Énergies renouvelables : l’Allemagne prend du retard sur ses objectifs

Les conflits internes au gouvernement et les lourdeurs administratives continuent de bloquer l’approbation de nouveaux projets d’énergie renouvelable en Allemagne, malgré l’urgence découlant de la baisse des approvisionnements en gaz russe.

Euractiv.com
German Chancellor Olaf Scholz delivers government statement at German parliament
Le ministre allemand de l’Économie et de l’Action climatique, Robert Habeck (à gauche), et le chancelier Olaf Scholz (à droite). [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Les conflits internes au gouvernement et les lourdeurs administratives continuent de bloquer l’approbation de nouveaux projets d’énergie renouvelable en Allemagne, malgré l’urgence découlant de la baisse des approvisionnements en gaz russe.

Selon les plans du gouvernement, d’ici 2030, les énergies renouvelables devraient représenter 80 % de la production d’électricité allemande. Le chancelier Olaf Scholz a récemment donné l’ordre de construire « quatre à cinq éoliennes terrestres par jour » d’ici à 2030 et a promis de faire le point avec les 16 Länder du pays « tous les mois » afin de vérifier « l’avancement de leurs projets », a-t-il déclaré dans un entretien accordé au journal Bild am Sonntag.

Toutefois, dans la pratique, le tableau est tout autre. Un sondage réalisé lors de la réunion annuelle du groupe de pression Bundesverband Erneuerbare Energien (BEE) jeudi dernier (9 février), a révélé que 45 % des personnes interrogées estimaient que l’« Energiewende » — la transition énergétique allemande — n’est pas en bonne voie. Par ailleurs, 46 % de ces personnes ont jugé que la situation des entreprises était seulement « satisfaisante ».

Néanmoins, certains se montrent plus optimistes. En effet, 47 % des personnes interrogées s’attendent à une évolution favorable en 2023.

Le ministre allemand de l’Économie et de l’Action climatique, Robert Habeck, a fait de l’Energiewende son principal objectif, le qualifiant de « projet le plus ambitieux depuis la Seconde Guerre mondiale ».

« Si l’Allemagne n’atteint pas ses objectifs climatiques, nous ne pourrons pas exiger des autres qu’ils atteignent les leurs », a souligné M. Habeck. En 2022, son principal objectif était de réduire les délais d’obtention d’un permis pour la construction d’éoliennes ou un de panneaux solaires.

Se heurtant aux défenseurs de l’environnement, il a souligné que « la vitesse d’obtention des permis ne va pas à l’encontre de la qualité du processus ». En d’autres termes, les défenseurs de l’environnement devraient avoir tout intérêt à ce que le climat soit préservé, a-t-il poursuivi.

En plus de toutes les lois que M. Habeck a fait adopter en 2022, qui confèrent notamment aux énergies renouvelables le statut d’« intérêt public supérieur », une législation européenne clé devrait déjà venir soutenir son action.

En décembre 2022, les 27 ministres de l’Énergie de l’UE ont convenu de mettre en œuvre un plafonnement du prix du gaz ainsi qu’une loi visant à accélérer les procédures d’octroi des permis pour les projets dans le domaine des énergies renouvelables.

Querelles au sein du gouvernement

Le règlement d’urgence de l’UE permettrait au gouvernement allemand de passer outre les autorités municipales, qui ont généralement le dernier mot concernant l’autorisation pour les énergies renouvelables.

Or, ce règlement d’urgence semble lui aussi être la cause de désaccords au sein du gouvernement.

Vendredi dernier (10 février), le texte qui permettrait son intégration dans la législation allemande devait être présenté au Bundestag (le Parlement allemand). Ce ne fut finalement pas le cas.

« Ce projet ne doit pas être mis de côté », a déclaré Kerstin Andeae, présidente du conseil d’administration de l’association du secteur de l’énergie BDEW (Bundesverband der Energie- und Wasserwirtschaft). « Le temps presse », a-t-elle poursuivi, avant d’ajouter que trois des 18 mois prévus par le règlement d’urgence de l’UE se sont déjà écoulés.

Certaines sources attribuent ce retard à des luttes intestines au sein du gouvernement, le Parti libéral-démocrate (Freie Demokratische Partei, FDP) faisant pression pour que la construction d’autoroutes soit ajoutée à la liste des projets d’« intérêt public supérieur », aux côtés des énergies renouvelables. Les Verts s’y opposent, ce qui a conduit à une querelle qui tient en otage le règlement d’urgence.

Cependant, M. Habeck estime que la législation est sur la bonne voie. « On ne peut pas vraiment aller plus vite que cela », a-t-il confié à la presse le 10 février. Il a également ajouté que le texte devrait passer au parlement et être approuvé le 3 mars.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]