Des experts de l’UE évaluent l’impact politique du traité de Lisbonne [FR]

L’entrée en vigueur du traité de Lisbonne cette semaine (1er décembre) verra l’Union européenne assumer un rôle plus important dans la protection climatique et environnementale, ainsi qu’en matière de justice et d’immigration, s’accordent à dire des commentateurs bruxellois lors d’une série d’entretiens avec EURACTIV.

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L’entrée en vigueur du traité de Lisbonne cette semaine (1er décembre) verra l’Union européenne assumer un rôle plus important dans la protection climatique et environnementale, ainsi qu’en matière de justice et d’immigration, s’accordent à dire des commentateurs bruxellois lors d’une série d’entretiens avec EURACTIV.

Avec le traité de Lisbonne, combattre le changement climatique au niveau international devient un objectif spécifique de la politique environnementale de l’UE, a déclaré à EURACTIV Elaine Cruikshanks, PDG de l’entreprise d’affaires publiques bruxelloise Hill & Knowlton.

La dirigeante d’affaires publiques attend que l’UE agisse de manière plus cohérente pour atteindre des objectifs environnementaux contraignants sur la scène internationale.

Le changement climatique davantage mis en avant

Georg Danell, associé gérant du bureau Kreab Gavin Anderson à Bruxelles est du même avis. Le Parlement européen gagne un plus grand pouvoir de contrôle sur la prise de décision de l’UE grâce à Lisbonne, ce qui selon M. Danell va conduire à des actions plus importantes sur le changement climatique.

En effet, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a déjà affirmé qu’il pensait de même en créant le poste de commissaire à l’Action climatique, qui devrait être occupé par la danoise Connie Hedegaard.

Le traité de Lisbonne étend le vote à la majorité qualifiée à 40 domaines de politiques, notamment ceux qui sont relatifs au droit d’asile, à l’immigration, à la coopération policière et judiciaire dans les affaires criminelles, et le Parlement européen obtient de nouveaux pouvoirs dans la procédure de co-décision.

George Ellis Ruano, fondateur et directeur de l’entreprise de relations publiques basée à Bruxelles Gellis Communications, a déclaré à EURACTIV que nous pouvions nous attendre à ce que le Parlement soit considérablement « plus bruyant » dans l’expression de ses opinions politiques grâce aux nouvelles règles, et il se prévaudra sans aucun doute de sa légitimité démocratique en tant qu’un organe directement élu.

Cette position a été reprise par Caroline Wunnerlich, directrice générale de Fleishman-Hillard Europe, qui a déclaré que le traité donnait plus de possibilités d’actions au Parlement en tant que co-décideur avec le Conseil des ministres sur un grand nombre de questions.

Un plus grand contrôle parlementaire sur les dépenses agricoles peut avoir un impact crucial à long terme sur la politique agricole, alors que la pêche, les transports et la politique régionale feront tous l’objet d’une implication plus forte du Parlement, a dit Mme Wunnerlich.

Julie Harrison, associé gérante chez Blueprint Partners attend aussi l’avènement de « grands changements » dans les domaines sous co-décision comme le commerce, le budget, l’agriculture, les transports, l’aide régionale, la justice et les affaires intérieures (JAI).

L’extension du vote à la majorité qualifiée à des domaines qui requéraient auparavant l’unanimité au Conseil, comme la politique sociale ou la JAI, signifie plus de mouvements, plus de marchandages et au final une politique environnementale plus dynamique, a déclaré Mme Harrison.

Le traité introduit aussi des références aux nouveaux défis, tels que le changement climatique ou la solidarité énergétique, surtout pour faire part des inquiétudes soulevées par les pays comme la Lituanie ou la Pologne sur la lourde dépendance à la Russie en matière d’énergie.

Une voix extérieure « plus cohérente »

M. Ellis a déclaré qu’il y aurait certainement une plus grande convergence de la politique extérieure, surtout en ce qui concerne le changement climatique et l’énergie, ce qui conduira sur le long terme à une voix extérieure plus forte et plus cohérente.

Les nouvelles dispositions sur la protection civile, l’aide humanitaire et la santé publique ont pour but de stimuler la capacité de l’UE à répondre aux menaces sur la sécurité des citoyens européennes (voir le LinksDossier d’EURACTIV sur le « traité de Lisbonne » pour plus de détails).

Le directeur de Gellis M. Ellis rappelle que les citoyens eux-mêmes vont désormais pouvoir adresser des pétitions à la Commission pour présenter des nouvelles propositions politiques en vertu du traité de Lisbonne. Ces « initiatives citoyennes » nécessitent 1 million de signatures, donc nous pouvons nous attendre à en voir un certain nombre à l’avenir, a-t-il dit.

Les directeurs des affaires publiques ont été unanimes pour identifier les services financiers comme le domaine politique où le traité de Lisbonne aura le moins d’impact.

Je ne pense pas que le traité de Lisbonne apportera des changements fondamentaux aux services financiers, a dit Mme Cruikshanks de chez Hill & Knowlton. Les compétences de l’UE dans ce domaine sont bien établies, et elle en fait bon usage. Des changements dans le paysage réglementaire de l’UE ont eu lieu, mais ce n’est pas le résultat du traité de Lisbonne, a-t-elle dit.

Mme Harrison de chez Blueprint prédit que les domaines politiques qui faisaient déjà l’objet de la procédure de co-décision avant l’entrée en vigueur du traité –comme les règles du marché intérieur et la législation sur la santé ou la sécurité – resteront telles quelles.

En effet, le seul facteur inconnu est le suivant : ces domaines seront-ils affectés par la Charte des droits fondamentaux qui devient juridiquement contraignante, a-t-elle dit.

Pour sa part, M. Ellis, fondateur de Gellis, ne s’attend à aucun changement en matière fiscale ou de politique de défense. Il n’y a jamais eu la moindre intention d’altérer le processus de prise de décision dans ces domaines politiques, a-t-il affirmé.