En Allemagne, les syndicats réclament des subventions pour l’industrie énergivore
Les syndicats allemands insistent sur la nécessité d’accorder des subventions sur l’électricité aux industries énergivores, tandis que le gouvernement et les représentants des entreprises restent divisés sur la question.
Les syndicats allemands insistent sur la nécessité d’accorder des subventions sur l’électricité aux industries énergivores, tandis que le gouvernement et les représentants des entreprises restent divisés sur la question.
Alors que les prix de l’électricité continuent d’être influencés par la sortie progressive du gaz russe acheminé par gazoduc, le gouvernement allemand est toujours partagé concernant l’idée de subventionner les industries à forte consommation d’énergie en réduisant temporairement le prix de l’électricité.
Alors que le ministre de l’Économie Robert Habeck (Verts) soutient l’idée d’un « prix transitoire de l’électricité » subventionné par l’État pour les industries, le chancelier Olaf Scholz (SPD, Socialistes & Démocrates européens) et le ministre des Finances Christian Lindner (FDP, Renew) s’opposent à cette mesure.
Le puissant syndicat industriel allemand IG Metall a annoncé des manifestations si cette subvention n’était finalement pas mise en œuvre, estimant qu’il pourrait mettre en péril l’avenir de la production industrielle dans le pays.
« Depuis des mois, le gouvernement fédéral est engagé dans un débat public sur le prix de l’électricité, sans résultat en vue », a déploré Jürgen Kerner, directeur adjoint d’IG Metall. S’exprimant devant les journalistes mardi (31 octobre), il a ajouté que « la décision d’accorder un allègement temporaire à l’industrie à forte consommation d’énergie n’a que trop tardé ».
« Nous devons convaincre le chancelier et le ministre des Finances », a-t-il poursuivi. « Nous devons également faire comprendre au ministre des Finances que nous sommes prêts à faire descendre les travailleurs dans la rue ».
Il a toutefois reconnu que « des entreprises florissantes telles que Siemens AG et d’autres n’ont pas besoin de ces prix de transition ».
Si le géant industriel Siemens a jusqu’à présent plutôt bien résisté à la crise, sa filiale Siemens Energy, dont Siemens détient 25 % des parts, négocie actuellement des garanties publiques avec le gouvernement fédéral, après la chute de sa division dédiée à l’énergie éolienne.
L’industrie divisée
La semaine dernière, M. Habeck a présenté une stratégie industrielle qui devrait aider les entreprises à s’adapter à la nouvelle situation provoquée par la guerre en Ukraine et par les tensions géopolitiques croissantes.
Dans cette stratégie, il a appelé l’État à jouer un rôle plus actif dans la transformation de la production industrielle en vue d’une économie plus verte et numérique, à garantir des chaînes d’approvisionnement plus résilientes et à réduire la dépendance à l’égard de la Chine.
Le ministre de l’Économie avait invité les représentants des syndicats et des associations industrielles à discuter de ces questions mardi lors d’une conférence annuelle sur l’industrie à Berlin, dans l’espoir d’obtenir leur soutien.
« À juste titre, la stratégie industrielle met l’accent sur la garantie de la portée et de la qualité des chaînes de valeur industrielles en Allemagne », a déclaré Siegfried Russwurm, directeur de la Fédération des industries allemandes (BDI), lors de cet évènement.
Toutefois, en ce qui concerne le prix subventionné de l’électricité pour certaines industries, « notre position est un peu plus nuancée », a-t-il indiqué.
Alors que certaines associations industrielles, telles que les industries chimiques, sidérurgiques et du papier, ont demandé l’introduction de ce système, la BDI est plutôt favorable à une réduction générale de la taxation de l’électricité.
« Si nous sommes dans une situation où nous voulons électrifier le pays — avec le chauffage électrique, la mobilité électrique, les processus électriques dans l’industrie — il n’est pas logique, de notre point de vue, de taxer chaque kilowattheure d’électricité », a expliqué M. Russwurm.
M. Habeck a souligné que réduire les taxes ne suffirait pas, car de nombreuses industries énergivores sont déjà exonérées de la taxe sur l’électricité — un sujet qui est également discuté actuellement.
Alors que M. Habeck souhaiterait financer le régime de subvention par un accroissement de la dette publique, M. Russwurm a déclaré qu’il « ne soutiendrait pas l’idée d’un financement par la dette », appelant plutôt le gouvernement à redéfinir les priorités en matière de dépenses publiques.
Chances de succès
Le ministre de l’Économie a déclaré qu’il estimait que le régime de subventions avait 50 % de chances d’être adopté.
Répondant aux critiques des économistes, qui avertissent qu’une telle mesure pourrait retarder les changements structurels nécessaires dans l’industrie, M. Habeck a souligné que les prix actuels de l’énergie résultaient de la guerre de la Russie en Ukraine.
« [Le président russe Vladimir] Poutine ne devrait pas décider de la structure de l’industrie allemande », a-t-il affirmé. « Les subventions ne sont qu’une partie de la stratégie industrielle », a-t-il déclaré, ajoutant qu’« une grande partie de la stratégie industrielle et du travail que je veux faire, ou que nous sommes en train de faire, consiste à renforcer notre offre ».
Il s’agirait notamment de remédier aux pénuries de main-d’œuvre, de réduire la charge bureaucratique, d’accélérer le développement des énergies renouvelables et de conclure davantage d’accords commerciaux avec des pays tiers, a précisé M. Habeck.
La question des subventions sera débattue avec les Länder, les régions allemandes, lundi prochain (6 novembre).
[Édité par Anne-Sophie Gayet]