Elections : les Grecs se préparent au pire
Les Grecs se rendront aux urnes dimanche (17 juin) pour l'un des scrutins les plus décisifs de l'histoire post-autoritaire du pays. Un résultat peu concluant ou la victoire des forces anti-renflouement pourrait entraîner la sortie de la Grèce de la zone euro et bouleverser le reste de l'UE.
Les Grecs se rendront aux urnes dimanche (17 juin) pour l'un des scrutins les plus décisifs de l'histoire post-autoritaire du pays. Un résultat peu concluant ou la victoire des forces anti-renflouement pourrait entraîner la sortie de la Grèce de la zone euro et bouleverser le reste de l'UE.
Après l'échec de la Grèce en mai 2010 et deux ans de mesures d'austérité sans précédent en échange de prêts d'urgence massifs accordés par la zone euro, les électeurs ont choisi de punir les deux principaux partis du pays et ont catapulté la Coalition de la Gauche radicale (Syriza) à la seconde place lors des élections du mois dernier (voir « Contexte »).
La formation d'une coalition ou d'un gouvernement d'unité s'est révélée impossible et de nouvelles élections ont été prévues pour le 17 juin prochain. Les dirigeants de la zone euro et les fonctionnaires européens ont toutefois averti la Grèce que si elle ne mettait pas en oeuvre le second programme d'ajustement convenu en mars dernier, les fonds du renflouement seraient gelés et le pays serait forcé de sortir de la zone euro.
Au cours des semaines qui ont suivi les élections de mai dernier, des sondages d'opinion ont montré que ces avertissements avaient eu un impact limité sur les électeurs et que Syriza avait non seulement accru son influence, mais pourrait bien remporter haut la main le scrutin de dimanche.
Alexis Tsipras, le leader de la coalition, affirme vouloir que la Grèce demeure dans la zone euro, mais il s'est engagé à ne pas respecter le protocole d'accord entre Athènes et la troïka des prêteurs internationaux, à savoir la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.
Bruxelles et Berlin ont répondu que la Grèce ne pourrait pas avoir le beurre et l'argent du beurre.
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a expliqué au Parlement européen cette semaine que l'Union souhaitait que la Grèce reste dans la zone euro, à condition qu'elle respecte ses engagements.
Hannes Swoboda, le dirigeant des socialistes au Parlement, a confié à EURACTIV le 12 juin dernier que le chantage de M. Tsipras ne fonctionnerait pas.
Discours moins radical
Récemment, M. Tsipras a choisi de baisser d'un ton dans son discours. Dans un article d'opinion publié par le Financial Times mardi, il a écrit : « Soyons clairs, mon mouvement, Syriza, souhaite que la Grèce reste dans la zone euro. »
Hier, des rumeurs ont circulé sur des « sondages secrets » qui montreraient que le parti Nouvelle démocratie de centre-droit jouirait d'une avance confortable de quatre points sur Syriza. En Grèce, il est interdit de publier des sondages d'opinion au cours des deux semaines qui précèdent les élections.
Même si M. Tsipras a légèrement tempéré ses propos, il a affirmé que si les Européens n'acceptaient pas d'affaiblir les mesures d'austérité, le retour à l'ancienne monnaie grecque, la drachme, ne serait pas un tabou.
S'il remporte les élections dimanche et réitère ses mises en garde, de nombreux analystes craignent des retraits massifs dans les banques, non seulement en Grèce, mais également ailleurs en Europe.
Reuters a expliqué au début de cette semaine que les Grecs retiraient jusqu'à 800 millions d'euros par jour de leurs comptes en banque, craignant que le pays soit expulsé de la zone euro.
La zone euro a déjà retenu une partie de la tranche d'aide du mois dernier et la paralysie causée par l'attente des résultats des élections a entraîné une chute sans précédent des recettes publiques.
Société sans liquidités
L'Etat grec sera donc à court de liquidités dans trois ou quatre semaines. La situation des autres pans de l'économie est tout aussi grave : l'indice Athens Stock Exchange a chuté de plus de 90 % en comparaison à son niveau d'avant la crise. L'économie est en net recul pour la cinquième année consécutive et le PIB devrait se contracter de 20 % par rapport à avant la crise. Les prix de l'immobilier ont chuté de près de 50 %.
Le chômage atteint les 22 %. Plus de la moitié des jeunes Grecs n'ont pas d'emploi ou de perspectives d'embauche.
Tous les fournisseurs privés d'électricité ont fait faillite et le seul fournisseur restant (DEI, entreprise publique) risque de faire faillite à tout moment en raison des factures impayées. L'entreprise gazière publique manque elle aussi de liquidités et il est probable que bientôt, plus aucun fournisseur ne puisse vendre du pétrole ou du gaz naturel en Grèce.
Le pays rencontre par ailleurs des difficultés à importer des médicaments. Le tourisme, le seul secteur viable, est lui aussi en crise, dans la mesure où une chute à deux chiffres des recettes et des arrivées est prévue cette année. En bref, l'économie grecque risque d'imploser dès juillet prochain.