Directive renouvelables : l'intégration impossible de l'hydrogène nucléaire ?

La directive sur les renouvelables intègre bien l'hydrogène produit à partir de nucléaire dans les objectifs d'hydrogène renouvelable, mais dans des conditions qui imposent un « sacré défi », peut-être même impossible à relever selon certains observateurs du secteur.

Euractiv France
EU energy ministers council
(De gauche à droite) La ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, la ministre suédoise de l'Énergie, des Affaires et de l'Industrie, Ebba Busch, et la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, discutent au début d'un conseil des ministres de l'Énergie de l'UE à Bruxelles, en Belgique, le 28 mars 2023. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

La directive sur les renouvelables intègre bien l’hydrogène produit à partir de nucléaire dans les objectifs d’hydrogène renouvelable, mais dans des conditions qui imposent un « sacré défi », peut-être même impossible à relever selon certains observateurs du secteur.

Après 18 mois de négociations, les négociateurs européens sont parvenus jeudi (30 mars) à un accord politique sur la directive européenne sur les énergies renouvelables (RED3).

Outre que la directive fixe un objectif général de 42,5 % de renouvelables dans la consommation finale d’énergie de l’UE d’ici 2030, elle fixe également des objectifs sectoriels, notamment pour la part d’hydrogène renouvelable dans le mix hydrogénique à destination de l’industrie et des transports.

Dans l’attente d’un accord formalisé sur papier, l’UE prévoit ainsi que 42 % de la production d’hydrogène dans l’industrie européenne sera issue d’énergies renouvelables, avant d’atteindre 60 % en 2035. 

Un objectif très ambitieux compte tenu du mix hydrogénique actuel de l’UE composé à plus de 95 % d’hydrogène fossile. Raison pour laquelle certains observateurs, industriels et dirigeants ont plaidé pour un allégement de l’objectif pour les États membres qui jouissent déjà d’un mix électrique décarboné, comme la France. 

Dans une certaine mesure, leurs revendications ont été entendues.

« Les États membres ayant un mix énergétique décarboné, notamment grâce à l’utilisation de l’énergie nucléaire, peuvent bénéficier d’aménagements dans l’atteinte de leurs objectifs », déclarait en effet Christophe Grudler, négociateur sur la directive RED3 au nom de son groupe parlementaire (Renew), dans un communiqué de presse. 

Pour ces États, leur objectif de développement d’hydrogène renouvelable pourra être réduit de 20 %, s’ils respectent deux conditions cumulatives.

D’abord, l’État membre doit apporter la preuve qu’il peut atteindre les objectifs généraux de développement de renouvelables qui lui seront fixés pour 2030 — pas encore connus pour le moment.

Dans le même temps, la part d’hydrogène issue du fossile ne doit pas dépasser 23 % de l’hydrogène qu’il consommera en 2030. 

Suite à l’accord, la ministre de la Transition énergétique française, Agnès Pannier-Runacher, a salué un « changement de paradigme ».

Il faut dire que le combat n’était pas gagné d’avance pour la France et ses alliés, tant les réticences des anti-nucléaires les ont obligés à batailler.

À deux jours (28 mars) de l’accord politique sur la RED3, la France n’avait encore aucune certitude. Il a fallu que les ministres de l’Énergie des Vingt-Sept, réunis en conseil à Bruxelles, n’intègrent pas l’hydrogène bas-carbone dans les règles du « paquet gaz » régissant les règles pour le transport d’hydrogène à travers l’UE, pour que la présidence suédoise du Conseil de l’UE, sur demande de la France, propose un compromis à intégrer dans la directive RED3.

Ce compromis était d’ailleurs plus souple et permissif que les conditions finalement imposées, avec une réduction de 30 % des objectifs d’hydrogène renouvelable d’ici 2030 (au lieu de 20 %) après atteinte de l’objectif général fixé à l’État membre, ainsi qu’une part de 30 % d’hydrogène fossile dans le mix (au lieu de 23 %). 

Quoiqu’il en soit, les conditions sont telles qu’elles paraissent difficiles à remplir, ce qui n’est pas pour déplaire à certains décideurs.

« C’est une avancée qui n’a pas véritablement d’impact quant à l’utilisation concrète de cette disposition », taquine Markus Pieper, eurodéputé conservateur (PPE) allemand et rapporteur sur la directive RED3 et farouche opposant au nucléaire, en conférence de presse.

« Sacré défi » 

D’autres préfèrent voir « un sacré défi », comme Simon Pujau, responsable Relations institutionnelles de France Hydrogene.

Et pour y répondre, la France devra aller plus vite que les autres États membres dans l’atteinte des objectifs généraux qui lui seront fixés.

Pour cela, elle peut compter sur l’exception aux règles d’additionalité en matière de production d’hydrogène – permettant d’éviter la concurrence d’usage des énergies renouvelables – dont elle dispose en raison de la faible teneur en carbone de son mix décarboné.

Mais pas de quoi se prendre à rêver pour certains observateurs qui dénoncent des conditions trop strictes, voire impossibles à surmonter.

« La France est déjà en retard sur ses objectifs renouvelables et […] décarboner 77-80 % des 800 000 tonnes d’hydrogène [français] en 7 ans paraît peu réaliste », confie un acteur du secteur à EURACTIV France, craignant qu’in fine« la dérogation ne puisse être activée ».

Néanmoins, la brèche ouverte pourrait permettre d’affirmer les atouts du nucléaire pour une autre législation clé sur les carburants du futur pour l’aviation, dite « RefuelEU ». La France, ainsi que les défenseurs de l’hydrogène bas-carbone, compte bien en faire leur nouveau cheval de bataille, tant les objectifs à atteindre sont ambitieux.

« Nous avons posé une première pierre sur la reconnaissance de la complémentarité nucléaire – renouvelable et c’est plutôt bien parti pour la législation sur les carburants de synthèse pour l’aviation », confie M. Pujau à EURACTIV France.