Enterré avant d’avoir été proposé, le débat Macron-Le Pen fait causer

Enterrée avant même d’avoir été proposée, l’idée d’un débat avant les élections européennes du 9 juin entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen est utilisée lundi (13 mai) par les deux camps qui y voient un signe de faiblesse de l’adversaire.

EURACTIV France avec AFP
France’s President Emmanuel Macron meets Marine Le Pen
Un des bénéfices pour les macronistes d’un tel exercice aurait été de tenter de mettre la pression sur Marine Le Pen, qui n’avait pas réussi à convaincre lors des débats de 2017 et de 2022 face au candidat Emmanuel Macron.

Enterrée avant même d’avoir été proposée, l’idée d’un débat avant les élections européennes du 9 juin entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen est utilisée lundi (13 mai) par les deux camps qui y voient un signe de faiblesse de l’adversaire.

En net retard face au RN dans les sondages, le camp présidentiel a fait circuler l’hypothèse de proposer un débat entre le chef de l’État et la leader du premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale.

« J’y pense », aurait déclaré Emmanuel Macron, selon La Tribune Dimanche, lors d’un dîner à l’Élysée le 30 avril après la remise de la Légion d’honneur à l’ancien sénateur LR Pierre Charon.

Selon un proche du président de la République, cette idée tourne depuis un certain temps dans son entourage qui se rappelle de l’intérêt suscité en 1992, lors de la campagne référendaire sur le traité de Maastricht, par le débat entre François Mitterrand et Philippe Séguin, principale voix du « non » à l’adoption de la monnaie unique.

Un des bénéfices pour les macronistes d’un tel exercice aurait été de tenter de mettre la pression sur Marine Le Pen, qui n’avait pas réussi à convaincre lors des débats de 2017 et de 2022 face au candidat Emmanuel Macron.

Mais celle-ci a rapidement mis fin au suspense en se disant d’accord pour débattre avec M. Macron mais… « en septembre ».

« Il serait très utile que je puisse débattre avec le président [Macron] en septembre sur ce qu’il compte faire des trois longues années qui lui restent » à la tête de l’État, a-t-elle déclaré dimanche à l’AFP.

La triple, et probable quadruple, candidate à l’Élysée, trouve en effet « contradictoire de proposer un débat de présidentielle alors que [le camp macroniste] nous reproche en permanence de nationaliser le débat ».

Autre argument : « J’ai confiance dans ma tête de liste » Jordan Bardella qui va déjà débattre avec Gabriel Attal le 23 mai, jugeant la réflexion du camp présidentiel sur le sujet « humiliante » pour le Premier ministre.

Le vice-président du RN, Sébastien Chenu, a dénoncé lundi sur BFMTV une « ficelle un peu grosse ». « Emmanuel Macron a fait un flop avec son discours [de la Sorbonne] et cherche à faire diversion avec ce débat pour détourner l’attention sur la nullité de leur candidate », Valérie Hayer, a-t-il assuré.

« Invisibilité » de Valérie Hayer

À l’inverse, pour le camp macroniste, Mme Le Pen, qui a déjà refusé de débattre avec M. Attal, « se dégonfle ». « Cela dit tout de son absence de compétence sur les enjeux européens », a souligné Mme Hayer sur RTL.

L’implication de M. Macron risque cependant d’alimenter le procès en « invisibilité » de la tête de liste de la majorité lancé par son concurrent, la tête de liste des socialistes Raphaël Glucksmann.

« Il y a des tracts qui circulent dans toute la France avec ma tête, le programme est avec ma tête, j’ai fait plusieurs meetings, donc je suis bien là, qu’il [Raphaël Glucksmann] ne s’inquiète pas », a répondu, agacée, Mme Hayer.

Les socialistes, qui talonnent la liste macroniste dans les sondages, contestent également la tentative de la majorité de résumer l’élection à un duel entre elle, représentante du camp pro-européen, contre l’extrême droite

« Rien ne justifie que le débat européen se limite artificiellement à deux partis de droite et d’extrême droite […] C’est une imposture démocratique », a dénoncé sur X le Premier secrétaire Olivier Faure à propos du débat Attal-Bardella.

De son côté, la tête de liste LFI, Manon Aubry, a fait sur Europe 1— Cnews une proposition à Emmanuel Macron : « Je suis sûr que Jean-Luc Mélenchon ne dira pas non à un débat ».