En Serbie, le nationaliste Tomislav Nikolic remporte la présidentielle
Contre toute attente, le candidat sortant pro-européen, Boris Tadic, n’a pas été réélu. Le pays se dirige vers une cohabitation.
Contre toute attente, le candidat sortant pro-européen, Boris Tadic, n’a pas été réélu. Le pays se dirige vers une cohabitation.
Tous les sondages le donnaient perdant, pourtant, Tomislav Nikolic est devenu le nouveau chef de l’État serbe, à l’issu du scrutin du 20 mai. Selon les derniers résultats publiés par la commission électorale centrale, le candidat nationaliste a récolté 50,21% des voix contre 46,77% pour Boris Tadic, le président sortant, qui a rapidement reconnu sa défaite.
Chemin européen
En proclamant sa victoire, le chef du Parti progressiste serbe (SNS), Tomislav Nikolic a tenu à rassurer les partenaires de la Serbie. Il a affirmé que son pays « ne dévierait pas du chemin de l’Europe ».
Après avoir dénoncé pendant des années l’intégration européenne comme une menace contre la nation serbe, le nouveau président se veut aujourd’hui rassurant et prodigue un discours pro-européen de façade. « Ce n’était pas un référendum pour ou contre l’UE, il s’agissait de résoudre les problèmes internes créés par Tadic et son Parti démocratique », a-t-il affirmé.
Le fantôme de Milosevic
Des doutes subsistent dans les chancelleries européennes sur la sincérité de cette conversion alors que l’UE a accordé en mars à la Serbie le statut officiel de candidat à l’adhésion, ce qui devrait entraîner l’ouverture de négociations.
Issu de la mouvance ultranationaliste et âgé de 60 ans, Tomislav Nikolic était au gouvernement lorsque l’Otan a bombardé la Serbie en 1999. Le chef était à l’époque Slobodan Milosevic, décédé à La Haye avant la fin de son procès pour génocide devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.
Vers une cohabitation
En raison de l’alliance probable au Parlement entre le camp de Boris Tadic et les socialistes, à l’issue des législatives qui se sont également tenues le 6 mai, la victoire de Tomislav Nikolic à la présidentielle ouvre probablement une difficile période de cohabitation.
La Serbie est dotée d’un régime parlementaire au sein duquel le Premier ministre dispose de nombreuses prérogatives par rapport au président, mais le chef de l’État a le pouvoir de bloquer les lois.
Ce deuxième tour de la présidentielle s’est disputé dans un contexte de tension d’autant plus exacerbé que l’opposition nationaliste accusait le président sortant de fraude sur 500 000 votes au premier tour.
Défendre le Kosovo
« Nous devons nous mettre au travail pour nous débarrasser de la criminalité, pour mettre fin à l’oligarchie politique et rechercher des amis dans le monde entier », a ajouté M. Nikolic. Un message clair envers la Russie, allié historique et naturel aux yeux du camp nationaliste.
Avec cette élection, le dialogue entre l’UE et Belgrade risque d’être largement entravé par le dossier du Kosovo. Vingt-deux pays européens ont reconnu l’indépendance de l’ancienne province serbe depuis 2008 mais Tomislav Nikolic a déjà prévenu qu’il ne ferait aucune concession.
Dès le 20 mai au soir, il a déclaré qu’il allait « défendre » la minorité serbe du Kosovo située au Nord du pays. Leurs relations avec le pouvoir central de Pristina sont de plus tendues depuis plusieurs mois.