Emmanuel Macron au Brésil : l’accord UE-Mercosur est « très mauvais »
Le président français a martelé mercredi au Brésil que l’accord commercial négocié entre l’Union européenne et le bloc sud-américain du Mercosur était un « très mauvais accord » et appelé à en bâtir « un nouveau ».
Le président français Emmanuel Macron a martelé mercredi (27 mars) au Brésil que l’accord commercial négocié entre l’UE et le bloc sud-américain du Mercosur était un « très mauvais accord » et appelé à en bâtir « un nouveau ».
« Je préfère mettre les pieds dans le plat », l’accord UE-Mercosur « tel qu’il est aujourd’hui négocié est un très mauvais accord, pour vous et pour nous », a-t-il dit lors d’un Forum économique à Sao Paulo.
« Dans cet accord il n’y a rien qui prend en compte le sujet de la biodiversité et du climat. Rien ! C’est pour cela que je dis qu’il n’est pas bon », a asséné le président français devant un parterre d’hommes d’affaires brésiliens.
M. Macron a appelé de ses vœux la conclusion d’un autre accord qui tienne compte des enjeux environnementaux pour l’UE comme pour le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie).
« Finissons-en avec le Mercosur d’il y a 20 ans ! Bâtissons un nouvel accord […] qui soit responsable d’un point de vue de développement, de climat et de biodiversité », a-t-il enchaîné.
« Un accord de nouvelle génération avec des clauses miroirs qui facilitera l’accès au marché européen de vos entreprises […] et qui sera plus exigeant de part et d’autre avec nos agriculteurs, nos industriels », a-t-il dit.
Le président français a plus d’une fois affirmé son opposition à cet accord commercial dont les règles ne sont à ses yeux pas « homogènes » avec les règles européennes.
Le projet de traité, dont les discussions ont commencé en 1999, entend supprimer la majorité des droits de douane entre les deux zones en créant un espace de plus de 700 millions de consommateurs.
Après un accord politique en 2019, l’opposition de plusieurs pays dont la France a bloqué son adoption définitive, une opposition qui s’est renforcée avec la crise agricole qui sévit en Europe. D’autres pays européens comme l’Allemagne et l’Espagne plaident en revanche pour sa conclusion et son entrée en vigueur.
Poids lourd du Mercosur, le Brésil défend sans relâche l’adoption de l’accord avec l’UE.
« Nous avons encore le temps », a en effet affirmé le ministre brésilien des Finances, Fernando Haddad, lors du même événement. « Il est vrai que nous avons perdu une occasion à la fin de l’année dernière, mais nous ne devons pas renoncer à cet accord. »
M. Haddad a ajouté que le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula », avait consacré beaucoup de temps à cet accord et qu’il continuerait à investir dans une relation plus étroite avec le marché européen.
Au début du mois, des fonctionnaires européens ont annoncé que des « progrès décisifs » étaient possibles d’ici le mois de juillet.
Une nouvelle page
Au-delà de l’accord commercial avec le Mercosur, Emmanuel Macron a appelé à beaucoup plus d’investissements directs des entreprises brésiliennes en France et a annoncé que les deux pays pourraient coopérer pour investir dans des marchés tiers, notamment en Afrique.
Le président Lula s’est rendu dans plusieurs pays africains depuis son retour au pouvoir l’année dernière et a affirmé vouloir reprendre les relations « bonnes et fructueuses » que son pays entretenait avec le continent lors de son premier mandat présidentiel dans les années 2000.
Son gouvernement a également cherché à inverser les politiques du précédent président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui cherchait à supprimer les mesures de protection du climat.
M. Macron a indiqué qu’il prévoyait de faire pression, lors des prochains sommets du G20 et de la COP au Brésil, pour obtenir davantage de normes internationales afin d’inciter financièrement les banques, les entreprises et les investisseurs à décarboner les processus industriels et à mieux préserver l’environnement.
La défense
Le président français a également indiqué qu’il s’était entretenu avec M. Lula plus tôt dans la journée de mercredi au sujet d’une coopération plus étroite entre leurs industries de défense, déclarant qu’il souhaitait « aller au-delà » de la production d’hélicoptères et de sous-marins et qu’il voyait un « immense potentiel bilatéral » dans ce secteur.
La France est le deuxième exportateur d’armes au monde, selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, et ses ventes ont augmenté ces dernières années, notamment à destination de l’Inde, du Qatar et de l’Égypte.
Lors d’un événement distinct avec les citoyens français vivant au Brésil, M. Macron a précisé que sa visite marquait un resserrement des relations depuis l’administration de l’ancien président Nicolas Sarkozy.
Il s’agirait notamment de simplifier les procédures de visa avec le territoire français de la Guyane, qui borde le Brésil dans le nord de la forêt amazonienne, ainsi que de coopérer avec le centre européen de lancement spatial situé sur ce territoire.
« Une nouvelle page s’ouvre », a déclaré M. Macron. « Les prochains mois scelleront l’amitié entre nos deux pays. »
[Édité par Anna Martino]