En prenant Bakhmout, Moscou aurait « la voie libre », prévient Zelensky

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a prévenu mercredi qu'en cas de prise de Bakhmout, épicentre de combats particulièrement meurtriers depuis des mois, l'armée russe aurait « la voie libre » pour avancer dans l'Est de l'Ukraine.

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Après Bakhmout, les Russes "pourraient aller plus loin. Ils pourraient aller à Kramatorsk, ils pourraient aller à Sloviansk, la voie serait libre » pour eux "vers d'autres villes d'Ukraine », a déclaré le président ukrainien dans une interview à CNN. [Ukrainian Presidential Press Service Handout]

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a prévenu mercredi (8 mars) qu’en cas de prise de Bakhmout, épicentre de combats particulièrement meurtriers depuis des mois, l’armée russe aurait « la voie libre » pour avancer dans l’Est de l’Ukraine.

Après Bakhmout, les Russes « pourraient aller plus loin. Ils pourraient aller à Kramatorsk, ils pourraient aller à Sloviansk, la voie serait libre » pour eux « vers d’autres villes d’Ukraine », a déclaré le président ukrainien dans une interview à CNN.

Malgré la défense acharnée des Ukrainiens, la Russie a promis qu’elle combattrait jusqu’à la prise de Bakhmout, jugeant la ville cruciale pour son offensive en Ukraine.

Bakhmout « est un nœud important [des lignes] de défense des soldats ukrainiens dans le Donbass », a déclaré mardi (7 mars) le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

« Sa prise permettra de mener de nouvelles opérations offensives en profondeur », a-t-il ajouté lors d’une réunion.

À Kiev, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est attendu pour son troisième voyage en Ukraine depuis le début de la guerre, notamment pour évoquer la prolongation de l’accord avec la Russie sur les exportations de céréales ukrainiennes.

Sur le terrain, à Bakhmout en grande partie détruite, les forces ukrainiennes sont résolues à rester, a souligné le président ukrainien sur CNN.

« J’ai eu une réunion avec le chef d’état-major hier et les commandants militaires en chef […] et ils ont tous dit que nous devions rester forts à Bakhmout », a-t-il précisé dans cet entretien exclusif à la chaîne américaine.

« Bien sûr, nous devons penser à la vie de nos militaires. Mais nous devons faire tout ce que nous pouvons pendant que nous recevons des armes, des fournitures et que notre armée se prépare à la contre-offensive », a-t-il ajouté.

Menace d’encerclement

La veille, M. Zelensky avait récusé les spéculations sur un retrait tactique et ordonné d’envoyer des renforts dans cette ville pratiquement détruite, malgré les récentes avancées russes et la menace d’encerclement.

Si la valeur stratégique de Bakhmout est contestée, la ville a pris une importance symbolique et tactique, au vu des lourdes pertes subies par les deux camps. Il s’agit de la bataille la plus longue et la plus meurtrière depuis le déclenchement de l’invasion russe en février 2022.

Moscou est à la recherche d’une victoire au moins emblématique depuis ses revers cinglants de l’automne, et espère que la chute de la ville pourra lui ouvrir le contrôle de la partie du Donbass, région industrielle de l’Est de l’Ukraine, qui lui échappe encore.

Après de récentes avancées, les Russes semblent contrôler les accès à la ville au nord, au Sud et à l’Est, menaçant d’un encerclement.

Les troupes du groupe paramilitaire Wagner mènent cette attaque au prix de pertes très importantes, de l’aveu même du patron de ce groupe de mercenaires, Evguéni Prigojine.

Ce dernier est en conflit ouvert avec la hiérarchie militaire russe, qu’il accuse de ne pas livrer suffisamment de munitions à ses hommes engagés en première ligne à Bakhmout. Selon lui, les lignes russes s’effondreraient si ses troupes devaient se replier.

Plan de livraison de munitions

De leur côté, les Ukrainiens sont déterminés à résister pour user encore davantage les forces offensives russes en prévision d’une contre-offensive qu’ils lanceront avec les armements lourds et les blindés modernes promis par les Occidentaux.

Les ministres de la Défense de l’Union européenne seront réunis mercredi à Stockholm en présence du secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg et de leur homologue ukrainien Oleksiï Reznikov à ce sujet.

L’armée ukrainienne fait face à un manque criant d’obus de 155mm pour ses canons, ont mis en garde ces dernières semaines ses soutiens occidentaux.

L’objectif de cette réunion est de préparer un plan en trois volets de livraisons de munitions à l’Ukraine en vue de son adoption le 20 mars, lors d’une réunion des chefs de la diplomatie européenne.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réclamé mardi, devant le Parlement du Canada « un soutien militaire et économique inébranlable ». Elle a également exhorté à ce que la Russie « paie pour son crime d’agression », après avoir proposé en novembre d’établir un tribunal spécial.

Plus de six mois après le sabotage l’an dernier des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, Kiev a démenti toute implication dans ce sabotage que le New York Times impute à un « groupe pro-ukrainien », sur la base d’informations obtenues par le renseignement américain.

Les données collectées par les services américains du renseignement suggèrent que les auteurs derrière le sabotage des deux gazoducs étaient des « adversaires du président russe Vladimir Poutine », écrit le New York Times.