Donald Trump, Green Deal : les ambitions de Giorgia Meloni pour 2025
La Première ministre italiennenourrit de grandes ambitions pour l’année 2025, comme celle d’intensifier sa bataille contre le Green Deal à Bruxelles, ou encore de devenir la médiatrice privilégiée entre l’UE et Donald Trump, qui réintègrera la Maison-Blanche en janvier.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni nourrit de grandes ambitions pour l’année 2025, comme celle d’intensifier sa bataille contre le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) à Bruxelles, ou encore de devenir la médiatrice privilégiée entre l’Union européenne (UE) et le futur président américain, Donald Trump, qui réintègrera la Maison-Blanche en janvier.
D’abord considérée comme une menace pour la démocratie, Giorgia Meloni est finalement parvenue à s’imposer comme une personnalité incontournable de la scène politique européenne et internationale, deux ans seulement après son accession au poste de Première ministre de l’Italie. Pour certains observateurs, elle pourrait même devenir une médiatrice potentielle de l’UE face à Donald Trump.
Ce revirement intervient malgré les décisions controversées prises par la femme politique, également présidente du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia. En 2024, son gouvernement a adopté une loi criminalisant la gestation pour autrui en tant que « crime universel », a permis aux militants anti-avortement d’entrer dans les centres de conseils pour les femmes envisageant un avortement, et a introduit des mesures relatives au travail et aux soins de santé qui ont déclenché des grèves généralisées dans tout le pays. Les organisations de journalistes et la Commission européenne se sont également inquiétées de la détérioration de la liberté de la presse dans le pays.
Malgré ces controverses, Giorgia Meloni semble en bonne voie pour déjouer les cycles politiques habituellement courts en Italie. Elle est parvenue à se maintenir au pouvoir pendant un peu plus de deux ans déjà, un exploit remarquable dans un pays où l’instabilité gouvernementale est la norme.
Son parti, Fratelli d’Italia, reste le plus populaire d’Italie, avec plus de 29 % dans les sondages, soit sept points d’avance sur le Partito Democratico (PD), son plus proche concurrent.
Un environnement politique sûr
L’évolution politique de l’Italie vers le conservatisme reflète une tendance plus large au niveau européen. En France et en Allemagne par exemple, les mouvements d’extrême-droite gagnent actuellement du terrain. En contraste avec l’agitation politique qui touche deux pays, Giorgia Meloni a elle-même qualifié son gouvernement de gouvernement le « plus stable d’Europe ».
Dans ce contexte, elle a réussi un tour de force en plaçant Raffaele Fitto (Fratelli d’Italia), jusqu’à récemment ministre en Italie, au poste de vice-président exécutif de la Commission européenne chargé de la Cohésion et des Réformes. Et ce bien que le groupe auquel est affilié son parti au Parlement européen, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE), ne fasse pas partie de la majorité pro-UE composée du Parti populaire européen (PPE), des Socialistes et Démocrates (S&D) et des libéraux de Renew. En principe, cela aurait dû se traduire par une absence de poids des CRE dans les négociations pour les postes de commissaires, d’autant qu’ils avaient voté contre la reconduction d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne quelques mois plus tôt.
Plusieurs analystes, dont Lorenzo Castellani, politologue à l’Université LUISS Guido Carli, suggèrent que Giorgia Meloni est solidement ancrée sur ses appuis en Italie, notamment parce que l’opposition est trop fragmentée pour représenter une véritable menace.
« Le paysage politique en Italie est inhabituellement terne », confie-t-il à Euractiv.
L’opposition — menée par le PD et le Mouvement 5 étoiles (M5S) — est embourbée dans des négociations sans fin sur des coalitions potentielles, tandis que les partis centristes, Azione et Italia Viva, n’ont pas réussi à atteindre le seuil nécessaire pour obtenir des députés au Parlement européen aux Européennes de juin, ce qui reflète leur manque de popularité.
« Le centre est détruit », poursuit le politologue. « On ne sait pas s’ils s’aligneront sur l’opposition au sens large ou s’ils resteront à l’écart. Cette division profite à un gouvernement qui est déjà fort, avec une majorité claire au parlement. Une crise politique en 2025 semble hautement improbable. »
Le mandat du gouvernement de Giorgia Meloni s’étend jusqu’en 2027, mais six élections régionales sont prévues l’année prochaine.
Alors que les partis de droite gouvernent déjà 12 des 20 régions d’Italie, les prochaines élections mettront à l’épreuve la solidité de la coalition de la Première ministre.
Meloni, l’alliée européenne de Donald Trump ?
Plusieurs analystes, médias internationaux et figures de son parti affirment que Giorgia Meloni pourrait jouer le rôle de médiatrice de l’UE auprès de Donald Trump.
Donald Trump n’a pas tari d’éloges envers Giorgia Meloni, la qualifiant récemment de « géniale » et de « véritable fil conducteur ». Avant de devenir Première ministre, l’Italienne a également assisté de nombreuses fois à des évènements républicains aux États-Unis, citant l’ex-magnat de l’immobilier comme une source d’inspiration pour la politique italienne.
Elle a même invité l’ancien conseiller stratégique de ce dernier, Steve Bannon, à s’exprimer lors d’une conférence de Fratelli d’Italia en 2018.
Dans un discours au parlement italien le 17 décembre, avant le sommet du Conseil européen, Giorgia Meloni a souligné l’importance de maintenir une « approche pragmatique et ouverte » à l’égard de l’administration Trump.
Elle a suggéré de s’appuyer sur les domaines de coopération entre l’UE et les États-Unis tout en s’efforçant de prévenir les différends commerciaux qui « nuiraient aux deux parties ».
Cependant, la volonté de Giorgia Meloni de devenir un pont entre Donald Trump et Bruxelles pourrait entrer en conflit avec les ambitions de la Pologne de devenir un acteur plus important à Bruxelles.
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a accru son influence au sein du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, la plus grande famille politique de l’hémicycle européen, et cherche à briser l’orientation traditionnelle de la prise de décision vers l’axe franco-allemand. À ce titre, Varsovie, qui assurera à partir du 1er janvier la présidence tournante du Conseil de l’UE, où se réunissent les ministres des Vingt-Sept, a déjà pris des initiatives majeures sur des sujets importants, dont la question ukrainienne, anticipant un éventuel retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
De son côté, Giorgia Meloni tente également de renforcer son rôle sur la scène internationale. Elle a soutenu Kiev dans sa lutte contre l’invasion russe en lui fournissant aide et armement. La conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, qui se tiendra à Rome les 10 et 11 juillet 2025, sera un moment clé pour asseoir son influence.
L’année des réformes
Lors de la conférence annuelle du groupe parlementaire des Conservateurs et Réformistes européens qui a eu lieu le 15 décembre à Rome, Giorgia Meloni a déclaré que 2025 serait « l’année des réformes ».
Plusieurs projets clés sont en effet à l’ordre du jour, dont la plus controversée est la réforme de l’autonomie différenciée des régions, qui a suscité un tollé parmi les partis d’opposition et des critiques de la part de la Commission européenne. La tenue d’un référendum est envisagée à la suite d’une campagne de collecte de signatures record.
« La vraie question pour 2025 », note Lorenzo Castellani, « n’est pas de savoir si ces réformes seront adoptées, mais à quel rythme. Jusqu’à présent, le calendrier des changements constitutionnels, en particulier en ce qui concerne le système judiciaire et les projets d’élection directe du Premier ministre, a été délibérément lent ».
Un autre champ de bataille pour Giorgia Meloni est l’application au niveau européen du modèle d’externalisation du traitement des demandeurs d’asile basé sur l’accord Italie-Albanie, qui permettrait le transfert des migrants dans des centres situés en dehors de l’UE pendant l’examen de leur demande d’asile.
Sur ce dossier, le gouvernement italien est suspendu à un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour savoir si ces centres actuellement inactifs seront autorisés à reprendre leurs activités ou non.
Les tribunaux italiens ont annulé la détention des migrants dans ces centres en attendant la décision de la Cour européenne, ce qui a provoqué de vives critiques de la part du gouvernement.
Cette décision a également fait l’objet d’inquiétudes quant aux risques d’ingérence politique et aux menaces pesant sur l’indépendance de la justice. Ces craintes ont notamment été relayées par la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), l’observatoire du racisme du Conseil de l’Europe, et par d’autres acteurs.
Giorgia Meloni souhaite ardemment que cette initiative aboutisse, afin de la positionner comme un exemple dans la gestion de l’immigration en Europe. Sa démarche est suivie avec intérêt par la Commission européenne, certains États membres de l’Union et le Royaume-Uni.
La lutte contre le Pacte vert pour l’Europe
Parmi les positions emblématiques de Giorgia Meloni sur les dossiers européens, sa critique du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) figure en pôle position.
La Première ministre italienne a toujours affirmé qu’elle s’était « battue » et qu’elle continuerait à s’opposer à la « folie idéologique » d’un accord qui, selon elle, pourrait conduire à la désindustrialisation du continent.
Elle a également averti à plusieurs reprises que les véhicules électriques étaient la « seule solution », qualifiant le Pacte de « suicide ». Elle a souligné que Rome chercherait à suspendre les amendes imposées aux constructeurs automobiles à partir de 2025, étant donné qu’elles entraînent la fermeture de nombreuses usines.
Son partenaire de coalition, Matteo Salvini (La Lega, extrême droite), tient le même discours, affirmant que toute mesure de l’UE contre l’industrie automobile ne ferait en réalité que renforcer la Chine.
[Édité par Sarah N’tsia & Anne-Sophie Gayet]