En Europe, « les plaisanteries sont finies » selon Giorgia Meloni, candidate d'extrême droite italienne

Deux visages différents de l’Europe s’affrontent avant les élections cruciales du 25 septembre en Italie. La candidate d’extrême droite Giorgia Meloni a mis en garde l'UE, qu’en cas de victoire de son parti, « les plaisanteries sont finies ».

EURACTIV Italie
Brothers of Italy (FdI) leader Giorgia Meloni
La Première ministre italienne et cheffe du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, Giorgia Meloni, à Mestre, le 10 septembre 2022. [[EPA-EFE/ANDREA MEROLA]]

Deux visages différents de l’Europe s’affrontent avant les élections cruciales du 25 septembre en Italie. La candidate d’extrême droite Giorgia Meloni a mis en garde l’UE, qu’en cas de victoire de son parti, « les plaisanteries sont finies ». Pour son rival de centre-gauche Enrico Letta, dans un tel scénario «l’Italie est finie ».

S’exprimant à la Piazza Duomo de Milan, la dirigeante des Frères d’Italie («Fratelli d’Italia») Giorgia Meloni a déclaré : « si je gagne, pour l’Europe, les plaisanteries sont finies », et a défendu le principe de subsidiarité du droit de l’Union.

La réponse du leader du Parti démocratique Enrico Letta a été immédiate : « cest une phrase inquiétante [] Si le centre-droit devait gouverner, je crains que ce soit fini pour l’Italie. »

Pour rappel, il est convenu de qualifier la coalition de Mme Meloni de « centre-droit » alors que deux des trois principaux partis qui la composent sont d’extrême droite : en plus du parti de Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, ECR), la coalition regroupe la Lega de Matteo Salvini (extrême droite, groupe ID au Parlement européen) et Forza Italia de Silvio Berlusconi (droite libérale, Parti populaire européen).

Sa coalition est en tête dans tous les sondages face à la coalition de gauche d’Enrico Letta, dirigée par le Parti démocratique.

Les deux principaux candidats se sont affrontés lundi lors d’un débat organisé par le Corriere della Sera, au cours duquel ils ont tous les deux clairement affiché leurs lignes politiques en ce qui concerne l’Europe.

Mme Meloni a déclaré que l’UE devait être un géant politique et non un géant bureaucratique. Elle devrait s’occuper des « grandes questions » et laisser aux États membres « les questions qui concernent au plus près la vie des citoyens ».

Elle a cité en exemple la crise du gaz, affirmant que la solidarité en Europe est relative.

«L’Allemagne ne veut pas plafonner le prix du gaz parce qu’elle a des contrats avec la société russe Gazprom et que cela ne lui convient pas », a noté Mme Meloni, ajoutant que personne ne s’en plaint parce que le chancelier allemand Olaf Scholz est socialiste.

« Ne laissez pas Bruxelles faire ce dont Rome peut s’occuper au mieux, et ne laissez pas Rome s’occuper seule de ce qu’elle ne peut pas résoudre par elle-même », a déclaré Mme Meloni.

Pour sa part, M. Letta s’en est pris à la Pologne conservatrice et à la Hongrie, cette dernière étant définie comme porteuse des intérêts de Poutine en Europe.

Les deux pays, selon M. Letta, sont les véritables responsables de l’absence d’une stratégie commune pour faire face à l’urgence énergétique.

« La raison pour laquelle l’Europe ne fonctionne pas est exactement parce que les partis politiques conservateurs ne veulent pas que l’Europe décide à la majorité. Ils veulent qu’il y ait un droit de veto, qu’on décide à l’unanimité», a déclaré M. Letta.

De cette façon, selon M. Letta, les décisions portant précisément sur les « grandes questions » évoquées par Mme Meloni sont évitées, et le droit de veto finit par devenir une arme de chantage.

« Nous devons retirer le droit de veto à tous les conservateurs [] comme Viktor Orbán, qui l’utilise dès qu’il le peut contre les intérêts de l’Italie. La Hongrie et la Pologne ont tout fait pour ne pas faire passer le projet Next Generation UE, qui a ensuite conduit au Fonds de redressement national. Pour nous, ce type d’Europe ne peut pas fonctionner », a noté M. Letta.

Affrontement sur la Russie

Une autre question délicate liée à l’Europe sont les relations avec la Russie, étant donné que l’amitié de Silvio Berlusconi (Forza Italia) avec Poutine est historique, et que son entente politique avec Matteo Salvini (Lega) est bien connue.

Mme Meloni est fermement atlantiste mais ses alliés regardent l’ours russe avec trop de bienveillance, selon M. Letta.

« La souveraineté de l’Italie serait très menacée avec un gouvernement de centre-droit. M. Berlusconi et M. Salvini semblent défendre la souveraineté de la Russie plus que celle de l’Europe », a déclaré M. Letta. 

« En Europe, nous voulons une Italie qui compte, pas une Italie qui proteste et met son veto avec la Pologne et la Hongrie », a ajouté M. Letta.

Lors d’un entretien avec EURACTIV Italie plus tôt ce mois-ci, Iratxe García, le leader des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), a prévenu qu’une éventuelle victoire des conservateurs « affaiblirait l’unité et la solidarité dont nous avons maintenant tant besoin face à l’agression de Poutine, en raison de leur programme nationaliste ».