Élections européennes : l’extrême droite allemande ouvre le bal et nomme son candidat

Le parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) a choisi un candidat prônant une « Europe des États-nations » comme tête de liste pour les prochaines élections européennes. Reste à savoir s’il prônera une sortie allemande de l’UE.

Euractiv.com
The Alternative for Germany (AfD) holds party convention in Magdeburg
Lors du congrès de l’AfD le week-end dernier (28-30 juillet), Maximilian Krah, l’un des neuf eurodéputés de l’AfD, a été élu à la tête de la liste du parti pour les élections européennes de juin 2024. [[EPA-EFE/Clemens Bilan]]

Le parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) a choisi un candidat prônant une « Europe des États-nations » comme tête de liste pour les prochaines élections européennes. Reste à savoir s’il prônera une sortie allemande de l’UE.

Lors du congrès de l’AfD le week-end dernier (28-30 juillet), Maximilian Krah, l’un des neuf eurodéputés de l’AfD, a été élu tête de la liste du parti pour les élections européennes de juin 2024, faisant de l’AfD l’un des premiers partis allemands à ouvrir le bal de la campagne.

Bien que relativement peu connu avant sa nomination, M. Krah s’est fait connaître en raison de ses opinions eurosceptiques prononcées, et les analystes ont considéré le choix de l’AfD comme un signe que le parti s’engageait fermement contre l’UE pour sa campagne électorale.

Lors d’un entretien avec la station de radio Deutschlandfunk (DLF) lundi (31 juillet), M. Krah a reconnu qu’une certaine forme de coordination politique était nécessaire au niveau européen, mais il a appelé à une réforme systémique de l’Union dans le but de redonner une part importante du contrôle aux États-nations.

« Nous voulons 80 % d’Europe en moins et plus d’autonomie nationale », a-t-il affirmé, précisant que « l’Europe du futur doit être une Europe de patries et non une Europe de bureaucrates ».

L’eurodéputé allemand a également déclaré que de nombreuses agences et institutions de l’UE étaient « obsolètes » car elles fixent des priorités qui sont « fondamentalement erronées », telles que « l’accent mis sur le climat, le genre, l’immigration, [ou encore] la guerre en Ukraine ».

Les extrémistes prennent le dessus

L’élection de M. Krah « est un signal très clair que l’AfD se positionne enfin comme un parti de droite en termes de politique européenne — et même d’extrême droite », a déclaré David Begrich, un chercheur spécialisé dans l’extrémisme de droite, à la chaîne de télévision publique ARD.

De son côté, Thomas Haldenwang, chef du service de renseignement intérieur allemand (BfV), a déclaré au média RND que le congrès de ce week-end avait « prouvé une fois de plus notre évaluation selon laquelle il existe de forts courants anticonstitutionnels au sein du parti, dont l’influence ne cesse de croître ».

L’agence de renseignement, qui a pour mission de défendre l’ordre constitutionnel démocratique de l’Allemagne, avait placé l’AfD dans la catégorie des « cas suspects » d’extrémisme de droite en mars 2022.

La candidature de M. Krah a également été soutenue par Björn Höcke, la figure la plus éminente de l’aile extrémiste du parti et chef du groupe parlementaire de la branche régionale de l’AfD en Thuringe, qui a été classée par le BvF dans la catégorie des organisations « extrémistes de droite ».

« Cette UE doit mourir pour que la véritable Europe puisse vivre », a déclaré M. Höcke en marge du congrès.

Vers une sortie de l’UE ?

Entre-temps, des questions clés sur le programme électoral de l’AfD restent en suspens, notamment celle de savoir si le parti plaidera pour une sortie de l’Allemagne de l’UE, un « Dexit » (d’après le nom du pays en allemand, Deutschland).

Cette question est restée sans réponse car le congrès du parti a dû être suspendu dimanche soir en raison de contraintes de temps. Il devrait reprendre le week-end prochain, lorsque les délégués décideront du contenu du manifeste électoral de l’AfD.

Alors que la proposition principale du manifeste, qui a fait l’objet d’une fuite, comprend l’appel à une « dissolution contrôlée de l’UE », la direction du parti a par la suite fait marche arrière, déclarant que l’inclusion de cette phrase relevait d’un « oubli éditorial ».

Cette déclaration a également été reprise par M. Krah, qui a confié à DLF que le parti plaidait pour une « réforme systémique » de l’UE, et non pour sa dissolution. Le parti n’est pas non plus en faveur d’un « Dexit » si cela signifie que « l’Allemagne part et que tous les autres restent », a-t-il ajouté.

Cependant, Christine Anderson, une autre eurodéputée allemande membre de l’AfD qui occupe la quatrième place sur la liste de vote du parti, a réitéré son appel en faveur d’un retrait immédiat de l’Allemagne de l’UE lors du congrès du week-end.

Une coopération difficile avec le groupe européen ID

Par ailleurs, les délégués de l’AfD ont également décidé vendredi dernier (28 juillet) que le parti devrait rejoindre le groupe parlementaire européen d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen. Les eurodéputés du parti sont actuellement membres de ce groupe parlementaire, mais l’AfD dans son ensemble n’est pas membre du parti.

Par ailleurs, les relations entre les législateurs de l’AfD et leurs partenaires de l’ID n’ont pas toujours été faciles par le passé.

Le nouveau candidat tête de liste, M. Krah a déjà été suspendu deux fois par le groupe parlementaire : une fois au début de 2023 pour avoir prétendument manipulé un document du parti, et une fois en 2022 pour avoir soutenu le candidat d’extrême droite Éric Zemmour lors des élections françaises au détriment de Marine Le Pen, dont le parti politique, le Rassemblement national, est membre d’ID.