Emmanuel Macron à la Sorbonne : « nous devons assumer l’Europe de l’atome »
Depuis la Sorbonne jeudi (25 avril), le président de la République, Emmanuel Macron a déclaré que l’UE devait s’imaginer en « puissance électrique » et assumer de relancer l'énergie nucléaire.
Depuis la Sorbonne, jeudi (25 avril), le président de la République, Emmanuel Macron a déclaré que l’Union européenne (UE) devait s’imaginer en « puissance électrique » et assumer de relancer l’énergie nucléaire.
À quelques semaines des élections européennes des 6 et 9 juin, M. Macron, a prononcé un discours-fleuve à l’université de la Sorbonne jeudi (25 avril) sur l’avenir de l’Europe, dans les pas de celui donné au sein de la même institution, en 2017.
Devant le commissaire européen au Marché intérieur, le français Thierry Breton, et quelques parlementaires européens, « l’Europe a été au rendez-vous des défis sur ces sept dernières années », a salué le président, en premier lieu desquels la mise en place d’une politique de transition climatique et énergétique, alors que de nombreuses crises ont frappé le continent ces dernières années.
Le Green Deal
Avec le Pacte vert européen (Green Deal, en anglais), « l’Europe est le seul espace politique au monde qui a planifié cette transition [climatique et énergétique]. Nous avons construit un choix en transparence », a déclaré le président.
Le Pacte vert, lancé en 2019, est un paquet de réglementations visant à atteindre la neutralité carbone en 2050, avec une étape intermédiaire de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, par rapport 1990.
Alors que la prochaine mandature européenne sera chargée de trouver les jalons pour atteindre ces objectifs, M. Macron salue la mise en place d’une « planification » européenne, un concept qui ne serait plus tabou.
« Maintenant il faut prévoir la politique d’investissement qui va avec », a-t-il poursuivi.
Énergie
En matière d’énergie, le président s’est félicité des avancées en matière de réduction des dépendances aux hydrocarbures russes depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, la capacité d’achat en commun d’énergies chez d’autres fournisseurs, mais aussi la réforme du marché européen de l’électricité, dernier texte de grande ampleur révisé en matière énergétique en Europe.
Dans le même ordre d’idée, le président a rappelé les avancées obtenues en matière d’industrie « pour défendre nos filières » (batteries électriques, hydrogène, mentionne-t-il) en « assumant une vraie stratégie d’autonomie »et en faisant « le choix de mettre fin à nos dépendances en matières clés : semi-conducteurs, matières premières critiques ».
« Ce sont là des socles qu’il faut voir comme des jalons stables », a-t-il déclaré.
Électrifier plus, en assumant le nucléaire
Dorénavant, l’UE doit aller plus loin : « l’Europe doit être une puissance électrique, c’est ça la clé », déclare-t-il. En d’autres termes, devenir un marché de « la libre circulation des électrons décarbonés ».
Pour cela, l’UE doit investir dans les interconnexions, corollaire de la visibilité de long terme dans l’investissement et de la sécurité de la fourniture, avance-t-il.
« Nous aurons un marché européen de l’énergie qui fonctionne mieux si nous développons
enfin de manière accélérée ces interconnexions », expliquait-il déjà en 2017, lors de son premier discours à la Sorbonne.
L’UE doit aussi assurer le développement de toutes les sources de production d’électricité décarbonée. À cette fin, « nous devons assumer de construire l’Europe de l’atome », avance-t-il.
Selon lui, l’atteinte des objectifs climatiques n’est possible qu’en développant les énergies renouvelables, en poursuivant les politiques visant à l’efficacité énergétique, et en s’appuyant sur le nucléaire. À cette fin, M. Macron rappelle les quelques avancées en la matière et notamment l’ « alliance du nucléaire » qu’il faudrait, selon lui, « consolider ».
Initiée par la France en février 2023, l’alliance vise à réunir les États membres qui ont des intérêts communs dans le nucléaire (développement de capacités, R&D, démantèlement, etc.). Ils sont aujourd’hui une quinzaine, dont une bonne majorité demandent à revoir les objectifs européens en matière de développement des moyens de production d’électricité bas carbone.
Innover, innover, innover
« La question de savoir si l’Europe sera un continent d’innovation se joue maintenant », a-t-il fait remarquer.
En conséquence, l’investissement doit être facilité dans les domaines d’innovation, au sein duquel le président range l’énergie et notamment les petits réacteurs nucléaires (SMR), la fusion nucléaire et l’hydrogène.
M. Macron appelle, dans ces domaines, à une imbrication européenne plus importante qu’elle ne peut l’être actuellement.
À cette fin, pourquoi ne pas déroger, si nécessaire, aux règles de libre concurrence ? C’est, selon M. Macron, « la seule façon de répondre aux sur-subventions chinoises et américaines ».
Dans le même esprit, le président appelle à renforcer les frontières pour protéger les standards environnementaux européens. Pour ce faire : « améliorer et renforcer la taxe carbone aux frontières de l’UE », adoptée fin 2022. Elle ne couvre, pour l’heure, que quelques matières premières, sans aucun produit fini.
Intégrer l’énergie dans le marché unique
In fine, le marché unique doit s’étendre au domaine de l’énergie, souhaite M. Macron, reprenant, en ce sens, la proposition faite par l’ancien Premier ministre italien, Enrico Letta, dans un rapport remarqué et récemment publié.
Dans cet ordre d’idée, Emmanuel Macron avance que « plus vite nous ferons la transition, plus vite nous retrouverons cette compétitivité » européenne.
Ainsi, « l’énergie décarbonée est la clé pour le climat, la souveraineté et l’emploi » pour le président qui défend, plus que jamais « un nouveau paradigme européen ».