Des Hongrois divisés descendent dans les rues

  Des manifestations pro et anti-gouvernement se sont déroulées à Budapest ce week-end. Ces rassemblements instaurent un climat difficile en amont de la visite à Bruxelles du premier ministre hongrois, Viktor Orbán. Il est attendu demain (24 janvier) pour discuter des lois récemment adoptées dans son pays, une condition nécessaire pour obtenir d'un programme d'aide très attendu en Hongrie.

EURACTIV.fr / Reuters
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Des manifestations pro et anti-gouvernement se sont déroulées à Budapest ce week-end. Ces rassemblements instaurent un climat difficile en amont de la visite à Bruxelles du premier ministre hongrois, Viktor Orbán. Il est attendu demain (24 janvier) pour discuter des lois récemment adoptées dans son pays, une condition nécessaire pour obtenir d'un programme d'aide très attendu en Hongrie.

Des milliers de Hongrois se sont rassemblés hier (22 janvier) à Budapest, pour réclamer qu'une radio de l'opposition puisse continuer à être diffusée, protestant ainsi contre ce qu'ils considèrent comme une tentative du gouvernement de faire taire les critiques.

Cette manifestation a fait suite à un rassemblement pro gouvernement la veille qui a attiré plus de 100 000 personnes, souhaitant exprimer leur soutien au gouvernement hongrois en difficulté. Les dirigeants hongrois devraient entamer d'âpres négociations avec l'UE pour garantir une aide internationale indispensable pour leur pays.

Le gouvernement de centre-droit du parti Fidesz de M. Orbán s'est attiré les foudres de la communauté internationale suite à des décisions qui, selon leurs détracteurs, visent à renforcer le contrôle de l'État sur les médias, y compris sur les radiodiffuseurs privés et publics.

Les éditeurs qui ont un agenda politique manipulent souvent les informations diffusées par la télévision publique, soutient la poignée de journalistes qui a lancé une grève de la faim le mois dernier, en signe de protestation.

Le conseil des médias hongrois, mis sur pied en 2010 dans le cadre d'une loi sur les médias, a décidé en décembre de ne pas renouveler la licence de Klub Radio, qui diffusait ses programmes à Budapest depuis dix ans.

Klub Radio avait déjà perdu cinq de ses dix fréquences dans les zones rurales, ce qui avait entraîné une baisse d'audience.

« C'est surtout la liberté d'expression qui est en jeu », a déclaré un jeune ingénieur présent lors du rassemblement, Kristof Szabo. « Lorsque le gouvernement fait taire la radio, c'est une action symbolique. Le gouvernement a fait taire l'une des dernières voix qui le critiquaient. »

Les propriétaires de Klub Radio ont porté plainte pour tenter de récupérer leur fréquence, qui devrait dès mars prochain être utilisée par une nouvelle radio inconnue, Autoradio. Cette dernière a proposé un prix plus élevé lors de l'appel d'offres.

Critiques de l'Ouest

Selon la presse hongroise, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a mentionné Klub Radio dans une lettre envoyée à M. Orbán en décembre dernier pour lui faire part de ses inquiétudes quant aux valeurs démocratiques en Hongrie.

L'Union européenne a elle aussi réagi.

« Les risques qu'une telle action représente pour la liberté des médias ou la liberté politique en général dépendent du contexte général. Or, ce contexte a suscité des inquiétudes quant au mode de délivrance des licences radiophoniques en Hongrie », a écrit sur son site Internet Neelie Kroes, vice présidente de la Commission européenne, le 5 janvier.

« Je pense qu'il y a de la place pour plus de radios en Hongrie, et non pas moins. »

M. Orbán a rejeté ces arguments lors d'un entretien accordé à la chaîne de radio publique Kossuth Radio le 20 janvier.

Une question d'argent

« Si une radio répond à un appel d'offres pour une fréquence, elle doit proposer un prix lui permettant de le remporter », a déclaré M. Orbán. « Si elle ne peut payer qu'une fraction de ce qu'une autre radio propose, on ne pourra pas transgresser les lois hongroises, même avec tout le soutien du monde », a-t-il insisté.

Le dirigeant hongrois adopte toutefois un ton plus conciliant face à l'Union européenne qui menace de bloquer les aides destinées à son pays. Si la Hongrie ne se plie pas aux règles de l'UE, elle se retrouvera dans l'impasse lors des négociations qu'elle mènera avec des créditeurs internationaux en vue d'obtenir l'aide précieuse dont elle a besoin en pleine crise des finances publiques.

Le secrétaire d'État au ministère de l'économie, Zoltán Cséfalvay, a déclaré à Reuters à Vienne que le gouvernement tenterait de régler ses différends avec l'UE aussi rapidement que possible et qu'il espérait que le pays pourrait conclure un accord avec ses créanciers au cours de ce semestre.

Les lois controversées adoptées par le gouvernement mené par le Fidesz ont entraîné une chute record du forint face à l'euro lors de la première semaine du mois de janvier. Les coûts d'emprunt de la Hongrie ont alors grimpé à plus de 11%.

Ces nouvelles lois ont également conduit à l'échec des négociations avec l'UE et le Fonds monétaire international l'année dernière. Le FMI affirmait alors que la Hongrie avait besoin de l'aval de l'UE avant de pouvoir entamer des discussions pour une aide éventuelle.

Le déficit budgétaire annuel du pays devrait se situer sous le plafond européen des 3% du PIB, mais les trois grandes agences de notation de crédit ont relayé la dette hongroise dans la catégorie « spéculative ».

Même si le gouvernement dispose de réserves de liquidités qui pourraient lui permettre de refinancer sa dette pendant quelques mois, il a besoin de garanties financières de la part des grands bailleurs de fonds s'il veut conserver son accès aux marchés financiers.