Double scrutin serré ce dimanche en Serbie
Aussi appelés aux urnes le 6 mai, les Serbes devront choisir leurs députés et départager les candidats au premier tour de la présidentielle. Les élections vont se jouer de peu entre le président sortant et les nationalistes.
Aussi appelés aux urnes le 6 mai, les Serbes devront choisir leurs députés et départager les candidats au premier tour de la présidentielle. Les élections vont se jouer de peu entre le président sortant et les nationalistes.
Officiellement candidate à l’UE depuis mars 2012, la perspective européenne de la Serbie domine en partie les débats de la double campagne électorale qui se déroule actuellement dans le pays. Dimanche 6 mai, sept millions d’électeurs serbes vont devoir choisir leurs députés mais aussi départager les candidats du premier tour à la présidentielle. Le second tour est prévu le 20 mai.
Les bons et les méchants
Pour la première fois depuis la chute de Slobodan Milosevic, en 2000, toutes les principales forces politiques de Serbie se sont ralliées au projet européen. Même l’ultranationaliste Tomislav Nikolic (SNS) s’est déclaré favorable à l’adhésion. Son adversaire, le président sortant et dirigeant du Parti démocratique (DS), Boris Tadic, a réagi en affirmant que ce ralliement n’avait rien de sincère et relevait de la pure stratégie électorale.
« Il n’y avait jamais eu un tel consensus entre les principaux acteurs politiques serbes sur un sujet aussi important que l’adhésion à l’Union européenne », souligne Marko Blagojevic, du Centre pour des élections libres et la démocratie.
« Auparavant, les uns se tournaient toujours vers la Russie, les autres vers l’Ouest; les uns disaient ’noir’, les autres ’blanc’; il y a avait les bons et les méchants », ajoute-t-il.
Courte avance
Les sondages donnent les deux hommes au coude à coude lors du premier tour le 6 mai.
Des diplomates s’interrogent sur la sincérité de ses engagements s’il est élu – lutte contre le crime et la corruption notamment – et sur la capacité de son parti à mener à bien les réformes nécessaires pour assurer la croissance et permettre l’adhésion à l’UE. « Il n’est pas à rejeter d’office mais il faudra que lui et les siens fassent leurs preuves », dit un diplomate occidental depuis longtemps en poste dans la région.
Une éventuelle victoire de M. Nikolic risque d’être très mal accueillie en Bosnie et en Croatie, où le nom de l’ancien chef nationaliste est toujours associé à celui de son mentor en politique, Vojislav Seselj, dirigeant extrémiste du Parti radical, qui doit aujourd’hui rendre des comptes à la justice internationale à La Haye.
Les sondages du second tour donne toutefois Boris Tadic légèrement en tête.
Criminels de guerre
Pour les élections législatives, le SNS arriverait devant le DS mais ce dernier semble cependant le plus à même de former une coalition gouvernementale, ce qui pourrait prendre des mois de difficiles tractations.
En troisième position arrive le Parti socialiste de Serbie, que dirige Ivica Dacic, un ancien porte-parole de M. Milosevic. M. Dacic qui était ministre de l’Intérieur dans le gouvernement sortant pourrait demander beaucoup en échange de son soutien – peut-être même le poste de Premier ministre.
Boris Tadic a effectué deux mandats présidentiels de quatre ans chacun, au cours desquels la Serbie a arrêté et extradé vers La Haye les anciens dirigeants serbes de Bosnie accusés de génocide par la justice internationale, Radovan Karadzic et son adjoint militaire Ratko Mladic.
Situation économique difficile
Sur les questions économiques, SNS et Parti démocratique ont des positions proches. Les deux formations se sont engagées à réformer le système judiciaire, à réduire les effectifs du secteur public et à s’attaquer à une lourde bureaucratie héritée de l’époque communiste qui fait obstacle aux investissements.
Le chômage a atteint cette année près de 24% de la population active. Le salaire mensuel net moyen est de 380 euros et l’objectif de croissance de 0,5% du PIB fixé cette année n’est pas assuré.
Le fantôme du Kosovo
Le dossier du Kosovo, est, lui aussi, brûlant. L’ancienne province méridionale serbe, qui a proclamé son indépendance en février 2008, a des relations plus que tendues avec Belgrade et l’UE veut voir la situation s’apaiser avant d’ouvrir les négociations d’adhésion.
Aucun des candidats n’envisage de reconnaitre officiellement Pristina, ce qui reviendrait à un suicide politique.
La minorité serbe du Kosovo entend d’ailleurs voter dimanche, ce qui provoque la colère des autorités albanophones de Pristina. Pour prévenir de nouvelles violences, l’Otan a envoyé 700 militaires allemands et autrichiens renforcer la force internationale chargée de maintenir le calme dans la province.