En Grèce, la perspective de sortie de la zone euro s’éloigne
Les résultats du 17 juin laissent entrevoir la possibilité de former un gouvernement fidèle aux engagements européen du pays. La gauche radicale populiste a déjà fait savoir qu’elle n’y participerait pas.
Les résultats du 17 juin laissent entrevoir la possibilité de former un gouvernement fidèle aux engagements européen du pays. La gauche radicale populiste a déjà fait savoir qu’elle n’y participerait pas.
Les dirigeants européens ont retenu leur souffle. Dimanche 17 juin, les premières estimations des résultats des élections législatives en Grèce, tombées vers 18h30, donnaient les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) et la gauche radicale populiste de Syriza au coude à coude.
Pas de temps à perdre
Après le dépouillement de 99,96% des bulletins de vote, ND s’impose de nouveau comme la première force politique du pays avec 29,66% des voix. Son chef, Antonis Samaras, qui avait lui même exigé dès l’automne dernier l’organisation des ces élections anticipées, est pressenti pour devenir le nouveau Premier ministre du pays.
« Il n’y a pas de temps à perdre », a-t-il lancé dimanche soir tandis que ses partisans en liesse agitaient des drapeaux bleus, la couleur de son parti. « Un gouvernement de salut national doit ramener la croissance économique et rassurer les Grecs sur le fait que le pire est passé. »
Bientôt au pouvoir
Avec 129 sièges sur 300, il devra toutefois former une coalition pour gouverner. La gauche radicale de Syriza, aux forts accents populistes, s’installe comme la deuxième force politique avec 26,89% des voix (71 sièges).
Opposé à l’austérité tout en voulant rester dans l’euro, le chef de ce parti Alexis Tsipras a déjà déclaré qu’il était hors de question pour lui de s’allier avec les conservateurs. Sa victoire faisait craindre le pire aux capitales européennes.
« Très bientôt, la gauche sera au pouvoir », a-t-il lancé à ses partisans euphoriques réunis dans le centre d’Athènes pour célébrer la confirmation de la percée de Syriza, auparavant reléguée aux marges de la vie politique grecque.
Faiseur de Rois
Les chances de succès de M. Samaras se situent plutôt du côté des socialistes de PASOK et leurs 33 sièges (12,28%). Habitués à gouverner la Grèce en alternance avec ND depuis 30 ans, ils réalisent le pire score de leur histoire et restent prêts à négocier chèrement leur position de faiseurs de Rois.
Dans la soirée de dimanche, l’ancienne commissaire européenne, Anna Diamantopoulou a déclaré que son parti ne rejoindrait pas le gouvernement sans Syriza, selon des propos rapportés par le rédacteur en chef Europe de la télévision publique irlandaise Tony Connelly sur son compte twitter. Une manière de démontrer aux électeurs de gauche que M. Tsipras refuse de prendre ses responsabilités face au peuple.
Des responsables du Pasok ont toutefois précisé à Reuters que la direction du parti se réunirait ce lundi pour décider de la forme à donner au soutien aux conservateurs, soit par une participation au gouvernement, soit par une simple alliance au parlement.
Le reste du Parlement est réparti entre plusieurs formations qui ont déjà refusé toute idée d’alliance : 20 sièges aux Grecs Indépendants (7,51%), 18 aux néo-nazis d’Aube Dorée (6,92%), 17 au parti Gauche Démocrate (6,26%) et 12 aux communistes (4,5%).
Soulagement européen
Une stabilisation de la vie politique grecque après deux mois d’incertitude pourrait amener à des concessions de la part des Européens qui maintiennent le pays sous perfusion financière (240 milliards d’euros) depuis deux ans en échange de nombreux sacrifices.
Le secrétaire d’État allemand aux Finances Steffen Kampeter a estimé lundi 18 juin que la Grèce ne devait « pas être sous une pression excessive ». Il semble ainsi sur la même longueur d’onde que le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle.
Ce dernier a de nouveau affirmé ce lundi que le programme d’austérité de la Grèce n’était pas renégociable mais que l’Allemagne était prête à discuter « d’un calendrier étant donné que nous ne pouvons pas ignorer les semaines perdues [en raison des élections] et nous ne voulons pas que les gens souffrent à cause de cela ».
Le ministre français de l’Économie Pierre Moscovici a annoncé dès dimanche soir la publication prochaine d’un communiqué de la zone euro « qui dira comment nous voulons aborder la situation en Grèce ».
« Nous continuerons à soutenir la Grèce en tant que membre de la famille de l’UE et de la zone euro. Nous nous tenons prêts à poursuivre notre assistance », ont déclaré dans un communiqué de presse commun, les présidents de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et du Conseil européen, Herman Van Rompuy.
A 9h01, les bourses européennes étaient toutes dans le vert. Paris gagne 1,15% à 3 123,23 points, Londres 1,25%, Francfort 1,21%, Milan 1,09%, Madrid 1,82%. L’indice EuroStoxx 50 des grandes valeurs de la zone euro prend 1,26%.