Emmanuel Macron à la recherche d’un accord sur l’immigration à Londres
Emmanuel Macron et Keir Starmer traversent tous deux une période difficile et seront contents de célébrer ensemble l’amitié franco-britannique retrouvée.
Le président français et le Premier ministre britannique font grande publicité de l’amitié retrouvée entre Paris et Londres, mais vont devoir ces prochains jours trouver une solution pour endiguer l’immigration illégale en provenance des côtes françaises.
Emmanuel Macron se déplace mardi 8 juillet au Royaume-Uni pour une visite d’État de trois jours, la première d’un président français depuis Nicolas Sarkozy en 2008 et la première d’un dirigeant européen depuis le Brexit.
Le discours que le Français prononcera cette après-midi au parlement britannique illustre le réchauffement des relations entre Paris et Londres, après les années noires du règne de Boris Johnson et de son éphémère successeuse Liz Truss, qui avait un jour déclaré « ne pas avoir encore tranché » sur la question de savoir si Emmanuel Macron était un ami ou un ennemi du Royaume-Uni.
Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer s’appellent « pratiquement tous les jours », glisse ainsi un conseiller du président français. Keir Starmer s’est rendu en France à cinq reprises, et Emmanuel Macron a effectué plusieurs voyages en sens inverse, dans le cadre de leur collaboration sur le dossier ukrainien.
Aujourd’hui, les deux dirigeants ont plus que jamais besoin l’un de l’autre.
Isolé en France depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron accumule les déconvenues à l’international. Ses appels à un cessez-le-feu à Gaza sont ignorés par les autorités israéliennes, et son initiative d’une conférence à New York sur la reconnaissance d’un État de Palestine a été emportée par les bombardements contre l’Iran.
Quant à Keir Starmer, il a fêté sa première année au poste de Premier ministre par une semaine particulièrement humiliante. Environ 120 députés de sa propre majorité se sont opposés à son projet de réduction des prestations d’invalidité, avant qu’une importante députée ne quitte le parti travailliste pour lancer son propre mouvement de gauche.
Paris et Londres entendent donc profiter des prochains jours pour annoncer un renforcement de leur collaboration dans les domaines militaire et nucléaire ou encore sur l’IA, avant de présider jeudi 10 juillet depuis la base de Northwood une réunion en visioconférence de la « coalition des volontaires », destinée à coordonner l’aide en direction de l’Ukraine.
L’accent est mis sur la « reconvergence », y compris pour traiter avec les États-Unis, selon l’Élysée — même si le Royaume-Uni a déjà conclu à la hâte un accord commercial avec l’administration Trump, entré en vigueur à la fin du mois de juin et qui voit le Royaume-Uni accepter un tarif douanier de base de 10 % sur ses exportations vers les États-Unis.
Tensions sur l’immigration
Une question épineuse reste sur la table : celle de l’immigration. Depuis le début de l’année 2025, plus de 20 000 personnes ont réussi à traverser la Manche pour atteindre l’Angleterre, soit une augmentation de 48 % par rapport à 2024 et de 75 % par rapport à 2023. Au moins 17 personnes sont mortes depuis le début de l’année, après un record de 78 décès l’année dernière.
Un désaveu cinglant pour le Premier ministre Keir Starmer, qui comme ses prédécesseurs s’était engagé à combattre l’immigration illégale et qui a présenté le 12 mai dernier une batterie de mesures pour réduire « significativement » la migration légale, en réponse à la montée en puissance du parti d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage, qui a réussi une percée historique aux élections locales du 1er mai.
« Les Britanniques veulent pouvoir renvoyer en France les personnes qui arrivent sur leurs côtes sur de petits bateaux, afin de décourager les candidats à l’immigration », explique Pauline Schnapper, spécialiste de la politique européenne et étrangère du Royaume-Uni à l’Université Sorbonne nouvelle. En échange de ces expulsions, Londres pourrait accepter sur le format « 1 pour 1 » les migrants qui souhaiteraient rejoindre des proches déjà installés au Royaume-Uni.
En 2023, le Premier ministre britannique de l’époque, Rishi Sunak, avait promis à la France une enveloppe de 541 millions d’euros sur trois ans pour assurer la sécurisation de la frontière, un arrangement prolongé en février dernier jusqu’en 2027 par les ministres de l’Intérieur français Bruno Retailleau et britannique Yvette Cooper. Mais Keir Starmer souhaite que le nouvel accord aille plus loin.
« Londres se rend compte que financer les forces de l’ordre françaises pour empêcher les départs ne donne pas de résultats concrets », ajoute Pauline Schnapper.
Un nouveau « deal » sur les questions migratoires avec Paris pourrait donc être une belle victoire pour Keir Starmer, mais celui-ci semble loin d’être bouclé, alors que cinq pays de l’Union européenne ont en juin écrit pour se plaindre à la Commission européenne.
La Grèce, Malte ou encore Chypre craignent que les migrants clandestins expulsés par le Royaume-Uni ne soient finalement renvoyés vers le premier État membre où ils ont été enregistrés. Un fonctionnaire proche des négociations a déclaré que Paris était cependant confiant quant à la conclusion d’un accord, même si les négociations se sont poursuivies lundi.
« La question du contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne a une dimension essentielle dans la coopération entre la France et l’Angleterre », reconnaît de son côté l’Élysée, alors que 1200 gendarmes sont théoriquement mobilisés pour prévenir les départs depuis les côtes françaises.
Le 4 juillet, des images diffusées par la BBC ont montré des militaires français s’avancer à pied dans la mer vers un canot pneumatique chargé de plusieurs dizaines de migrants et crever l’embarcation à coups de couteau.
Un « durcissement » des pratiques des forces de l’ordre françaises aussitôt salué par Londres, et qui pourrait présager d’une évolution de la doctrine d’intervention de Paris, qui écarte pour l’heure et pour des raisons de sécurité toute opération de lutte contre l’immigration clandestine en mer.
« Un départ, c’est 80 personnes qui hurlent. Si jamais vous rajoutez de la pression policière, ça va être un carnage. Il y a de gros phénomènes de marée, les gens peuvent tomber dans un trou d’eau. Aujourd’hui déjà, 80 % des morts ont lieu très près des côtes », expliquait il y a quelques jours un marin sauveteur du littoral nord au journal Le Monde.
Elisa Braun, Nicoletta Ionta et Owen Morgan ont contribué à la rédaction de cet article.