Embargo pétrolier : l’Iran exhorté à reprendre les négociations

  L’UE a lancé un embargo sur les importations de pétrole iranien et imposé de nouvelles sanctions sévères hier (23 janvier). La responsable européenne des affaires étrangères a appelé Téhéran à « revenir à la table des négociations ».

EURACTIV.fr / Reuters
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L’UE a lancé un embargo sur les importations de pétrole iranien et imposé de nouvelles sanctions sévères hier (23 janvier). La responsable européenne des affaires étrangères a appelé Téhéran à « revenir à la table des négociations ».

« Les sanctions ne sont pas une fin en soit », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Bruxelles. « Le but des sanctions est d'encourager l'Iran à revenir à la table des négociations. »

Ce boycott commercial fait suite à une nouvelle série de mesures adoptées par les États-Unis afin de couper court au programme nucléaire de Téhéran.

Mme Ashton a toutefois laissé entendre que les autorités iraniennes pourraient toujours revenir sur les propositions de l'UE présentées à Istanbul l'année dernière ou en formuler d'autres pour régler ce conflit.

« Nous voulons que le dialogue reprenne. Nous nous demandons simplement ce qu'ils font de tout l'uranium dont ils disposent. Le fait est que quand nous leur posons cette question, comme je l'ai fait à plusieurs reprises, nous n'obtenons aucune réponse. », a-t-elle expliqué.

Même si aucune date n'a été confirmée, certains experts pensent que l'Iran renouera le dialogue avec les puissances du « P5+1 » (l'Allemagne et les cinq Etats membres du Conseil de sécurité de l'ONU) dans les semaines à venir.

« Seules des négociations fondées sur la coopération pourront permettre d'aboutir à un consensus, il ne faut pas s'engager sur la voie des sanctions », avait déclaré le 21 décembre Ramin Mehmanparast, le porte-parole du ministre iranien des affaires étrangères.

Le détroit d'Ormuz

Suite à cette initiative européenne, un dirigeant politique iranien a renouvelé sa menace de bloquer le détroit d'Ormuz, une route d'exportation de pétrole essentielle pour l'économie mondiale. Un autre dirigeant a déclaré que Téhéran devrait immédiatement suspendre ses livraisons de pétrole vers l'Europe.

Cela pourrait porter un coup dur à la Grèce, à l'Italie ainsi qu'à d'autres économies en difficulté qui dépendent fortement du brut iranien et qui, en conséquence, ont réussi à obtenir une période de carence jusqu'au 1er juillet avant que l'embargo ne soit pleinement appliqué.

Au lendemain de la traversée symbolique du golfe par un porte-avion américain accompagné d'une flotte de vaisseaux français et britanniques défiant l'hostilité iranienne, il était certain que les sanctions très attendues de l'UE allaient entraîner des discours incendiaires et compliquer la situation dans une région déjà sous tension.

Selon certains experts, l'Iran, qui affirme ne pas posséder d'armes nucléaires, pourrait disposer d'assez d'uranium enrichi pour fabriquer ce type d'armes d'ici la fin de l'année.

Alors qu'Israël menace d'utiliser la force pour empêcher cela, la polémique sur les projets de Téhéran devient un problème de plus en plus complexe pour les dirigeants mondiaux, notamment pour le président Barack Obama en pleine campagne pour les élections de novembre prochain.

La Russie et la Chine pensent quant à elles qu'il n'est pas nécessaire d'appliquer de nouvelles sanctions. La Chine et d'autres pays asiatiques pourraient continuer d'acheter une grande partie du pétrole iranien malgré les efforts des Américains et des Européens pour les en dissuader.

Les ministres européens des affaires étrangères

Lors de leur réunion à Bruxelles, les ministres des affaires étrangères de l'UE (le second importateur de brut iranien après la Chine) ont décidé d'interdire les nouveaux contrats pour l'importation, l'achat ou le transport de brut ou de produits pétroliers iraniens.

Les Etats européens actuellement sous contrat avec l'Iran pour l'achat de pétrole ou de produits pétroliers pourront toutefois honorer leurs engagements jusqu'au 1er juillet.

Selon des fonctionnaires de l'UE, les ministres auraient également décidé de geler les avoirs de la banque centrale iranienne et d'interdire le commerce de l'or et d'autres métaux précieux avec la banque et les organes de l'Etat iraniens.

Ali Fallahian, membre de l'influente assemblée des experts et ancien ministre des renseignements, a affirmé que Téhéran devrait répondre aux sanctions à retardement de l'UE en cessant immédiatement de lui vendre du pétrole, refusant ainsi d'accorder aux Européens le temps nécessaire pour trouver de nouvelles sources d'approvisionnement. Cette décision pourrait mettre en péril les économies européennes en les forçant à acheter du pétrole plus cher.

« La meilleure solution serait de cesser d'exporter notre pétrole avant même la fin de ce délai de six mois et avant la mise en œuvre du plan européen », aurait-il déclaré selon l'agence de presse semi-officielle Fars.

Il a également répété que l'Iran pourrait fermer le détroit d'Ormuz, par lequel transite un tiers des pétroliers qui approvisionnent les importateurs partout dans le monde.

Pour Washington, la fermeture du détroit serait intolérable. Ce point de vue a été souligné par le passage, dimanche dernier, d'une flotte américaine près du transporteur Abraham Lincoln ainsi que de deux frégates européennes : l'Argyll britannique et la Motte-Picquet française.

« En cas de perturbation des ventes du pétrole iranien, le détroit d'Ormuz sera assurément fermé », a toutefois affirmé à Fars le directeur adjoint du comité chargé des affaires étrangères et de la sécurité nationale au parlement, Mohammad Kossari.

Les puissances occidentales ont assuré que cette traversée du détroit s'inscrivait simplement dans les opérations habituelles, tout en reconnaissant son caractère symbolique.

« À cette occasion, le HMS Argyll et un vaisseau français ont rejoint un groupe de transporteurs américains qui traversaient le détroit d'Ormuz afin de souligner l'engagement international ferme de maintenir les droits de passage en vertu du droit international », a déclaré le ministère britannique de la défense dans un communiqué.

À Paris, le porte-parole de la défense, Thierry Burkhard, a déclaré : « Les autorités iraniennes peuvent y voir un signe, si elles le veulent. »