Emmanuel Macron envisage-t-il de couper les réseaux sociaux en cas de désordres ?
Le président français Emmanuel Macron, qui s’efforce de contenir une nouvelle vague de manifestations violentes à travers le pays, a rencontré des maires et a suggéré l’idée de réglementer ou de limiter l’accès aux réseaux sociaux.
Le président français Emmanuel Macron, qui s’efforce de contenir une nouvelle vague de manifestations violentes à travers le pays, a rencontré des maires mardi (4 Juillet) et aurait suggéré l’idée de réglementer, voire de couper l’accès aux réseaux sociaux, en fonction de la gravité des menaces, y compris dans des cas d’émeutes.
À la suite du meurtre de Nahel M. par la police le 27 juin, des émeutes généralisées ont balayé la France avec de nombreux rassemblements coordonnés via des réseaux sociaux tels que Snapchat, TikTok ou Instagram.
Mardi (4 Juillet), BFMTV a rapporté que M. Macron aurait déclaré devant les 220 maires dont les circonscriptions ont subi les pillages et les violences les plus graves, que la France devrait avoir « une réflexion sur l’usage des réseaux sociaux chez les plus jeunes. […] Sur les interdictions que l’on doit mettre. », suggérant éventuellement de « couper » l’accès à ces réseaux.
Une source participant à la réunion d’hier, a également confirmé, sous couvert d’anonymat, les paroles du Président à EURACTIV, expliquant que M. Macron « se félicite de ne pas en être venu à des mesures radicales, mais n’exclut rien sur le principe. »
Le journal Le Monde rapporte, de plus, que M. Macron aurait suggéré d’avoir « une réflexion sur les réseaux sociaux » parce que, « quand les choses s’emballent, il faut peut-être se mettre en situation de les réguler ou de les couper. »
La confirmation des dires du président fait suite à plusieurs heures de doute, alors que de nombreuses fausses informations circulaient tout au long du week-end, notamment sur l’existence d’un communiqué de presse de la Police nationale annonçant des restrictions temporaires à Internet.
Une information démentie par le ministère de l’Intérieur dimanche (2 juillet) et par l’AFP.
Flou dans la majorité
Contacté par EURACTIV, le cabinet de Jean-Noël Barrot commente que la volonté de l’exécutif est de « lancer un débat de fond », c’est-à-dire, d’utiliser le projet de loi de régulation et de sécurisation de l’espace numérique, pour créer un groupe de travail transpartisan afin de « réfléchir à froid afin d’éventuellement prendre des décisions. »
Une analyse que porte aussi Olivier Véran, porte-parole du Gouvernement, qui expliquait mercredi (5 juillet) à la sortie du Conseil des ministres vouloir créer « un groupe de travail transpartisan des deux assemblées » du Parlement.
Il a précisé que l’objectif ne serait pas forcément de bloquer les réseaux, mais que cela pourrait prendre la forme d’une « suspension de fonctionnalités » pendant un certain temps, citant notamment la géolocalisation, qui permet aux émeutiers de se regrouper.
En revanche, les propos des ministres ne font pas l’unanimité au sein de la majorité. Le député apparenté Renaissance Stéphane Vojetta a d’ores et déjà appelé à arrêter « les fantasmes », rappelant que « personne ne va « couper les réseaux » », expliquant que les lois européennes et françaises en matière de numérique les réguleront suffisamment pour éviter d’arriver à cette extrémité.
Critiques d’autoritarisme
Les fermetures d’Internet sont généralement utilisées par les régimes autoritaires dans le cadre de conflits plus ou moins ouverts, en réponse à des protestations généralisées et potentiellement violentes, avant des élections ou pour dissimuler des violations aux droits fondamentaux des personnes.
Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, l’a souligné dans un tweet quelque peu ironique, expliquant que « Le pays des droits de l’homme et des citoyens ne peut pas s’aligner sur les grandes démocraties chinoise, russe et iranienne. ».
Le parti de gauche radicale La France Insoumise a attaqué Emmanuel Macron pour avoir proposé une telle idée, le comparant au président russe Vladimir Poutine et à son homologue chinois, Xi Jinping, ou, dans un autre tweet, à Kim Jong-Un.
Par ailleurs, un député du parti d’extrême droite de Marine Le Pen, le Rassemblement national, a également parlé d’une « dérive autoritaire dramatique ».
[Édité par Théo Bourgery-Gonse]