Crise migratoire en Espagne : Madrid et l’UE élaborent un plan d’urgence
Le gouvernement espagnol travaille à l’élaboration d’un plan temporaire pour atténuer la crise migratoire qui sévit dans les îles Canaries et dans l’enclave espagnole de Ceuta. Entre-temps, Frontex encourage Madrid à demander officiellement de l’aide.
Le gouvernement espagnol travaille à l’élaboration d’un « plan stratégique » temporaire pour atténuer la crise migratoire qui sévit dans les îles Canaries et dans l’enclave espagnole de Ceuta en Afrique du Nord. Entre-temps, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) encourage Madrid à demander officiellement de l’aide.
La ministre espagnole de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego (Sumar), a annoncé lors d’une visite à Ceuta mercredi 4 septembre que l’exécutif du Premier ministre Pedro Sánchez (Parti socialiste-ouvrier espagnol, PSOE) était en train d’élaborer un plan d’urgence avec l’UE afin de soulager les centres d’accueil pour les mineurs non accompagnés.
Selon Sira Rego, il s’agit d’un « plan stratégique sur lequel [Madrid] travaille avec l’UE et les institutions européennes pour demander les ressources [financières nécessaires] » à la mise en œuvre de mesures d’urgence.
À court terme, le gouvernement espagnol entend explorer la « possibilité de mettre en œuvre des programmes européens d’accueil et de protection des enfants demandeurs d’asile » et mener une politique d’« accueil contraignant et solidaire des enfants sur le territoire de l’UE », explique la ministre.
Les chiffres officiels révèlent que les arrivées d’exilés irréguliers en provenance d’Afrique ont atteint des niveaux record en Espagne au cours des deux premières semaines d’août, avec une augmentation de 126 % dans les îles Canaries et de 143 % à Ceuta.
Un grand nombre de ces exilés sont originaires de Mauritanie et de la région du Sahel, où l’escalade actuelle de la violence provoque le déplacement de milliers de personnes.
Les centres d’accueil des îles Canaries et de Ceuta sont surpeuplés, ce qui oblige les autorités locales à installer des tentes et d’autres hébergements temporaires.
La crise migratoire s’est également transformée en un champ de bataille politique entre le gouvernement et le Partido Popular (PP), la principale force d’opposition en Espagne, qui accuse le PSOE de ne pas avoir de véritable politique migratoire et d’« improviser » face à la situation d’urgence actuelle.
Le parti d’extrême droite Vox, troisième force parlementaire, et le jeune parti Se Acabó la Fiesta (SALF), parti d’agitateur Alvise Pérez, ont également exploité l’urgence humanitaire aux îles Canaries et à Ceuta pour attaquer le gouvernement Sánchez.
Avertissement de Frontex et critique du président des îles Canaries
Jeudi 5 septembre, le président du gouvernement régional des îles Canaries, Fernando Clavijo (du parti de centre droit Coalición Canaria), a confié à El País qu’il se sentait « trahi par le PSOE ».
Parallèlement à cela, le directeur exécutif de Frontex, Hans Leijtens, a appelé cette semaine à une volonté politique de la part du gouvernement espagnol, ainsi qu’à des ressources financières et juridiques afin que l’agence puisse coopérer rapidement avec Madrid dans cette crise.
Hans Leijtens a ajouté que Frontex négociait actuellement ses programmes de coopération avec les partenaires de l’UE pour 2025 et a rappelé que, pour obtenir l’aide de l’agence, les États membres devaient d’abord en faire la demande officielle.
« Je me suis rendu dans des centres d’accueil [aux Canaries], je suis allé sur la côte, j’ai parlé à la Guardia Civil. Je suis parfaitement conscient [du problème], mais tout commence par une demande du gouvernement espagnol », a prévenu le haut fonctionnaire européen.
Fernando Clavijo a envoyé la semaine dernière une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’invitant à se rendre aux îles Canaries pour voir de ses propres yeux comment les autorités locales et les ONG font face à la situation d’urgence.
En outre, mercredi 4 septembre, il a demandé à se présenter devant le Parlement européen pour expliquer la situation et demander une aide supplémentaire urgente de la part de l’UE.
La droite se fracture
L’une des pommes de discorde entre le PP et le PSOE a été la proposition du parti socialiste de modifier d’urgence la loi actuelle sur les étrangers (Ley de Extranjería) afin de rendre obligatoire l’accueil des mineurs non accompagnés dans les 17 communautés autonomes d’Espagne.
Toutefois, le PP s’est montré moins opposé à cette modification de la loi que le parti Vox et avait fini par accepter la proposition du gouvernement.
L’accueil d’un quota limité de mineurs immigrés dans les communautés autonomes dans lesquelles le PP et Vox gouvernent en coalition avait par ailleurs déclenché une querelle entre les deux partis avant l’été et avait conduit à une rupture partielle des accords politiques locaux entre eux.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]