Européennes 2024 : vers la formation d’un nouveau groupe de gauche « conservatrice » au Parlement européen ?

Les ambitions de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), parti émergent de gauche conservatrice en Allemagne, de former un nouveau groupe au Parlement européen restent imprécises. Les autres partis de gauche semblent, pour l’instant, garder leurs distances.

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Selon les projections, le BSW, parti allemand en pleine ascension et issu de la scission avec le parti progressiste Die Linke, pourrait devenir la plus grande délégation à gauche des Verts après les élections du Parlement européen. [[Photo-illustrations by Esther Snippe for Euractiv. Photos by EPA]]

Les ambitions de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), parti émergent de gauche conservatrice en Allemagne, de former un nouveau groupe au Parlement européen restent imprécises. Les autres partis de gauche semblent, pour l’instant, garder leurs distances.

Selon les projections, la BSW, parti allemand en pleine ascension et issu de la scission avec le parti progressiste Die Linke, pourrait devenir la plus grande délégation à gauche des Verts après les élections du Parlement européen.

Le mois dernier, la BSW a annoncé avoir rassemblé suffisamment de partenaires pour lancer un nouveau groupe de gauche au Parlement européen, ce qui a suscité l’inquiétude chez les autres partis de gauche, car ce nouveau groupe dirigé par la BSW pourrait faire éclater l’actuel groupe de La Gauche (GUE/NGL).

Toutefois, certains membres estiment que les changements apportés aux structures existantes dans le camp de la gauche sont inévitables.

« Le groupe de La Gauche existera toujours après les élections, mais probablement pas sous la même forme qu’aujourd’hui », selon Silvia Modig, unique eurodéputée de l’Alliance de gauche finlandaise (Vasemmistoliitto, GUE/NGL).

Cependant, comme aucun allié de la BSW ne s’est manifesté, on ne sait pas qui pourraient être ses partenaires, ce qui a améné Die Linke à suspecter un stratagème électoral.

« Il a été convenu de ne pas ébruiter les négociations », a expliqué Fabio de Masi, tête de liste de la BSW pour les élections européennes, à Euractiv, refusant de révéler des informations avant le scrutin.

Les membres de l’actuel groupe de La Gauche au Parlement européen, en particulier les partis nordiques, contactés pour un commentaire, ont nié leur participation à toute négociation.

Selon Euractiv, les plus grands membres du groupe, Die Linke et La France Insoumise (LFI), ne sont pas non plus inclus. M. De Masi a récemment semblé exclure le parti grec SYRIZA, en perte de vitesse depuis sa reprise par un « multimillionnaire ».

Une raison majeure pour laquelle les partis de gauche se distancient publiquement par rapport à ces projets pourrait être le positionnement idéologique controversé de la BSW, qui est considérée par certains membres nationaux de la GUE/NGL comme un parti de droite.

Le programme du parti comprend en effet des critiques contre les politiques écologiques présumées régressives, la « cancel culture » et « la frénésie réglementaire de la technocratie de l’UE », car le parti souhaite transférer le pouvoir aux États membres.

La charismatique dirigeante de la BSW, Mme Wagenknecht, a également misé, plus que d’autres gauchistes allemands, sur l’opposition aux livraisons d’armes à l’Ukraine et aux sanctions contre la Russie, qu’elle considère comme préjudiciables aux consommateurs européens. Certains l’ont même qualifiée de pro-russe.

M. De Masi a toutefois rejeté ces déclarations en affirmant qu’« aucun d’entre nous ne dit que Vladimir Poutine est un démocrate exemplaire ou quoi que ce soit de similaire ».

L’idéologie de la BSW découle du « conflit entre les intérêts sociaux de la majorité et […] les grandes entreprises », a-t-il expliqué à Euractiv.

Il a souligné qu’il voulait se concentrer sur l’injustice économique au Parlement, après s’être fait un nom en poursuivant la délinquance en col blanc en tant qu’eurodéputé et député de Die Linke.

Il considère que le parti s’engage à faire preuve de diplomatie et à s’opposer au prétendu fardeau des classes inférieures dû à l’impact des sanctions de l’UE sur l’économie européenne.

Cependant, M. de Masi est d’accord avec les critiques selon lesquelles la BSW n’est pas « de gauche », affirmant que l’étiquette n’est plus synonyme de lutte contre l’injustice économique.

Manuel Müller, expert en politique européenne à l’Institut finlandais des affaires internationales (FIIA), a expliqué à Euractiv que la BSW représentait un « conservatisme de gauche eurosceptique ».

Il y a une « forte composante nostalgique » dans l’idéologie de la BSW, « ce qui conduit à un plus grand chevauchement idéologique et à une plus grande compatibilité avec les partis populistes de droite », a-t-il affirmé.

Cela pourrait indiquer que les alliés de la BSW se trouvent en dehors du groupe GUE/NGL, a déclaré M. Müller, citant notamment les partis non affiliés tels que les sociaux-démocrates au pouvoir en Slovaquie (SMER) et le Mouvement cinq étoiles (M5S) en Italie.

D’après les informations d’Euractiv, le SMER et le M5S ont tous deux indiqué ne pas négocier avec la BSW.

Cependant, ces deux partis représentent un mélange idéologique qui est partiellement similaire à la BSW, selon M. Müller. Tous deux ont donc été incapables de s’intégrer dans les groupes de gauche existants, échouant avec les Non-Inscrits.

Ils répondraient également à la condition posée par M. de Masi, selon laquelle les partenaires doivent être « pertinents dans leur pays » et soutenir « la diplomatie et la résolution des conflits », mais ne pas appartenir à l’extrême droite.

Indépendamment de leurs déclarations, le SMER et le M5S gagneraient en principe à s’allier à la BSW, car ce serait la première fois qu’ils bénéficieraient d’un soutien suffisant pour former un groupe avec des forces partageant leurs mêmes idées.

Toutefois, l’incertitude entourant la formation du nouveau groupe semble faire naître chez les opposants de GUE/NGL l’espoir que la montée en puissance de l’Allemagne n’aura que peu d’effet à Bruxelles.

« Je constate que nos membres ont des chances de gagner du terrain dans plusieurs pays », a déclaré l’eurodéputé danois Nikolaj Villumsen, du groupe Liste de l’unité (Enhedslisten, GUE/NGL).

Max Griera à contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anna Martino]