Dette grecque : la nuit la plus longue de la zone euro

Il aura fallu plus de sept heures de discussions pour arriver à un accord sur la réduction de la dette grecque et la participation du secteur privé. Encore une fois, l’Europe dit avoir trouvé une solution "durable".

EURACTIV.fr
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Il aura fallu plus de sept heures de discussions pour arriver à un accord sur la réduction de la dette grecque et la participation du secteur privé. Encore une fois, l’Europe dit avoir trouvé une solution « durable ».

L’issue du sommet extraordinaire de l’eurozone a longtemps été incertaine. Au cours de la nuit, un certain pessimisme régnait dans l’énorme bâtiment du Conseil à Bruxelles, où étaient rassemblés des milliers de journalistes. Vers 3h du matin, une solution a finalement été trouvée. 

Les négociations avait pourtant plutôt bien commencé. Alors que beaucoup s’attendaient à ce que la réunion préliminaire des dirigeants des 27 pays de l’UE s’éternise, la rencontre a été bouclée en un peu plus d’une heure et demie. 

Plus de 100 milliards 

Vers 20h, le Premier ministre polonais a ainsi annoncé qu’un accord avait été trouvé autour de la recapitalisation des banques. Leurs fonds propres devront être relevés à hauteur de 9% de leurs actifs d’ici au 30 juin 2012, selon les conclusions de la réunion. 

Les établissements financiers vont devoir tenter d’atteindre ce seuil par leurs propres moyens. En cas d’échec seulement, ils pourront demander de l’aide aux États. Si ces derniers ne peuvent assumer ce fardeau, une utilisation de l’argent du FESF sera possible pour les membres de l’eurozone. 

La facture pourrait s’élever à 108 milliards d’euros, selon plusieurs estimations, dont 8,8 pour la France. Les banques françaises continuent d’affirmer qu’elles n’auront pas besoin d’intervention publique. 

Ce plan prévoit également des garanties publiques destinées à permettre aux banques de s’assurer des financements à moyen et long terme. Le modèle est exactement le même que celui utilisé en 2008 lors de la crise des subprimes.  

Menaces allemandes 

Mais cet accord n’était que la partie émergée de l’iceberg. Dès le départ, il dépendait entièrement de la capacité des dix sept pays de l’eurozone à se mettre d’accord sur la réduction de la dette grecque. Les réunions ont débuté dès 20h autour d’un dîner. Et rapidement, les négociations ont bloqué. 

Les banques ne voulaient pas entendre parler d’une décote de 50%, comme le leur demandaient les États. Pour tenter de régler la situation, des représentants de l’International Institut of Finance se sont rendus à Bruxelles, afin de négocier directement avec le couple franco-allemand. 

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont enchaîné les réunions, accompagnés du Président du conseil européen, Herman Van Rompuy et de la directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde. 

A plusieurs reprises, les Allemands auraient menacé de mettre purement et simplement la Grèce en défaut si les banques ne faisaient pas un effort, ce qui aurait représenté une perte totale pour les investisseurs.

120%

Vers 3h du matin un accord a enfin émergé. La décote de la dette grecque détenue par le secteur privé sera finalement de 50%. Soit environ 100 milliards d’euros sur les 210 détenus par les établissements financiers. Une décision qui doit permettre de réduire le poids des créances du pays à 120% d’ici 2020. 

Mais la formule du texte final reste tendancieuse. « Nous invitons la Grèce, les investisseurs privés et toutes les parties concernées à mettre en place un échange de bonds volontaires », normalement prévu pour le début 2012, indique le document. Les détails techniques et l’accord ferme sont donc encore à déterminer. 

En contrepartie de cet effort sans précédent des banques, les États de la zone euro se sont engagés à contribuer à hauteur de 130 milliards d’euros au financement de la Grèce jusqu’en 2014 « incluant une recapitalisation des banques grecques ». 

Solution durable ?

Le texte final des conclusions précise bien que toutes ces mesures sont « exceptionnelles » et « uniques ». Il n’en reste pas moins qu’Athènes sera mis de façon permanente sous surveillance de la Troïka. 

Lors de sa conférence de presse finale qui s’est tenue vers 4h du matin, Nicolas Sarkozy a estimé que l’accord était « historique » et offrait une solution « durable » au problème grec. 
 
Christine Lagarde a pour sa part salué ce compromis. Le premier ministre grec, George Papandreou a quant à lui évoqué l’ouverture d’une « nouvelle ère ». 
 
Le 21 juillet dernier, lors du précédent accord sur la dette grecque, qui prévoyait déjà une décote de 21%, les réactions avaient été similaires. Pourtant, trois mois plus tard, de nouvelles décisions devaient impérativement être prises. Reste donc à savoir si la solvabilité de la Grèce est bel et bien assurée sur le long terme, une bonne fois pour toute.