Énergie et climat : les défis des cinq prochaines années de la Commission
Les prochaines années seront décisives pour mettre en oeuvre les promesses d'Ursula von der Leyen en matière d'énergie et de climat, comme la décarbonation de l'industrie européenne ou l'approximation des sources énergétiques de l'Europe.
Les prochaines années seront décisives pour mettre en oeuvre les promesses d’Ursula von der Leyen en matière d’énergie et de climat, comme la décarbonation de l’industrie européenne ou l’approvisionnement de l’Europe en énergie.
Les lettres de mission qu’Ursula von der Leyen a envoyées aux membres potentiels de sa future équipe contiennent des plans d’action basés sur les promesses faites lors de son discours de juillet devant le Parlement européen et sur les compromis conclus entre les groupes politiques qui l’ont porté à la présidence.
Ursula von der Leyen a clairement indiqué qu’elle avait l’intention de poursuivre la décarbonation de l’industrie européenne, déjà débutée lors de son premier mandat. Son engagement en faveur du climat semble intact, mais prendra en compte les positions des entreprises.
Les nouveaux commissaires devront ainsi mettre en œuvre les règles du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), mais selon la lettre envoyée au commissaire pour le Climat, Wopke Hoekstra, sa mise en œuvre devra se faire « de la manière la plus simple, la plus équitable et la plus efficace possible ».
La lettre confirme l’intention d’Ursula von der Leyen de revenir sur certains acquis. Elle explique ainsi qu’il est nécessaire d’assouplir l’interdiction d’ici 2035 des voitures à moteur à combustion, avec un « amendement ciblé » pour permettre une marge de manœuvre si ces véhicules sont alimentés par des « carburants de synthèse ».
Réduction de 90 % des émissions de carbone d’ici 2040
Ursula von der Leyen s’en tient également à son objectif de réduction des émissions de carbone de 90 % d’ici 2040, par rapport à ceux enregistrés en 1990, ce qui constituerait une avancée remarquable après l’objectif de 55% fixé pour 2030.
Pour atteindre cet objectif ambitieux, qui doit encore être inscrit dans la loi, Teresa Ribera et Wopke Hoekstra devront entamer des consultations sur un paquet législatif pour le « cadre post-2030 ».
L’électrification à la base de la décarbonation
Dans le cadre des plans de décarbonation d’Ursula von der Leyen, c’est l’électrification qui devrait faire le gros du travail. Le socialiste danois Dan Jørgensen devra ainsi stimuler le déploiement des énergies renouvelables, développer le stockage de l’énergie, définir une stratégie pour stimuler l’investissement et un plan d’action pour l’électricité.
Dan Jørgensen devra également veiller à l’extension du réseau électrique et « examiner » le cadre réglementaire afin d’accélérer l’octroi des autorisations. Il devra également promouvoir l’intégration des systèmes énergétiques, bien qu’aucun détail ne soit donné sur ce que cela implique.
Wopke Hoekstra et Dan Jørgensen seront chargés de supprimer progressivement les subventions accordées aux combustibles fossiles, et ce dernier d’élaborer une feuille de route pour l’élimination progressive des importations d’énergie russe.
Toutefois, il faudra veiller à ce que l’Europe dispose d’une quantité suffisante d’énergie.
Dan Jørgensen devra donc revoir le cadre de sécurité de l’approvisionnement de l’UE, et le libéral français Stéphane Séjourné, nommé à la vice-présidence exécutive chargée de la prospérité et de la stratégie industrielle, se concentrera sur la sécurisation de l’approvisionnement de l’Europe en matières premières critiques.
Une stratégie industrielle au service de plusieurs secteurs
Les lettres d’Ursula von der Leyen contiennent également plusieurs idées sur la manière dont l’Europe peut renforcer sa stratégie industrielle en matière de technologies propres, avec plusieurs commissaires — Teresa Ribera et Stéphane Séjourné aux commandes, Wopke Hoekstra et Dan Jørgensen en soutien — chargés de relever ce défi.
Une grande partie de ce qu’Ursula von der Leyen propose existe déjà ou a été esquissé dans les principes directeurs qu’elle a présentés en juillet, comme une loi visant à accélérer la décarbonation industrielle ou la révision des règles de passation des marchés en faveur des produits européens.
Plusieurs secteurs devraient en bénéficier.
Ursula von der Leyen souhaite que des « petits réacteurs nucléaires modulaires » soient installés en Europe d’ici les années 2030 et que de nouveaux marchés soient créés pour le captage, le transport et le stockage du CO2.
La concrétisation de ses ambitions dépendra de la capacité des gouvernements nationaux à accepter d’augmenter le budget de l’UE, que cela soit par le biais d’une dette commune ou de contributions financières plus importantes.
Ursula von der Leyen a également chargé Teresa Ribera de réviser les règles relatives aux aides d’État. L’assouplissement des règles qui contrôlent les dépenses au niveau national permettrait de garantir que davantage d’argent national soit investi dans l’industrie décarbonée, dans les cas où l’UE elle-même ne pourra pas le faire.
De la place pour la justice sociale ?
Alors que les lettres d’Ursula von der Leyen font référence à l’impact social de la transition écologique, dans la pratique, l’objectif principal est de maintenir les prix de l’énergie à un niveau bas. Teresa Ribera et Dan Jørgensen en sont responsables et doivent également « proposer d’autres mesures » pour lutter contre la pauvreté énergétique.
Néanmoins, si elle passe l’examen des eurodéputés, la Socialiste espagnole devra « travailler avec d’autres membres du Collège », dont beaucoup ne partagent peut-être pas sa passion pour la justice sociale.
[Édité par Laurent Geslin]