement 26 familles de virus qui pourraient conduire à une nouvelle pandémie. Les États-Unis prévoient pour leur part d’allouer environ 24 millions de dollars pour soutenir la recherche.

« En Europe, nous ne sommes pas prêts à jongler avec un tel budget. Il n’est pas surprenant que sur le marché, ce soient les entreprises américaines qui dictent les règles du jeu », s’est plaint M. Florio.

Le débat devrait s’intensifier dans un peu plus d’un mois, lorsque la Commission dévoilera enfin la révision des règles pharmaceutiques de l’UE.